Deux ans du pouvoir Talon : La démocratie menacée par l’affaiblissement des institutions

Deux ans du pouvoir Talon : La démocratie menacée par l’affaiblissement des institutions

Le visage des institutions béninoises depuis avril 2016 est peu rayonnant. Au fil des jours, on a vu l’Assemblée nationale sombrer dans la vassalisation.

Alexandre Hountondji : « Le président Talon veut gouverner sans le peuple »

La Cour constitutionnelle qui semble résister à la « convergence institutionnelle », est sevrée de rentes. Habilement, le pouvoir travaille à domestiquer toutes les institutions de contre pouvoir, et faire du seul chef de l’Etat l’hyper-président qu’il a pourtant refusé d’être.

Lundi 17 aout 2015 à Paris. Ce jour, beaucoup de Béninois ont pris le rendez-vous médiatique avec deux télévisions de la place qui diffusent à 21h, heure locale, l’interview de l’homme le plus recherché à Paris. Patrice Talon se prononçait ainsi pour la première fois sur la situation politique nationale. Dans cette interview courte de 30 minutes, il se dit « heureux », agite quelques idées fortes.

Sans confirmer de façon péremptoire sa candidature, il expose les grandes réformes politiques du quinquennat 2016-2021. Pour lui, le président béninois est trop « puissant ». On l’entend dire : « Pour remédier durablement aux maux qui minent notre pays, il urge d’opérer impérativement les réformes ci-après : 1) Rééquilibrer les pouvoirs entre les différentes institutions et au sein même de chacune d’elles, de sorte à réduire les pouvoirs individuels et personnels. 2) Instaurer une réelle indépendance des institutions vis-à-vis du Chef de l’Etat. 3) Instaurer une réelle indépendance des différents pouvoirs, tels que la justice et la presse, vis-à-vis du pouvoir exécutif ».

Diagnostic pertinent accompagné d’une solution aussi pertinente. Son discours réveille l’appétit de maints démocrates qui voient ainsi en lui, « l’homme nouveau » attaché au respect des principes démocratiques. Ce discours nouveau reçoit l’adhésion populaire. Mais une fois l’élection remportée et le pouvoir pris, les actes contredisent le discours de Paris.

Progressivement, le nouveau président commence à travailler pour renforcer son pouvoir qu’il n’entend pas partager. Ainsi, aucun Conseil des ministres ne se déroule en son absence, et lorsqu’il n’est pas au pays le gouvernement ne tient pas son conseil des ministres. Pourtant, aux termes de la constitution du 11 décembre 1990, cette prérogative ne fait point partie de celles que le président ne peut déléguer à ses collaborateurs. Cette tendance a été également notée dans la mouture de la constitution envoyée à l’Assemblée nationale, pour étude et adoption. Le pouvoir de ratification des accords de financement donné à l’Assemblée nationale, lui a été retiré et est désormais confié au chef de l’Etat.

L’indépendance muée en dépendance

L’Assemblée nationale, deuxième pouvoir chargée de contrôler l’action du gouvernement, a totalement sombré dans la dépendance. Le vendredi 16 décembre 2016, jour de lancement du Pag, le chef de l’Etat proclame urbi et orbi sa volonté de voir les députés « voter les lois les yeux fermés ». Ce souhait a semblé recevoir l’avis favorable de l’Assemblée elle-même. Depuis, on a vu l’Assemblée se comporter comme une institution au service du pouvoir. Les projets de loi du gouvernement et les propositions de loi émanant des députés de la majorité parlementaire sont votés avec célérité. Le président, Me Adrien Houngbédji, a lui-même affiché à deux reprises sa révérence au chef de l’Etat, en interdisant la lecture d’une déclaration de la minorité parlementaire et en faisant les louanges du chef de l’Etat lors de la cérémonie de présentation des vœux des institutions. Condamné deux fois par la Cour constitutionnelle pour avoir violé la constitution, il paie ainsi le prix de sa docilité poussée aux actions du gouvernement, en adoptant sur la question de la désignation des membres de l’Assemblée nationale devant siéger au Cos-Lépi, la même position que le gouvernement.

La Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication ne fait pas exception. Comme l’Assemblée nationale, elle aussi s’est montrée toute docile avec son président qui a fréquemment pris des décisions unilatérales visant à bâillonner la presse.

Les rares efforts d’indépendance proviennent de la Cour constitutionnelle, qui s’efforce à maintenir le cap en dépit des pressions et des velléités de déstabilisation. Attaquée violemment par une certaine presse chaque fois qu’elle rend des décisions peu favorables au gouvernement, la Cour constitutionnelle a connu une grande secousse avec la démission de son membre Simplice Dato. Ce coup visant à déstabiliser l’institution ayant foiré, le gouvernement a procédé à son sevrage économique. Dans un dernier communiqué paru dans la presse, la Cour a affirmé n’avoir reçu que 7,9% de son budget de fonctionnement depuis le début de l’année jusqu’au 31 mars 2018. Ainsi va la vie des institutions qui refusent de se soumettre au Bénin

Commentaires

Commentaires du site 3
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    OLLA OUMAR Il y a 6 mois

    Et on veut qu’on se taise ; nous ne nous tairons pas .
    Il faut dégager talon .

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      Ahhi Joss Il y a 6 mois

      Il faut sauver la démocratie béninoise dont Talon a largement profité et le chasser du pouvoir avant les cinq années constitutionnellement établies.
      Ce ne serait pas anticonstionnel, mais plutôt salutaire pour la survie de la démocratie béninoise vieille bientôt de 30 ans.

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        Paul Ahéhénou Il y a 6 mois

        Je dis non à vos propos. On ne le dégagera pas par des voies anticonstitutionnelles. Laissez le pécheur mourir de sa propre mort, et ne le précipitez surtout pas. Les pièges qu’ils creuse partout pour ses ennemis finiront par l’emporter. Car qui tue par épée, périt par épée. C’est une vérité éternelle.