Ibrahim Salami : Moïse Bossou, le constitutionnaliste qui me voulait du bien…

Ibrahim Salami : Moïse Bossou, le constitutionnaliste qui me voulait du bien…

Le compteur terrestre de Moïse Bossous’est arrêté aux premières heures de ce dimanche 08 avril 2018. Son départ laisse un vide dans sa famille mais aussi dans la vie de ses amis. Moïse Bossou était un fidèle et sincère ami qui me voulait du bien.

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J’ai fait sa connaissance en 2007 dans la cour de la faculté de droit et de science politique de l’Université d’Abomey-Calavi. Un autre grand nom de la faculté avait fait les présentations, c’était Philippe Noudjènoumè, chef du département de droit public.

Il me dira quelques années après qu’il était réticent face à un jeune Yorouba de Porto-Novo. De la part d’un Nago de Savè, je ne me sentais pas insulté et je l’ai compris d’ailleurs.

C’était le départ d’une amitié solide et sincère fait d’échanges sur l’actualité constitutionnelle béninoise et les grands faits politiques.

Je puis dire qu’après avoir échangé avec moi sur certaines questions de droit public, il m’avait pris en affection.

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Moïse Bossou n’était pas un personnage ordinaire. C’était un passionné du droit constitutionnel, du droit international et de la science politique. Lorsque j’avais mis pieds dans les amphis de la Fadesspau cours de l’année 1993, c’est cet homme avec un accent nagot très prononcé qui me donna mes premières notions de droit constitutionnel. J’en étais si marqué qu’en partant en France continuer mes études l’année suivante, son cours est le seul que j’avais emporté. Je suis rentré avec en 2006. Je dois donc à Moïse Bossou de m’avoir donné envie d’être comme lui.

Moïse Bossou était pourtant rempli d’humilité. Depuis qu’on se connaît, il ne validait aucune production scientifique sans ma caution ; et moi aussi.

J’ai vite compris que la clé de notre complicité résidait dans notre complémentarité. J’étais en effet très juriste kelsénien (disciple de la théorie pure du droit) en rentrant après mes 11 ans de séjour en France (doctorat et Capa). Grand connaisseur de l’histoire politique et constitutionnelle du Dahomey puis du Bénin, Moïse Bossou m’a initié à l’analyse politique avec une dimension historique et contextualisée des constitutions et du droit constitutionnel béninois. C’est un enrichissement sans fin.

Moïse Bossou ne m’a pas lâché depuis 2007 et c’était pour mon plus grand bonheur. Il était présent à toutes les grandes étapes de ma vie professionnelle et personnelle.

Sa présence n’était pas qu’amicale et professionnelle, elle était paternelle.

Autant il était aux anges quand j’ai été fait lauréat du concours d’agrégation en 2011, autant il considérait ma consécration en juillet 2017au grade de Professeur Titulaire comme la plus belle chose qui lui soit donnée de vivre professionnellement et par procuration.

Moïse Bossou était un redoutable débatteur. En tant que tel, il notait chacune de mes interventions. Quand je sortais des plateaux de télévision, il était toujours le premier à porter une appréciation sur mes prestations. Et quand Moïse Bossou aimait, je me flattais d’avoir été bon.

Dire que Moïse Bossou n’avait pas de grade universitaire, ce n’est pas le dénigrer. Bien au contraire, j’entends célébrer ainsi un savoir-faire qui fait sauter la correspondance absolue entre la qualité et le diplôme et/ou le grade.Ceux qui ont travaillé avec lui comme Directeur de cabinet de Me AdrienHoungbédji ou dans la Commission Ahanhanzo-Glèlède relecture de la Constitution gardent de lui le souvenird’un homme perspicace et surtout sans aucun complexe.

Infatigable travailleur, il était à l’origine de nombreux recours devant la Cour constitutionnelle et d’articles publiés … Il était très fier d’avoir donné son expertise au Président Yayi Boni entre autres sur le projet de loi portant organisation du référendum au Bénin. Cette loi organique a gravé dans le marbre constitutionnel béninois, les options fondamentales de la Conférence nationale. C’est à Moïse Bossou que nous devons cette formule. Et c’est sans doute un de ses meilleurs héritages que Moïse Bossou laisse à la postérité. Moïse Bossou a laissé ses empreintes constitutionnelles dans le droit positif béninois.

Je garde de Moïse Bossou un souvenir impérissable, de ses convictions républicaines, ses valeurs, son éthique, de sa spiritualité qui ne se réduit pas à la religion, son amour du droit constitutionnel et du Bénin.

Je garde de lui la conviction qu’on ne peut pas comprendre le régime politique sans une bonne connaissance de l’histoire politique de ce pays et surtout de la Conférence nationale.

Moïse Bossou, professeur des professeurs, repose en paix ; nous gardons le temple.

Ibrahim David SALAMI
Professeur Titulaire des universités.
Agrégé des facultés de droit.
Avocat au Barreau du Bénin.

Commentaires

Commentaires du site 1
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    Napoléon1 Il y a 2 semaines

    Un témoignage qui fascine l’homme. Que L’éternel accepte ce béninois exceptionnel dans son royaume. Paix à son âme et la terre lui soit légère.