Assemblée nationale sous la Rupture : Une caisse de résonnance de Talon

Assemblée nationale sous la Rupture : Une caisse de résonnance de Talon

L’assemblée nationale est une institution de contre-pouvoir, consacrée par la constitution béninoise du 11 décembre 1990. Mais depuis l’arrivée du pouvoir Talon à la tête du pays, le rôle du parlement béninois n’est plus le même.

Le coordonnateur du Mca-Bénin II au cabinet de Houngbédji

Il fonctionne à la grande surprise de tout le monde, comme une chambre d’enregistrement du gouvernement. Le Président Patrice Talon, lors du lancement du Programme d’action du gouvernement (Pag), le vendredi 16 décembre 2016 au Palais de la République, interpellait Maître Adrien Houngbédji, Président de l’Assemblée nationale, devant les présidents des institutions, les membres du corps diplomatique et de nombreux invités, en ces termes : « Monsieur le Président, je suis votre poulain, pour les réformes que nous engageons pour notre pays, il serait bien que les députés votent les lois les yeux fermés ». La salle pouffait de rire.

Beaucoup pensaient que le Président Talon ébloui par la présentation de son Pag, taquinait simplement Maître Adrien Houngbédji. Or, c’était un code entre les deux (02) hommes, comme à l’époque de « Piiin Paann », sous le Président Yayi Boni. Depuis, le rôle de l’assemblée nationale a cessé d’être un contre-pouvoir. Les lois sont votées avec une célérité à nul autre pareil. Et, même si les projets de loi du gouvernement ne sont pas bien étudiés, ils passent quand même au vote. L’assemblée nationale n’a plus de répit pour voter les lois. Le plus important est de contenter le président de la république. L’on se souvient du projet de loi sur la révision de la constitution, que les députés voulaient faire passer par procédure d’urgence. Il a fallu les protestations de la population pour arrêter l’élan de l’assemblée nationale dans cette initiative.

Le Président Adrien Houngbédji voulait coûte que coûte conduire les députés à la révision de notre constitution, tout en sachant que cette action n’allait pas aboutir. Malheureusement, 23 députés ont mis fin à ce projet qui n’arrangeait que le Président Patrice Talon. Aussi, Maître Adrien Houngbédji a-t-il gardé le silence sur la désignation des représentants de l’assemblée nationale au Cos-Lépi, malgré la date fixée par la Cour constitutionnelle en décembre 2017. Le député Guy Mitokpè au cours d’une déclaration à ce sujet, a été brutalement interrompu par le Président Adrien Houngbédji, sous prétexte qu’il tenait des propos désobligeants à l’égard du chef de l’Etat.

Dans le même temps, Maître Adrien Houngbédji ne réagit jamais contre les députés du Bloc de la majorité parlementaire, qui déblatèrent contre d’autres personnalités du pays. Le vote par forcing de la loi portant droit de grève des travailleurs, est une illustration parfaite de la complicité nuisible entre le président de l’assemblée nationale et le président de la république. Cette action a provoqué pendant longtemps la paralysie de plusieurs secteurs de l’administration publique. Et pourtant, Maître Adrien Houngbédji savait très bien que cette loi anti sociale asphyxierait les travailleurs, et il avait encouragé son vote juste pour plaisir à son « poulain », Patrice Talon.

L’assemblée nationale a cessé d’être une institution indépendante du pouvoir exécutif, c’est dorénavant un organe que le chef de l’Etat a sous ses bottes. Pour preuve, pour la désignation des représentants de l’assemblée nationale devant siéger à la Cour constitutionnelle, le Président Adrien Houngbédji a sorti une liste de quatre (04) membres qui proviennent tous du pouvoir exécutif, dont le ministre Joseph Djogbénou toujours en fonction dans le gouvernement de Talon. Finalement, Adrien Houngbédji n’est plus libre d’exercer pleinement ses fonctions de président de l’assemblée nationale. C’est plutôt le Président Talon qui contrôle le parlement béninois, et en fait ce qu’il veut.

La démission de Maître Adrien Houngbédji

L’assemblée nationale est une institution de contre-pouvoir, et la constitution du 11 décembre 1990 fait de son président la 2e personnalité de l’Etat. Le parlement est indépendant et cette indépendance lui permet de voter des lois au profit de la nation, et de contrôler les actions du gouvernement. Mais la scène que l’on observe actuellement entre le parlement et le gouvernement est unique. Elle est une réalisation de Maître Adrien Houngbédji, qui ne veut plus assumer ses responsabilités. Et pourtant, c’est un juriste de haut rang.

Ancien procureur de la république, il est avocat de renom dans plusieurs pays d’Afrique. Maître Adrien Houngbédji en est à son troisième mandat en tant que président de l’assemblée nationale. Ses collègues députés ont toujours témoigné de sa capacité de gestion des affaires de l’assemblée nationale, dans la sérénité. Mais sous le régime de la Rupture, Maitre Adrien Houngbédji est méconnaissable. Il ne connaît plus les limites du pouvoir exécutif, et le laisse envahir l’assemblée nationale jusqu’à imposer son diktat, sans piper mot.

A cette allure, le parlement devient un lieu où règne la pensée unique, à cause de la volonté d’une seule personne, le Président Patrice Talon, qui transforme cette institution en une caisse de résonance. Le président de l’assemblée nationale aurait-il démissionné ? Le peuple béninois assiste donc sans défense à une dictature du parlement, visant à voter des lois scélérates contre les intérêts de la population

Commentaires

Commentaires du site 2
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    Amaury Il y a 4 mois

    Il ne pouvait en être autrement avec un Hâgbê au perchoir. Il n’a jamais été fiable.

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      Paul Ahéhénou Il y a 4 mois

      Absolument d’accord. Tout ce qui intéresse cet homme, c’est l’argent. Après avoir loué le logo du PRD à Zinsou contre plusieurs milliards, il continue son cynique marché de dupe avec Talon. Mais la roue tourne. On a vu au Burkina comment a fini l’assemblée nationale de Compaoré. Prions que nous ne franchissions le rubicond avec cette race de dirigeants assoiffés d’argents et de pouvoir.