Du bon usage du rétroviseur

Du bon usage du rétroviseur

"Imbécile ce barbier qui ne s'arrête pas pour aiguiser sa lame". Voilà une parole de sagesse. Elle est gravée à jamais dans la mémoire des temps.

Des métiers et des mots

Mais qu’en retenons-nous ? Nous nous lançons à corps perdu dans une multitude d’activités. A l’image de cette pierre qui roule et qui jamais n’amassera mousse. Ne sachant ni s’arrêter ni évaluer le chemin parcouru, cette pierre est marquée du sceau d’une tragique stérilité. De ce qui précède, une leçon est à tirer : l’on peut avancer tout en gardant un œil sur son rétroviseur. Moins par nostalgie de ce qui fut. Mais par souci de corriger ce qui doit l’être à l’effet de mieux cerner ce qui sera. Nous avons choisi de soumettre à cet exercice, au regard de l’actualité, cinq institutions, corporations et corps de métier.

1 – Le Gouvernement. Il vient de lancer une lutte sans merci contre la corruption. Au point de donner le tournis à nos magistrats. Au point de remplir à ras bord nos prisons. Le Gouvernement doit-il continuer sans désemparer l’action ainsi engagée ? N’y-a-t-il pas lieu de s’interroger sur l’efficacité aussi bien du mode opératoire que de la méthode d’action ? Quid de la validité des résultats obtenus ? Des questions pour ne pas avancer tête baissée, les yeux bandés, les oreilles bouchées.

2 – Les pharmaciens. Des décisions de justice viennent de frapper la corporation. Cela impose à ses membres de revenir sur leurs pas : toilettage des textes régissant la profession ;   redéfinition consensuelle du médicament, pour un tri judicieux et rigoureux entre le faux et le vrai. Pour ce nouveau départ que nous appelons de nos vœux, personne, a priori, ne doit être tenu à l’écart de la maison commune. Chacun doit montrer patte blanche pour mériter de porter un titre et d’exercer un métier. Reste l’Etat. Il est temps qu’il engage sa responsabilité pleine et entière.

3 – Les syndicats. Notamment ceux de l’Ecole, de la Santé et de la Justice. Ils sortent d’une grève dure et qui n’a pas peu duré. Ils ont intelligemment battu en retraite au risque de se voir   désavoués par les populations. Nous l’avons déjà dit, la grève, c’est la guerre. Nous avons également cité Jean-Paul Sartre : “Quand on se bat, on peut être battu”. Malgré tout, les travailleurs ont enregistré dans la foulée une victoire notable. Ils n’ont pas été dépouillés du droit de grève. Des velléités allant dans ce sens ont échoué. La grève est la seule arme dont ils disposent contre la toute puissance de l’Autorité. Mais, cette arme, au sortir d’une si grande épreuve, ne doit-elle pas être remise sur l’enclume ?  Autrement dit, devons-nous continuer à faire la grève telle que nous l’avons toujours faite ? Il y a nécessité de trouver à la grève un mode d’emploi alternatif et intelligent.

4 – Les journalistes. Un organe de presse, en l’occurrence le quotidien privé “Tribune Libre”, vient d’être foudroyé par une décision de suspension par la HACC, l’autorité constitutionnelle de régulation. Au motif que ce journal a régulièrement et constamment insulté le Chef de l’Etat et porté gravement atteinte à l’image de l’institution présidentielle.  Grave décision qui intervient au lendemain du 3 mai, journée internationale de la presse. A cette occasion et au regard du rapport de “Reporters sans frontières”, le Bénin n’en mène pas large sur le registre de la liberté de la presse. Alors, question. La fermeture ou la suspension d’un organe de presse constitue-t-elle la bonne manière de défendre et d’illustrer la liberté ?  Eteindre une lampe, c’est proclamer le règne des ténèbres. Maintenir, envers et contre tout, un tison sous les cendres, c’est fonder l’espoir que l’obscurité n’aura jamais le dernier mot. Une réflexion est à engager. Ni la HAAC ni les journalistes n’ont le droit de dormir.

5 – La Fédération béninoise de football. Dans quelques jours démarre la coupe du monde de football, Russie 2018. L’année prochaine, le Cameroun accueille la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Deux grands rendez-vous sans le Bénin. Quand l’équipe nationale d’un pays n’a pas d’entraîneur, quand le championnat national de ce pays est suspendu à l’une des branches de l’arbre du laxisme, les habitants de ce pays sont  condamnés à applaudir les exploits des autres devant leur poste de télévision. Vous l’aurez compris : la maison football, chez nous, est à reconstruire. A partir des fondations.

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