Bénin : le docteur Louis koukpemedji à propos des reformes dans le secteur pharmaceutique

Bénin : le docteur Louis koukpemedji à propos des reformes dans le secteur pharmaceutique

Le secteur pharmaceutique au Bénin n’a pas échappé aux reformes du gouvernement de la rupture. Deux ans après l’accession de Patrice Talon au pouvoir, que peut-on retenir ?

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C’est à ce propos que votre quotidien est allé à la rencontre du Docteur Louis Koukpémédji. Pharmacien d’officine et Président de l’Intersyndicale des pharmaciens du Bénin, il se prononce sur ces reformes engagées par Patrice Talon et son gouvernement.

Quel est votre regard sur les deux (02) ans de Patrice Talon au pouvoir en ce qui concerne le secteur de la pharmacie au Bénin ?

Je dois dire qu’avant l’arrivée au pouvoir du Président Patrice Talon, nous, en tant qu’acteurs du système sanitaire, savons que le système de santé ne se portait pas bien. C’est un secret de Polichinelle à partir du moment où nos populations ne sont pas satisfaites des actions du système sanitaire et des résultats. C’est clair que notre système sanitaire est à revoir.

Après l’arrivée du Président Talon, il a promis de faire des réformes. Il a même mis en place une commission des réformes. En ce qui concerne le secteur pharmaceutique, le Président a promis non seulement de lutter contre la criminalité pharmaceutique mais aussi travailler à assainir le secteur de sorte à assurer la protection des citoyens et en même temps mettre notre secteur au service de la population. Et nous avions constaté que lors du conseil des ministres du 1er septembre 2016, le président a pris un certains nombre de décisions. De ces décisions, on a vu plus tard l’autorisation de la ratification de la convention médicine qui a été accordée au Président de la république. Nous avions assisté ensuite au démantèlement des marchés à ciel ouvert des médicaments, ce que nous appelons communément « Adjegounlè ».

Pour nous, tout cela rentre dans le cadre des reformes annoncées dans le secteur pharmaceutique. Et puis récemment, vous avez suivi avec nous le démantèlement d’un grand acteur du secteur informel que je ne nomme point. Actuellement, il y a un dossier à la justice et nous attendons tous le verdict avant de savoir véritablement ce qui s’est passé dans ce dossier là. En gros, nous pouvons dire que les réformes engagées par le président de la république sont pertinentes. Il a fait un bon diagnostic dans le secteur pharmaceutique. Puisque la perfection n’est pas de ce monde, je crois qu’il y a des choses à revoir.

Vous venez de dire que le Président a promis assainir votre secteur. Quels sont les problèmes qui minent aujourd’hui le secteur pharmaceutique ?

Il faut dire que dans notre secteur, le problème qui se pose est beaucoup plus le dysfonctionnement au niveau des structures chargées du contrôle de la chaîne des médicaments. Quand vous prenez cette chaîne, vous avez les fabricants, les distributeurs, les dispensateurs. Mais il y a d’autres acteurs qui se sont incrustés dans cette chaîne, or ils ne le devraient pas. Mais ils interviennent au vu et au su de tout le monde. On doit pouvoir mettre fin à cela. Deuxième chose, les textes qui encadrent la profession de pharmacien et le médicament lui-même datent de la période révolutionnaire.

Vous convenez avec moi que les choses ont évolué, ne serait-ce qu’au niveau de la technologie des médicaments, de nouveaux défis sont apparus et nos textes doivent prendre en compte ces enjeux. Pour cela, le Président a promis revoir le cadre législatif et réglementaire. Jusque-là, nous sommes en phase avec les réformes. Néanmoins, nous pensons qu’on peut revoir la méthode qu’use le gouvernement. Il faut que les professionnels soient intimement associés à ces réformes.

On accuse aujourd’hui les pharmaciens de vendre de faux médicaments. Qu’en est-il réellement ?

Je pense qu’à ce niveau, il y a une sorte d’incompréhension, de mauvaise communication car, au-delà de tout, nous disons que le cadre institutionnel et réglementaire ne correspond plus aux nouveaux défis. Mais cela ne veut pas dire que l’Etat ne fait rien. A titre d’exemple, nous avons des officines de pharmacie qui sont régulièrement visitées par les inspecteurs même si ils ne sont pas suffisants pour faire autant de travail comme nous l’auront souhaité. Vous avez aussi le laboratoire national de contrôle de qualité qui fait des descentes dans des officines de pharmacie et contrôle ce qui se passe. Et à ce niveau là, ils n’ont jamais alerté sur le fait que dans nos pharmacies se trouvent de faux médicaments. Voilà pourquoi je dis qu’il y a un problème de communication. Jusqu’à cette date, c’est l’Etat qui autorise et contrôle les pharmacies.

Il y a beaucoup de localités sans pharmacie au Bénin. Que faites vous alors pour pouvoir répondre aux besoins de la population dans les contrées lointaines alors que le gouvernement interdit la vente des médicaments de rue ?

Même avant l’arrivée du Président Patrice Talon au pouvoir, il y a un travail qui se faisait dans ce sens. Depuis 2006 le ministère de la santé de commun accord avec l’ordre des pharmaciens a pris la décision d’encourager les pharmaciens à aller s’installer dans les zones rurales. Et cela avait démarré. Ma pharmacie par exemple est basée à Kétou à 150 km de Cotonou; les autres sont à Nikki, Banbèrèkè etc. Le seul hic est que ces initiatives ne sont pas accompagnées par l’Etat. Il faut des mesures incitatives, ne serait-ce que sur le plan fiscal, pour accompagner ces pharmaciens. Cela permettra aux pharmaciens d’exercer leur métier dans les zones rurales. Ce qui n’a pas été le cas.

Après 5 ans, comme le disent les textes, plusieurs pharmaciens sont revenus dans les villes. Mais depuis l’arrivée du Président Talon, nous sommes en train de remettre cette problématique sur la table des discussions pour pouvoir trouver une thérapie appropriée. Pour finir, je dirai qu’il sera difficile de voir des pharmacies dans tous les villages car dans ce secteur, il faut concilier les intérêts de santé publique et ceux économiques. Ce secteur demande de lourds investissements, d’où la question de pouvoir faire une étude de marchés dans ces zones.

L’Etat en tant qu’organe régulateur doit intervenir. Ceci étant, la loi a prévu un mécanisme pour les régions où une pharmacie ne sera pas rentable. Ce sont les dépôts pharmaceutiques qui sont des lieux de vente de médicaments de première nécessité et qui sont sous la supervision d’un pharmacien mais non pas dirigés par des pharmaciens. Là aussi, je dois avouer que l’Etat travaille pour un assainissement car il y a trop de dépôts illicites, illégaux ou que les auteurs demeurent inconnus. Récemment, il y a moins de trois mois, plus d’une centaine de dépôts pharmaceutiques ont été signés par l’Etat.

Aujourd’hui, l’ordre des pharmaciens est divisé. Comment assurez-vous la sécurité pharmaceutique aux populations ?

Le fait que l’ordre soit divisé n’a pas de véritables répercussions sur le fonctionnement des pharmacies. Après tout, ce sont des entreprises privées placées sous le contrôle de l’Etat. Tout de même, cette division a eu de répercussions sur le fonctionnement de la chambre disciplinaire de l’ordre des pharmaciens. Mais nous sommes déjà en train de trouver un compromis et, avec l’appui des autorités à divers niveaux, ce problème sera résolu.

Une question vient constamment de l’opinion publique. C’est de savoir quand est-ce que les pharmaciens béninois vont commencer par fabriquer des médicaments pour les béninois.

Cette assertion n’est pas justifiée. Ceux qui disent cela ne connaissent pas les multiples fonctions des pharmaciens. Nous avons des pharmaciens qui sont des fabricants, ils sont au niveau des industries, ceux qui s’occupent de la logistique et du transport et les pharmaciens dispensateurs qui sont généralement dans les officines. Je constate plutôt que l’industrie pharmaceutique n’est pas développée chez nous.

A la date d’aujourd’hui, il n’y a que deux industries pharmaceutiques qui fonctionnent tant bien que mal et n’arrivent à couvrir que 2% des besoins de médicaments des béninois, Ce qui fait que nous sommes dépendants de l’extérieur à 98% en termes de besoins en médicaments. Il faut s’assurer que ce que nous importons est bon et le débat est à l’ordre du jour, surtout avec les médicaments multi sources qui sont fabriqués dans les pays asiatiques, transités par l’Europe avant de nous parvenir. C’est aussi une perte de devises.

La grande difficulté, c’est que l’industrie pharmaceutique a beaucoup d’exigences. Nous n’avons pas de problèmes de compétences. Mais en termes de logistique, il faut dépenser des milliards, or il faut aussi rentabiliser. Le Bénin avec ses 10 millions d’habitants n’est qu’un petit marché pharmaceutique. Les réflexions actuelles tendent vers une régionalisation des usines pharmaceutiques. il serait mieux que les pays de la Cedeao se mettent ensemble pour créer ces industries.

Le Chef de l’Etat est en train de boucler ses deux (02) ans de pouvoir, comment entrevoyez-vous l’avenir du secteur pharmaceutique dans les 3 années à venir ?

Mon souhait, c’est que davantage d’efforts soient faits pour associer les professionnels du secteur aux réformes en cours. C’est très important. Connaissant la thérapie, il faut que les décideurs nous associent pour que d’autres ne les induisent en erreur. Je suis très optimiste puisque le marché informel a été démantelé même s’il n’avait pas totalement disparu. Après ce travail d’assainissement, l’Etat peut maîtriser la part du marché de médicaments qui revient au Bénin. Je pense donc que le secteur a de beaux jours devant lui si les reformes se poursuivent surtout de concert avec les acteurs du secteur

Commentaires

Commentaires du site 1
  • Avatar commentaire

    Pourquoi ici il n’y a pas de commentaire? que ceux qui savent critiquer sortent et parlent. Les syndicats de notre pays le Bénin doivent se mirer pour se dire ce qui ne va pas en leur sein. Le Bénin est dans une pourriture totale dans tous secteurs. Chers amis syndicalistes ayez le courage de le reconnaître. L’argent salle, l’argent facilement volé, circulait trop au Bénin Mr Chadaré le sait très très bien. Les Béninois n’ont qu’à ce mettre véritablement au travail.