« Ya ni yi bo ! » : que la pauvrete s’en aille, donc !

« Ya ni yi bo ! » : que la  pauvrete  s’en  aille,  donc !

Les lignes qui suivent constituent un conte dont j’ai eu l’inspiration et que j’ai écrit un certain 6 Avril 2007 (mais non publié).

Qui a intérêt à noircir le continent noir ?

J’avertis le lecteur que toutes ressemblances avec des faits, des lieux et des personnes existant ou ayant existé ne seraient que de pures coïncidences.

Titre du conte : LA LEGENDE DU PRINCE YANI-YIBO

Il était une fois un Prince nommé YANI-YIBO, du « Royaume de Mille-et-une-idées ». C’est son papa, le Roi, qui lui a donné et légué ce nom qui s’avèrera plus tard prémonitoire. Il reçut bonne éducation et brillante instruction qui lui valurent d’aller travailler dans le royaume voisin (à l’ouest) en service dans une haute institution où l’on manipule aisément des cauris, monnaie commune à huit royaumes de la sous-région.

Après un séjour de plus d’une décennie là-bas, il rentra précipitamment au bercail pour venir briguer le trône qui allait être vacant, trône auquel il accéda, tout jeune qu’il était, contre toute attente, soufflant la mise à tous les vieux princes prétendants. Car, en parcourant monts et vaux dans tout le royaume, il avait, dans un langage tout nouveau, déclamé gaîment un formidable slogan « Ca peut changer, ça va changer !» qui lui a bien réussi.

Dès son installation sur le trône, il se montra plein d’allant et d’énergie pour entreprendre de transformer tout le Royaume qu’il avait, disait-il, ramassé dans un état déplorable Il agissait d’abord, et réfléchissait ensuite. Il apparaissait déjà comme un monarque dictateur, seul maître à bord.

Dans sa cour, aux côtés de courtisans très nombreux, tout le monde voulait avoir sa place, même les vieux princes qu’il avait auparavant évincés en accédant au trône. Il réunissait autour de lui moult partisans et admirateurs avec qui il proclamait à tous vents l’objectif premier de son règne : la lutte contre la pauvreté, de Hauts Princes d’Empires venus d’outre-atlantique ayant importé dans les petits royaumes du sud, comme le sien, un machin baptisé DSRP (Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté). Et notre roi YANI-YIBO était convaincu qu’il avait bien besoin de ce machin, ignorant que son destin à lui, était simplement d’accomplir la prophétie de son papa, contenue dans la signification de son nom YANI-YIBO « Que la pauvreté s’en aille donc », exprimée dans la langue la plus répandue du Royaume. Irrésistiblement, la force de cette prédestination le poussait.

Aussi, délaissa-t-il instinctivement d’utiliser ses premiers moments de règne pour d’abord prendre parfaite connaissance de l’état du Royaume, mais il se précipita plutôt d’effectuer d’innombrables voyages à l’étranger, vers ses pairs voisins et même lointains, histoire de ramener des tonnes de milliards de cauris (même en promesse !) pour faire du Royaume de Mille-et-une-idées, un Pays émergent. A l’intérieur, on le voyait dans les champs, sur les chantiers, devant des foules de princesses (qu’il qualifiait de très belles), faisant fi de tout protocole et de toute délégation de pouvoir qu’il aurait pu confier à ses nombreux Ministres du Royaume, lesquels étaient plutôt affairés, de leur côté, à organiser des réunions publiques et des cultes géants pour son soutien.

Le Roi YANI-YIBO eut la ferme conviction d’être nanti d’une mission divine, celle de changer le destin du royaume, de réussir à y réduire la pauvreté, quitte à faire sauter des dispositions constitutionnelles pour lui permettre de régner tout le temps qu’il voudra, en cachant bien entendu son jeu. Et la prophétie contenue dans son nom « YA NI YI BO » aura été accomplie à ce prix-là ! Seulement, ce serait sans compter avec les sujets de sa Majesté, légalistes et très éveillés en politique, qui jamais, ne lui permettront une telle aventure ! Fin du conte.

(Ph. H. / Cotonou, 6 Avril 2007)

EPILOGUE : 26 Avril 2018

En lisant aujourd’hui ce conte, aucun Béninois, malgré l’avertissement fait dans l’avant-propos, n’aura de peine à identifier le « Prince YANI-YIBO » à Boni YAYI, et le « Royaume de Mille-et-une-idées » au Bénin. En effet, comme le récit était écrit un 6 Avril 2007, 1er anniversaire de l’arrivée au pouvoir du Président Boni YAYI, dont le devoir de bilan accordait une place importante à la question de la lutte contre la pauvreté, il m’était venu à l’esprit spontanément la phrase « YA NI YI BO !» (en langue Fongbé) qui, curieusement, se trouvait être l’anagramme (en syllabes) de « BONI YAYI », signifiant justement : « Que la pauvreté s’en aille donc !», véritable cri de cœur.

Avril 2016, au départ du pouvoir de Boni YAYI, les Béninois dans leur ensemble, se sont aperçu (sans trop se tromper) que la pauvreté était toujours là, « YA YI yà ! ». Ce fut un espoir déçu. Alors, mon conte ne pourra plus avoir la suite éventuelle par laquelle j’aurais relaté que le « Royaume de Mille-et-une-idées » était devenu une République sous le nom de «YA YI NOUGBÔ» (« la pauvreté s’en est allée effectivement »), République où vivraient des gens très heureux, sans pauvreté, plus que jamais protégés par Dieu qui les aime plus que tous les peuples de la Terre! Mais hélas, rien de cela ! Et l’on comprendra aisément que c’est certainement la raison pour laquelle les Béninois se sont risqués, en Avril 2016, à vivre une nouvelle aventure en accordant largement leur suffrage à un Patrice TALON, arrivé calmement avec un slogan alléchant de « rupture et nouveau départ ».

L’affirmation du fiasco de Boni YAYI en matière de lutte contre la pauvreté n’est sûrement pas une fiction. Car sur ce sujet, on a pu lire, le 31 Août 2016 dans le quotidien La Nouvelle Tribune n° 3344, sous le titre « Sérieuse augmentation de la pauvreté sous YAYI selon un rapport du PNUD » que « La pauvreté au Bénin s’est accentuée au niveau national, en passant de 33,3% en 2007 à 40,1% en 2015… La pauvreté est surtout intense en milieu rural à 43,56% contre 35,83% en zone urbaine, malgré les différentes actions publiques mises en œuvre, et qui n’ont pas été suffisantes »…

Aujourd’hui, au titre du bilan de 2 ans de gouvernance de Patrice TALON, de nombreux Béninois s’interrogent de savoir si leur actuel Président, au terme de son mandat (soit-il unique ou non !), relèvera le défi. D’autant qu’ils continuent de se poser cette question malgré toutes les promesses et déclarations publiques qui leur sont servies. En effet, il n’y a pas de jour où l’on n’entende pas dans la presse beaucoup de citoyens interpeler le Chef de l’Etat sur sa politique sociale, notamment au regard du panier de la ménagère. Les symboliques de « ceinture à serrer » (qu’on on ne sait pas quand elle pourra être desserrée) et de « marmite sur le feu » (dont on ne sait quand le repas sera enfin cuit) n’ont apparemment pas d’effet sur eux pour les calmer et les faire patienter !

Alors, métaphore pour métaphore, je vais terminer ici mon propos par ces mots : Chat échaudé (par la gouvernance bouillante de Boni YAYI) est en droit de craindre l’eau froide (que constitue l’attitude imperturbable de Patrice TALON). « Ici, c’est le Bénin ! ». Toutefois, il est permis de rêver et d’espérer lire, un mois de 2021 dans la presse, un Rapport du PNUD qui nous renseignera et confirmera que la pauvreté au Bénin, sous TALON de 2016 à 2021, a nettement diminué.

Espérons-le vivement !

Par Philippe HOUNKPATIN,

Dr.-Ingénieur en Génie électrique, Ancien DG / SBEE (1990-1995)

Ancien Prof. d’Université (Math, Physique, Génie électrique)

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Commentaires

Commentaires du site 4
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    GbetoMagnon Il y a 4 mois

    – “« YA NI YI BO !» anagramme…de « BONI YAYI » (Que la pauvreté s’en aille donc !)…
    – «YA YI (ni) yà !» (“pauvreté, barre toi ! Et que ça saute !”)
    – «YA YI NOUGBÔ», “(« la pauvreté s’en est allée effectivement »)” 

    Excellent !!! 🙂 🙂 vraiment excellent ! ça nous change des tentatives de traits d’esprit “lourdingues”, lus trop souvent

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    Paul Ahéhénou Il y a 4 mois

    Que la pauvreté regresse à l’orée de 2021 ou pas, la gouvernance actuelle fera certainement de nouveaux riches qui sortiront eux pour toujours de la pauvreté. Le chantre de la rupture clame à qui veut l’entendre qu’il est à l’abri de besoin. La question est de savoir: de quel besoin parle-t-il? Le besoin de se racheter le domaine de l’Etat qui avait le malheur d’être proche de sa résidence? Comme on peut le voir, le besoin de l’homme évolue, si bien que quelque soit sa fortune, il est toujours des besoins non satisfaits. ET ceux-ci, malheureusement coûtent plus chers à la nation que les besoins élémentaires, parce qu’ils se soldent pas beaucoup de milliards détournés à la faveur de conflits d’intérêt. Que Dieu sauve le Bénin!

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    Brice HODOS Il y a 4 mois

    Félicitations aux auteurs! L’imagination est partout. C’est une intéressante histoire, qui je pense devrait, malgré tout, être poursuivi par les auteurs.
    Quant au sort du Bénin, l’Ordre a tout le scénario. Restons sereins ! Ou essayons jusqu’à la fin!