Bénin : Éléments pour une réforme du système partisan (suite)

Bénin : Éléments pour une réforme du système partisan (suite)

Dans les pays de vieille démocratie que nous envions tant pour leur stabilité partisane, c’est le mode de scrutin et non les règles draconiennes sanctionnant la création de parti politique, qui a fini par façonner le visage du paysage partisan dans ces pays.

Bénin : Houngbédji pose le diagnostic qui va conjurer l’extrême fragmentation politique

On évoque notamment le scrutin uninominal à un tour en Grande-Bretagne, le scrutin uninominal à deux tours en France. Le cas de l’Allemagne et des autres pays européens est aussi intéressant à connaitre. Mes idées à moi ne sont pas celles qui ont triomphé lors de la rédaction de la nouvelle Charte. Je vais les résumer en sept (7) points.

Lire Bénin : Éléments pour une réforme du système partisan

1) Il ne s’agit pas de compliquer encore plus les critères de création des partis politiques au risque d’empêcher les citoyens de jouir de leur liberté d’association. Chacun peut librement créer une organisation sans que par ruse, une clause de la charte des partis politiques ne l’en empêche.

2) C’est dans les dispositions du code électoral qu’on pensera surtoutaux voies et moyens de favoriser l’émergence de grands regroupements. Ils se feront par orientations politico-idéologiques. Lors de leur création, les partis politiques doivent préciser clairement leur projet de société et leur orientation idéologique (Cf. Charte des Partis Politiques).

3) Les alliances aux élections peuvent être interdites comme proposé dans le projet de la nouvelle Charte ; mais le cas échéant, ces alliance pour aller aux élections législatives, ne seront plus circonstancielles, mais basées sur des contrats durables durant au moins toute la durée de la législature.

4) Le mode de scrutin sera mixte : liste majoritaire à un tour pour 2/3 des députés à élire dans les 24 circonscriptions électorales actuelles, soit 56 députés, liste nationale à la proportionnelle pour 27 députés répartis sur toute l’étendue du territoire national.

5) Un parti politique, pour participer aux élections législatives, de préférence seul ou à la rigueur en alliance, doit présenter des listes dans toutes les 24 circonscriptions actuelles. Le cas échéant, un accord de législature doit déterminer les conditions de la collaboration politique qui sera pérenne pendant au moins toute la durée de la législature dont, entre autres, la clause de rester dans le même groupe parlementaire pendant toute la durée de la législature.

6) Le soutien au régime en place ou au candidat à une future élection présidentielle doit être basé sur un accord de gouvernement qui précisera le programme politique et le programme d’action gouvernemental dontla bonne exécution incombe à tous les partis alliés.

7) Le despotisme césariste demeurera une fatalité dans notre vie politique tant que nous aurons des chefs d’Etat non politiques et qui croient qu’ils peuvent diriger seuls le pays (autocratie), sans une réelle alliance politique avec les partis se réclamant réellement de la mouvance présidentielle et non motivés par la politique du ventre. Ces partis ont le devoir de se prononcer eux-mêmes sur les événements de la vie politique nationale et non se cacher derrière leurs groupes parlementaires ; comme le font actuellement les députés regroupés au sein du soi-disant Bloc de la Majorité Parlementaire.

Dans la chronique passée, j’avais fait une hypothèse, rien qu’une hypothèse : « Quelle aurait été notre évolution socio-politique si après la période de Transition, Nicéphore Soglo et Mathieu Kérékou avaient été interdits de se présenter à l’élection présidentielle suivante » ! Ce n’est là qu’une hypothèse de travail d’un « social scientist »; mais beaucoup me le reprochèrent vivement, à commencer parle PrésidentSoglo lui-même. Le mardi 27 février 1990 dans l’après-midi, il fallait élire le Premier Ministre de la Transition. Deux candidats étaient en lice : Adrien Houngbédji et Nicéphore Soglo. Ce fut alors que le vieux leader danhoméen Justin Ahomadégbé Tomêtin s’écria : « Nicéphore Soglo est l’homme de la situation ! » Nicéphore Soglo fut élu presqu’à l’unanimité comme Adrien Houngbédji s’était désisté.La politique est l’art de savoir se saisir d’une opportunité ; tous les jeunes partisans de l’ancien administrateur de la Banque Mondiale regroupés au sein de l’alliance politique dite Le groupe de Kouhounou, surtout les 4 partis fon qui prirent plus tard le nom de l’UTR (UDFP, MDPS, ULD et PTD/PTA) embouchèrent ipso facto la trompette de « l’homme de la situation » qui progressivement s’enrichit aussi du surnom d’Hercule.

Il était évident pour ces jeunes politiques que le seul candidat capable après la période de Transition de relever le Bénin postrévolutionnaire était Nicéphore Sogloqui fut donc élu derechef haut la main, devenantaussi le Leader charismatique de la Renaissance du Bénin. Comment dans ses conditions,un olibrius peut-il songer 27 ans après que l’homme de la situation,notre Hercule national,pût cesser un seul instant d’être l’oiseau rare et qu’on aurait pu envisager qu’il ne se présentât pas à l’élection présidentielle de 1991, arrêtant ainsi la gigantesques œuvre entamée! L’excuse d’une simple hypothèse de travail d’un scientifique en sciences humaines et sociales n’a pas suffi pour mon absolution. Pas même le fait notoire que cette éventualité fut débattue au sein du HCR : « Primature ou candidature », avait même titré un grand hebdomadaire d’alors. Certes, réflexion faite, un tel choix aurait été catastrophique ; les partisans du Général Mathieu Kérékou n’auraient jamais accepté que finisse ainsi la carrière politique du Grand camarade de lutte et les risques d’insurrection arméeétaient élevés, comme ce fut le cas au Togo et dans les deux Congo !

Quid de la limitation à 70 ans de l’âge au plafond pour être candidat à l’élection présidentielle ? Elle avait servi à éliminer sûrement les trois anciens leaders alors encore en vie, à savoir Hubert Maga, Justin Ahomadégbé Tomêtin et surtout Emile Derlin Zinsou qui apparemment n’avait jamais fait le deuil de son éviction du pouvoir par Maurice Kouandété en décembre 1969. Si cette mesure n’avait pas prospéré, notre évolution politico-institutionnelle n’aurait pas été la même et notre paysage partisan n’aurait pas besoin de la toilette que nous voulons actuellement lui faire subir. Eh oui ! Mathieu Kérékou aurait fini son deuxième mandat constitutionnel en 2006. Qui aurait pu le remplacer ? Certainement pas Boni Yayi ; c’aurait été sans conteste Nicéphore Soglo qui aurait fait de nouveauun seul mandat comme le prescrit notre Constitution. En 2011, Adrien Houngbédji aurait battu à plate couture l’ancien DG de la BOAD. Et après ? En 2021, à la fin du deuxième mandat constitutionnel de Maître Adrien Houngbédji, peut-être que ce sera alors le moment venu pour Boni Yayi et Patrice Talon de solliciterles suffrages de leurs concitoyens. La science politique adopte fréquemment une démarche prospective !

Cependant, ce n’est pas seulement au niveau du génie juridique, précisément dans la technologie du mode de scrutin que se règle définitivement la question du visage partisan d’un pays. La culture joue un grand rôle. En l’occurrence, dans les pays européens, le passage de la mentalité féodale, aristocratique à la pensée bourgeoise, démocratique, a été long. L’Inquisition, cette institution de l’Eglise Catholique devenue objectivement le bras armé de l’idéologie dominante, avait fonctionné au Haut Moyen-Age (l’an 1000) jusqu’à la fin du 19è siècle. Le libéralisme dans la pensée et les franchises universitaires avaient fini par booster l’esprit scientifique dans les sciences humaines et sociales. Dans les pays africains, le moins qu’on puisse dire, c’est que la témérité scientifique n’est pas la chose du monde la mieux partagée

Dénis Amoussou-Yéyé
psychosociologue

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