L’Union des professionnels des médias, Upmb, a produit un communiqué le mercredi 8 novembre 2017, qui a été relayé par certains organes de presse. Ce communiqué rapporte les observations et les résolutions du procureur de la république près le tribunal de première instance de Cotonou, sur les productions des médias lors de sa rencontre avec le Ben/Upmb.  Rédigés dans un langage voilé, une lecture assidue de ce texte amène à déduire qu’il ne s’agit simplement que de l’annonce de la traque des organes de presse qui gênent.

Si l’on épluche ce communiqué de l’Upmb, on se rend très vite compte qu’il s’agissait premièrement d’une séance d’information et non d’échange. Le communiqué n’indique nulle part des échanges entre le procureur et le Ben/Upmb. Il n’est mentionné nulle part dans ce communiqué ni la réaction des membres du bureau de l’Upmb sur les observations du procureur, encore moins des suggestions par rapport aux résolutions de ce dernier. Pour preuve, l’Upmb s’est même proposé d’être le porte-voix des désirs du procureur en se faisant passer pour un donneur de leçons : « les productions faciles inspirées des réseaux sociaux, les productions fantaisistes, partisanes, de type alarmistes… sont à éviter ». Il y a dans cette énumération des types d’articles à éviter, quelques aspects interrogateurs. A l’exemple de la qualification de la nature des articles ou productions. Comment détermine-t-on qu’un article est fantaisiste, partisan ou alarmiste ?

Il ne s’agit là que de qualificatifs subjectifs sur lesquels il ne peut y avoir d’objectivité. Mais pour le cas des articles partisans par exemple, il en a toujours été ainsi en journalisme. C’est pour cela que Habermas affirmait  avec raison qu’ : « qu’il n’y a pas de neutralité en sciences sociales ». La science de l’information et de la communication faisant partie des sciences sociales. La tradition de la presse reconnait dans tout Etat, deux grands courants : les médias pro-gouvernementaux et les médias antigouvernementaux. Le premier courant faisant l’apologie du régime pendant que le second fait des critiques. Cette structuration binaire de la presse crée d’ailleurs un équilibre dans la production et la consommation de l’information. L’avantage étant d’éviter de sombrer dans la pensée unique. A moins de réinventer le fil à couper le beurre, les organes de presse dans le traitement de l’information seront toujours partisans et c’est cela qui détermine la ligne éditoriale de chaque organe.

Ce qu’il convient aussi de retenir dans ce communiqué de l’Upmb, c’est l’annonce des qualifications des poursuites à venir contre des journalistes et des organes qui gênent. Ce seront des motifs du genre : article partisan, article alarmiste etc. Encore faudra-t-il le moment venu faire la différence entre la dénonciation et l’alarme. C’est tous les jours que l’on voit une avalanche de journaux publier à peu de différences près le même titre, organisant ainsi un véritable lynchage des présumés mis en causes… sans aucune autre forme de procès. Ces journaux sont des instruments du système, qu’il faudra également ramener à l’ordre. Les prétendues enquêtes qui seront ouvertes, ne seront que des moyens de surveillance des organes épinglés, dans des buts de répression ou pour avoir la main mise sur les sources de ces organes. A moins de verser dans la naïveté, l’Upmb dont le président reste une figure très admirée du combat pour la liberté de la presse, ne saurait se faire l’écho de telles mesures qui annoncent le musèlement de la presse. Cela est d’autant plus choquant que les membres de l’Upmb présents n’ont pas jugé utile de saisir le procureur sur le cas de Soleil Fm, dont la fréquence est en permanence brouillée, afin que se rende utile…?

13 Commentaires

  1. mMoi, je me demande si le gouvernement veut déclassifier le Bénin des pays qui jadis ont connu une vraie progression en matière de libre expression Sinon, pourquoi tant d’empressement ou plutôt pourquoi autant de célérité dans la démarche? Est-ce une loi qui le mentionne et qui datait au temps du Feu Général Mathieu et qui n’était pas prise en compte et qu’on veuille now la mettre en exécution compte tenu du fait qu’y a trop de critiques dans la presse et réseaux sociaux des actions du chef.

  2. “les productions…inspirées des réseaux sociaux…fantaisistes, partisanes, de type alarmistes” Depuis quand la fantaisie, le parti pris d’opinion, les lanceurs d’alerte sont-ils répréhensibles du point de vue de la Loi ?

    Je pense qu’il s’agit d’une offensive contre le dernier carré qui fait mal et résiste encore à la prédation, aux menaces et au contrôle de ce gouvernement et de l’ensemble de cette classe politique: la Diaspora.

    Leurs stratagèmes à 2 balles sont régulièrement démontés ici,
    La diaspora ne dépend pas des membres de ce gouvernement pour vivre,
    et l’intimidation ne peut pas avoir de prise sur elle, puisqu’elle est hors de portée.

    • Depuis que tu as la patrouille de la censure au c..tu es devenu peu loquace. Incapable que tu es d’enchainer deux phrases correctes sans débiter des insanités.

  3. La presse au Bénin, dans sa quasi-totalité, est noyautée par les réseaux politiques et mafieux, d’où une prolifération inexplicable du nombre de quotidiens (plus d’une centaine), avec un contenu souvent médiocre, et des prix de vente élevés (300F), d’où la réticence des populations à acheter ces chiffons. C’est vraiment une catastrophe, en comparaison avec des pays comme le Sénégal où la plupart des quotidiens de haute tenue éditoriale sont vendue à 100 F, ce qui les rend accessibles à la population. Ce résultat est le fruit d’une organisation privilégiant le regroupement des services communs en vue de bénéficier d’économies d’échelle, ce qui n’est et ne sera jamais le cas au Bénin…

  4. Chacun dit assumer ses responsabilité sinon tout fout le camp dans le pays. Si un journaliste publie quelque chose qui n’est pas vrai, il doit répondre devant qui de droit. C’est un simple bon sens.

  5. ces mesures ne sont aucunement liberticides en ce que il nya rien de nouveau hors ce qui est prévu dans le code de deontologie et les textes actuelles. Democratie n’est pas synonyme de désordre. C’est une invite à plus de responsabilité.

  6. Liberté de parole, liberté de presse, liberté d’expression; c’est le fondement de la démocratie. Et c’est qui caractérise notre démocratie et la différencie de celle de plusieurs pays du continent. Ces mesures liberticide m’inquiètent.
    Ceux qui ont un pouvoir temporel oublient qu’ils sont là pour un temps, et que les décisions qu’ils prennent maintenant vont se retourner contre eux. la roue tourne. Soyons vigilants pour sauvegarder nos libertés

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