Planification familiale au Bénin : Le crime de l’Etat contre 33% de femmes

Planification familiale au Bénin : Le crime de l’Etat contre 33% de femmes

Alors qu’il tient la lanterne rouge en matière de taux de prévalence contraceptive dans la sous région ouest africaine, le Bénin enregistre en même temps un fort pourcentage de besoins non satisfaits en planification familiale (Pf).

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A l’égard de ces femmes qui désirent accéder aux services de la Pf et qui pour une raison ou une autre en sont privées, il urge que l’Etat accorde une priorité, si tant est qu’au-delà des discours, il est vraiment conscient de l’importance de la Pf pour le développement.

Un paradoxe mais surtout un gros péché voir un crime de l’Etat béninois en matière de Planification familiale (Pf). Dans ce pays le Bénin qui peine à se hisser au rang des meilleurs élèves, notamment de l’espace Afrique francophone, avec un taux de prévalence contraceptive à marche de tortue qui avoisinerait les 17,5% à la fin de 2016 selon les estimations de l’agence Track Twenty, et où la Pf n’est pas encore totalement acceptée, il y a 33% des femmes ayant exprimé le désir de se mettre sous la contraception qui n’ont pas été servies.

C’est quand même un fort taux qui, s’il était satisfait, permettrait d’accélérer la marche vers l’atteinte des objectifs au Bénin. Le bilan en 2016, après trois années de mise en œuvre du Plan d’action national budgétisé (Panb) pour le repositionnement de la planification familiale au Bénin (2014-2018), montrait un total de 348.368 femmes utilisatrices de méthodes de Pf sur les 612.023 prévues. Quant aux femmes additionnelles à atteindre, il y a eu 36.416 obtenues contre 45.385 prévues, soit un gap de 8.969 femmes.

« Si rien n’est fait, le gap en 2020 sera de 29.600 »,  à en croire la spécialiste en gestion de santé de la reproduction, Alimatou Zohoun, dans une communication qu’elle a présentée au nom de la Direction de la santé de la mère et de l’enfant (Dsme), lors de la revue de ce plan par la société civile sous l’égide de l’Alliance Droits et Santé en juillet dernier.

Des causes pourtant bien sues

Les causes de cette triste réalité sont quand même connues de longue date. Il y a entre autres, celles liées au personnel devant s’occuper des femmes. A propos, Alimatou Zohoun informe qu’il y a les cas où le personnel de la localité de la requérante n’est pas formé dans la méthode contraceptive choisie par cette dernière. En effet, la Pf est d’abord un choix personnel.

C’est la femme même qui décide de son type de contraception. C’est peut-être après analyse que l’agent de santé peut lui en proposer un autre, si son choix n’était pas trop approprié à sa santé. Mais même dans ce cas, elle a toujours le dernier mot. D’autres raisons sont l’indisponibilité des produits ; l’inaccessibilité géographique et financière ; le mauvais accueil dans les formations sanitaires, etc. sans oublier les pesanteurs d’ordre familial dans les foyers où certaines femmes n’arrivent pas toujours à décider de leur santé sans l’approbation de leur mari…   

A l’Etat de jouer

La résolution de tout ceci est une urgence aujourd’hui si le Bénin veut réellement repositionner la Pf, car pour Alimatou Zohoun, en se concentrant sur cette cible de femmes non satisfaites, le Bénin pourra déjà atteindre une forte prévalence. « Cela nous permettra de dépasser même les objectifs que nous nous sommes fixés »  défend-t-elle. De même, pour les Organisations de la société civile dans leur revue du Panb, l’adoption d’une stratégie opérationnelle de prise en compte et de réponse aux besoins non satisfaits, est l’une des actions décisives à mener en matière de Pf au Bénin. Ceci devrait être une priorité, mais c’est à l’Etat et au politique d’en décider.

« C’est les autorités qui définissent les priorités », soutient Alimatou Zohoun, pour dire que c’est le gouvernement qui définit quelle santé il veut pour sa population et fixe des priorités d’actions et de réformes pour y arriver.

Docteur Serge Kitihoun, chargé des Programmes de l’Association béninoise pour la promotion de la famille (Abpf), aurait même préféré que le service qui s’occupe de la Planification familiale soit érigé en une direction ou un office rattaché directement à la présidence, pour accélérer les changements.

« Si le président Talon en fait une préoccupation, il va opérer des réformes dans ce sens. Tout le monde le sait, la Planification familiale est l’un des piliers du développement. Si on ne règle pas le problème de population, on ne peut pas se développer », défend le médecin

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