Sida en Afrique, le retour à la case départ ?

Sida en Afrique, le retour à la case départ ?

Après 36 ans, l’histoire du Vih/Sida, notamment en Afrique, est sur une pente qui tend vers la situation de départ de l’épidémie en 1981.

L’Oms aguerrit les acteurs béninois dans la sécurité sanitaire

En 2021, la situation du Vih/Sida sera probablement celle de 1981 en Afrique qui demeure le continent le plus touché par l’épidémie -26 millions de Personnes vivants avec le Vih (Pvvih) sur 36 millions dans le monde, selon le rapport Onusida de Juillet 2017-. L’histoire de cette épidémie que nous raconte le Dr Pierre Mpele, souligne les grandes étapes de son évolution depuis 1981 jusqu’en cette année 2017 d’une part, et le visage qu’elle prendra dans quelques années d’autre part.

C’était mercredi 29 novembre dernier au siège du Bureau Afrique de Mercy Ships à Cotonou, sur initiative de la Plateforme médias santé du Bénin. L’ex représentant résident de l’Organisation mondiale de la santé (Oms) au Bénin, Président honoraire et membre fondateur de la Société africaine Anti-Sida (Saa), rappelle que tout est parti de l’alerte de ce jeune étudiant en médecine aux Etats-Unis d’Amérique en 1981, suivi de la découverte du virus en 1983 par le professeur Luc Montagnier à l’Institut Pasteur de Paris.

Mais les Africains ont nié le mal, allant jusqu’à traiter le sida de « Syndrome Imaginé pour Décourager les Amoureux », et ses conséquences sous-estimées jusqu’en 1984, où la prévalence était entre 0 et 5%. Cette réaction informe le conférencier, va faire perdre du temps aux Africains et retarder la prise d’initiatives de réponse à l’épidémie.

Pendant ce temps, la maladie prenait de l’ampleur. Les premiers pas pour y faire face ne sont venus qu’après la manifestation de la croissance de l’épidémie à partir de 1985. Malheureusement, jusqu’en 2000 les interventions en dépit des réactions au niveau mondial, se sont révélées inefficaces et inappropriées.

« La réponse n’était pas suffisamment organisée et spécifique avec les stratégies les plus adaptées. C’est pour cela que l’Afrique demeure le continent le plus touché malgré les efforts réalisés », souligne Dr Mpele.

C’était à l’en croire, des interventions pensées dans les bureaux sans l’implication des chefs religieux et de la communauté. La situation est devenue critique en Afrique avec des taux de prévalence qui variaient dans certains pays entre 10 et 20% en 1999. « Donc, on a échoué entre 1990 à 2000, reconnait le médecin chercheur.

Le réveil

La reconnaissance de cet échec a permis une redéfinition des stratégies dans une approche ciblée qui mobilise et implique tout le monde. Le sida est considéré alors comme une question de développement, donc une préoccupation de tous, raconte le conférencier. « Les dix dernières années, l’Afrique a réorienté et réorganisé ses stratégies, stratégies qui ont commencé à produire des résultats », reconnait-il. Entre 2000 et 2017, le taux de réduction annuelle des nouvelles infections est reconnu à 39% contre 21% entre 1997-2010. Aussi, y-a-t-il 20 millions de Pvvih (53%) qui ont accès aux Arv ; 76% de femmes enceintes pour prévenir la transmission mère-enfant ; le nombre de décès a chuté d’un tiers ; 70% de personnes connaissent leur statut sérologique, etc. Il s’observe une chute du taux de prévalence dans les pays, tendant vers la fourchette 0-5%, comme c’était le cas en 1981 avec l’espoir d’éradiquer le mal d’ici 2030, selon les objectifs de l’OnuSida.

« La victoire a portée de main »

Pour Dr Pierre Mpele, c’est une histoire qui prouve que la fin de l’épidémie est possible comme ce qu’écrivait déjà en 1996 Jean-Louis Lamboray, médecin de l’Onu en ces termes : «Oui, nous sommes en plein drame, mais aujourd’hui je suis plein d’espoir, car la route est courte vers un possible renversement de la tendance». En 2017, Dr Pierre Mpele affirme : «Nous avons été secoués par cette épidémie, on pensait que c’est incontrôlable, mais aujourd’hui il y a de l’espoir». «Mais ajoute-t-il, à condition de terminer le marathon comme si on faisait une course de 100m». C’est pour dire qu’il faut agir exactement comme un athlète qui vers la fin du trajet accélère, redouble d’ardeur et intensifie ses efforts.

«Il faut accélérer les stratégies efficaces prometteuses qui ont été mises en place dans les dix dernières années. C’est valable tant pour le Bénin que pour tous les autres pays africains », martèle-t-il.

La Cisma pour donner plus de souffre dès lundi

Dans ce contexte de renforcement des stratégies, Dr Pierre Mpele annonce l’organisation de l’édition 2017 de la Conférence internationale sur le sida et les infections sexuellement transmissibles en Afrique (Cisma), du 4 au 9 décembre prochain à Abidjan par la Saa.

« C’est un moment où on l’on rassemble les Pvvih, les leaders communautaires et politiques, les scientifiques, les médecins-chercheurs, … On se rassemble pour se remobiliser, se remotiver pour repartir avec un nouveau souffle, combattre le sida dans nos différents pays. Cela a été notre principale activité depuis 1990 pour que nous puissions bâtir des stratégies adaptées », informe le président honoraire

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