Putsch manqué au Burkina : LA VERITE SERA-TELLE JAMAIS CONNUE?

Putsch manqué au Burkina : LA VERITE SERA-TELLE JAMAIS CONNUE?

Ouvert hier dans un quartier chic de la capitale burkinabé, le procès dit du putsch manqué, couvre des enjeux allant bien au-delà du pays des hommes intègres.

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Toutefois, il faut craindre que les écrans de fumée venus d’un puissant pays voisin ne cachent une partie de la vérité. La grande mobilisation de la société civile et les passions qui se déchaînent depuis hier à Ouagadougou la capitale burkinabé à l’ouverture du procès des auteurs de la tentative de coup d’état du 16 septembre 2015, peuvent s’expliquer par deux raisons principales.

La gravité des faits jugés et la personnalité des deux principaux accusés, les généraux Gilbert Diendéré et Djibril Bassolé, qui furent respectivement chef d’état-major particulier et ministre des Affaires Etrangères de Blaise Compaoré, l’ancien président déchu et réfugié en Côte-d’Ivoire voisine. Et qui n’a pas cessé de ruminer une revanche mal contenue après avoir été chassé du pouvoir par le peuple sur lequel il a régné d’une main de fer pendant près de trois décennies.

La soif de justice des Burkinabé est grande parce que beaucoup espèrent voir condamner les deux hommes de main de Blaise Compaoré, pour tourner la page des innombrables crimes impunis sous l’ancien régime. Assassinat du journaliste Norbert Zongo, disparition du chauffeur de François Compaoré, assassinat de l’ancien ministre ivoirien Bala Kéita, meurtre du célèbre restaurateur Valentin, etc. Tous ces crimes n’ont pas été élucidés. C’est donc à juste titre que les organisations de défense des droits de l’Homme qualifient ce procès d’historique.

Sans vouloir présager de la décision de justice, on peut penser que le général Diendéré qui n’a jamais nié être le principal exécutant du putsch raté, pourrait faire les frais de la grande soif de justice au pays des hommes intègres. Dès que le général Diendéré a été annoncé au nombre des putschistes, beaucoup d’observateurs y ont logiquement vu la main de Blaise Compaoré qu’il a si «loyalement» servi en tant que chef du tristement célèbre Régiment spécial de la sécurité présidentielle (RSP). Mais, Diendéré nie en bloc et affirme avoir agi seul. Ce rôle de fusible qu’il a choisi de jouer jusqu’au bout risque de lui coûter cher, car non seulement les charges pesant sur lui sont particulièrement lourdes, mais en plus la justice pourrait faire de son cas un exemple. Cela est d’autant plus plausible que les nouvelles autorités burkinabé ont très tôt marqué leur volonté de faire toute la lumière sur cette affaire, en traquer tous les commanditaires.

Manœuvres ivoiriennes

Mais attention ! Si le sort de Gilbert Diendéré semble scellé, celui de son co-accusé, le général Bassolé est plus incertain. Poursuivi pour trahison, l’ancien chef de la diplomatie burkinabé de Compaoré pourrait bénéficier des manœuvres du puissant voisin ivoirien, dont le Burkina-Faso pays enclavé, dépend pour une grande partie de ses exportations. Malgré leur détermination, les autorités burkinabé ont rangé aux oubliettes le mandat d’arrêt contre Guillaume Soro, l’ancien chef de la rébellion ivoirienne devenu président du parlement.

Ouagadougou a accepté la proposition d’Abidjan de procéder à un «règlement diplomatique», un terme dont on ne sait pas quelle place il accorde à la justice. Avec cet arrangement, quel sort sera réservé aux conclusions de l’expert international chargé d’authentifier le fameux enregistrement audio, seule pièce à conviction liant le général Bassolé à cette affaire de coup d’état ? Il faut rappeler que cet enregistrement audio contiendrait une conversation entre le général Bassolé et Guillaume Soro, qui à cette occasion aurait proposé son soutien aux acteurs du coup d’état. Avec les douces pressions ivoiriennes et l’action des puissants lobbies pro-Soro, il n’est pas sûr que l’enregistrement audio soit exploité à ce procès.

Même si c’était le cas, quelle exploitation sérieuse peut-on en faire en l’absence de Guillaume Soro ? Peut-on valablement juger le général Bassolé en l’absence de son supposé interlocuteur avec lequel il aurait comploté contre le Faso ? Le moins qu’on puisse dire c’est que le refus de Guillaume Soro de collaborer avec la justice Burkina-Faso envoie un écran de fumée qui ne manquera pas de cacher une partie de la vérité sur les évènements du 16 septembre 2015. Comme dans bien des affaires sur le continent et même ailleurs, les exécutants seront condamnés, mais les commanditaires risquent de ne jamais être inquiétés.

Enjeux sous régionaux

C’est un mauvais signal envoyé aux victimes, aux défenseurs des droits de l’Homme et à tous ceux qui espèrent secrètement que ce procès favorisera l’ouverture d’autres dossiers nationaux et sous régionaux, dans lesquels les noms des mêmes acteurs reviennent régulièrement. C’est le cas dans la mort du capitaine Sankara et de ses frères d’armes de la révolution, la guerre au Libéria et en Sierra-Léone, la tentative d’assassinat du capitaine Dadis Camara en Guinée, et plus récemment la crise ivoirienne.

Dans le cas de la crise ivoirienne, plusieurs rapports crédibles accusent le régime de Blaise Compaoré. On sait par exemple que courant 2009, des armes commandées auprès de la compagnie brésilienne CONDOR SA QUIMICA par le général Diendéré, se sont retrouvées en Côte d’Ivoire. Le certificat d’utilisateur final (en anglais, End User Certificate) signé des mains du général putschiste, indiquent pourtant que le destinataire est le Burkina-Faso.

« En matière de commande d’armes, le certificat de destination finale est un document capital, au regard de la législation internationale. Sans ce document en principe, aucun fournisseur sérieux et soucieux de la légalité n’accepte de livrer des armes à un acheteur. Alors pourquoi la Côte-d’Ivoire comme point de chute de ces armes ? », s’interroge l’un de ces rapports.

Les mis en cause n’auront peut-être jamais à répondre à cette question. La vérité sur le rôle de Gilbert Diendéré sur la crise ivoirienne et les autres affaires citées plus hauts n’est pas pour demain. Et si le régime ivoirien refuse de laisser éclater la vérité dans l’affaire du putsch manqué au Faso, il ne faut espérer qu’il livre Blaise Compaoré auquel il a accordé la nationalité ivoirienne, dans l’espoir justement de le soustraire des griffes de la justice burkinabé désireuse de l’entendre dans l’affaire de l’assassinat de l’ancien président Thomas Sankara.

 

Commentaires

Commentaires du site 2
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    ADJRAKATA Il y a 2 mois

    Diendere homme de main du crimi nel Compaore Blaise refugié chez son obligé Ouattara pourlequel il organisé la “rebellion” ivoirienne contre Gbagbo! La guerre du Liberia et par la suite celle en Sierra Leone ils sont trempé jusqu’au cou sans compter les assassinats de citoyens burkinabe! Un regime predateur pour lequel bon nombre de ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui ont travaillé! La verite si elle sort ne sera que partielle pour le moment!

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      DJINAN Il y a 2 mois

      ce qui est horrifiant, c’est que des africains pensent que ceux qui sont au pouvoir à Abidjan sont des saints