Noël Chadaré : « C’est une gouvernance qui paupérise davantage les béninois »

Noël Chadaré : « C’est une gouvernance qui paupérise davantage les béninois »

Le 06 avril 2018, cela fera deux ans que le président de la République, Patrice Talon, a accédé à la magistrature suprême.

Deux ans de Patrice Talon au Bénin : La diminution du délestage

Deux ans après, les partenaires sociaux notamment Noel Chadaré, le secrétaire général de la Confédération des organisations des syndicats autonomes du Bénin (Cosi-Bénin), apprécie.

Extrait de ses propos

« … La gouvernance de Patrice Talon n’est pas une gouvernance très heureuse sur le plan social deux ans après, parce que vous avez constaté que la population souffre énormément. La misère s’est installée davantage et la plupart des béninois n’a qu’un seul repas quotidien. La morosité économique s’est installée, les plaintes sont énormes. C’est vrai que le chef de l’Etat a demandé de serrer la ceinture, mais là c’en est trop.

La gouvernance de Patrice Talon ne répond pas aux attentes des béninois sur le plan social, parce qu’il n’a pas été élu pour davantage enfoncer ses compatriotes dans la misère. Sur le plan de la gouvernance économique, des efforts ont été faits pour traquer ceux qui font du faux dans la fonction publique. Il faut noter un assainissement de la fonction publique et l’apprécier à sa juste valeur, car les tricheurs n’y ont pas leur place. Il y aussi que le Bénin a relevé le défi du coton (on parle aujourd’hui de 500 000 tonnes l’an), et c’est à mettre à l’actif de ce pouvoir. La noix d’acajou et l’anacarde sont également valorisés, ce qui dénote d’une volonté manifeste de diversifier les sources de richesses agricoles.

Concernant la supposée réduction du train de vie de l’Etat -des efforts ont été faits en apparence mais la réalité est tout autre-, on a l’impression qu’elle profite bien à ceux qui sont en haut, car l’opacité autour des salaires politiques de ces responsables administratifs persiste. Le pouvoir Talon a prôné l’austérité lorsqu’il est arrivé. Mais cette austérité n’est pas partagée par ceux qui la réclament, et c’est une grosse plaie de ce régime. Par ailleurs, la prospérité doit être aussi partagée que l’austérité. Mais on a le sentiment que des gens s’épanouissent sous la rupture, pendant que la grande majorité des béninois croupis dans la misère.

Sur le plan des réformes, l’un des mérites de ce pouvoir c’est d’avoir très tôt décidé de trancher la question territoriale. Le chef de l’Etat a eu le courage de prendre cette décision, et enfin nous avons les 12 départements. C’est une chose que nous avons appréciée. Cela dit, les réformes telles qu’elles sont conduites par le gouvernement de la rupture sont des réformes exclusives, faites au pas de charge et qui ne prennent en compte ni l’avis des travailleurs, ni celui des concernés. On a aussi l’impression que pour le gouvernement dit de la rupture, réformes riment avec privatisations. Il faut aussi mettre l’accent sur le caractère inhumain de ces réformes où l’on déverse dans la rue plein de travailleurs. Le pouvoir a prévu créer des emplois à son arrivée, mais aujourd’hui il fait tout le contraire…

C’est un gouvernement avec lequel on a découvert toutes les terminologies possibles de privatisation déguisée (affermage, gestion déléguée, mise en concession, etc.). En résumé, on peut dire que c’est une gouvernance caractérisée par une absence de politique sociale, une conduite des réformes non inclusives et une sorte de parodie de dialogue avec les travailleurs. Un dialogue infructueux qui ne rime à rien. La crise sociale majeure dans laquelle nous sommes en est une preuve.

L’école béninoise va très mal par la faute du pouvoir, mais il faut reconnaitre que les résultats aux différents examens n’on pas été maquillés comme par le passé. Ce pouvoir a le mérite de laisser la direction des examens et concours et l’office du Bac, donner les résultats réels. Mais les béninois vont mal deux 02 ans après. Les libertés sont menacées dans ce pays. Interdiction de marches par ici, tentative de régenter les mouvements estudiantins à l’université… On a aussi vu une volonté manifeste de retirer le droit de grève. C’est le pique de ces violations des libertés. L’opposition béninoise est presque muselée, c’est une opposition résiduelle et les syndicats aussi sont menacés par le pouvoir.

Après avoir mis en colonne couvée les hommes politiques de tous les horizons, le pouvoir a mis le cap sur les syndicats en espérant que ceux-là qui les empêchent de tourner en rond puissent se taire. Notre démocratie est mise à mal par un pouvoir qui n’accepte pas la contradiction. On a l’impression que le président Talon remet en cause les acquis de la conférence nationale chèrement obtenus. Par ailleurs, la lutte contre la corruption se fait dans un seul sens, et seuls les politiciens qui ne sont pas du bord du pouvoir sont arrêtés.

Même si nous ne voulons pas absoudre les coupables de corruption, il faut donc éviter de faire de la lutte contre la corruption une arme pour fermer la bouche de ceux qui pensent autrement que le pouvoir. ».

Réalisation : Eric Amou

Commentaires

Commentaires du site 6
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    Mr Chadaré n’a qu’à perd son temps dans du bavardage que lui même ne maîtrise pas.
    Combien de syndiqués cotisent au bénin? le jour cette condition sera présentée aux syndiqués vous ne pratiquement plus de syndicats dans ce pays. Appliquez entièrement les règles du syndicalisme et vous verrez la suite.

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    Qu’appelez-vous acquis de la Conférence Nationale ? Ce sont les décisions de cette fameuse Conférence qui ont accentué la gangrène de l’inorganisation dans notre pays. En effet, tétanisés par les affres de la dictature stérile de Kérékou, les Conférenciers se sont fourvoyés en prenant des dispositions iniques comme le droit de grève à tous les fonctionnaires, y compris les forces armées (du jamais vu nulle part sur la planète terre), sans l’assortir d’aucune obligation pour ces fonctionnaires saprophytes de travailler pour mériter leur salaire. Dans un pays pauvre sans ressources, comment concilier ces incongruités qui ont plongé notre pays dans la misère provoquée par une pseudo démocratie. A cela il faut ajouter des structures comme la Haute Cour de Justice qui ne servent strictement à rien et qui coûtent des milliards en coûts de fonctionnement chaque année. Savez-vous que ces magistrats s’ennuient à un point tel qu’ils se réchauffent l’esprit avec des simulations (je dis bien simulations) de procès. Les efforts de Talon pour sortir notre pays de l’ornière (maîtrise de la sécurité, secteur de l’énergie revigorée, production record de coton, lutte sans merci contre les faux médicaments avec la suppression d’Adjégounlè, les investissements dans le cadre de vie, etc.) ne reçoivent aucune considération de l’auteur de cet article.
    L’impression qui se dégage est personne n’a conscience que les pays qui se sont développés ont vu des générations entières se sacrifier pour le progrès des générations futures. Aucune nation n’échappe à cette réalité, à commencer par la Bénin qui ne dispose d’aucune richesse de sous-sol par-dessus tout. Au lieu de cela, on s’amuse dans ce pays ………
    Les actions de Talon sont même en deçà des sacrifices requis dans notre pays de merde…

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    est ce qu’il peut publier son salaire et on verra s’il est pauvre lui (correction)

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    est qui peut publier son salaires avec les jetons de présence et la on verra s’il est pauvre

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    SOUNOUKPO Il y a 2 semaines

    une belle analyse, qui me satisfait