Que sont-ils devenus ?

Que sont-ils devenus ?

Mémoire trouée ? Déficit de suivi ? Négligence coupable ? Nombre de nos concitoyens, pour mille et une raisons, disparaissent de nos écrans de contrôle.

Ecole de vie, école de la vie

Sans que cela nous émeuve. Sans que cela nous trouble. Ils sombrent dans le néant. Ils disparaissent de nos mémoires. Tentons de les remonter des profondeurs où nous les avons abandonnés pour les exposer brièvement à la lumière de l’actualité. Que sont-elles devenues les 2763 jeunes filles dont la grossesse a été constatée et signalée par le ministère de l’Enseignement secondaire au cours de l’année scolaire 2017-2018 ? Le fait a beaucoup ému et a bénéficié de la publicité qu’il mérite. La confusion entre l’école et la maternité a été stigmatisée.

Beaucoup y ont vu l’expression du déficit éthique et moral qui affecte notre société. C’est sûr : ces jeunes filles ne retourneront pas de si tôt dans leurs écoles. Y retourneront-elles un jour ? Que deviennent-elles ? Que deviendront-elles ?  Leurs parents et proches, en principe, sont censés savoir. Mais pour nous, c’est mystère et boule de gomme ! En l’absence de suivi, on méconnaîtra les droits de ces jeunes filles. Elles ont des chances de se reconstruire une nouvelle vie.

Que deviennent-ils les prisonniers élargis en fin de peine ? Qui va en prison, chez nous, s’efface des radars de ses concitoyens. Ceux-ci le perdent de vue le temps que dure sa peine. Pour ne pas dire qu’ils l’oublient. Loin qu’ils sont de la « Citadelle du silence » que se veut la prison, ils se comportent comme si celui qui n’avait pas compté si longtemps dans leurs plans ne devrait avoir la moindre chance de compter dans leurs projets d’avenir. La prison, dans le cas d’espèce, rejetterait-elle, discriminerait-elle, enterrerait-elle son homme ou sa femme de prisonnier ou de prisonnière ? Pourtant, nous avons appris – et nous en avons fait notre credo – que la prison punit pour une faute commise, tout en préparant à une réinsertion sociale aboutie. L’accueil, l’assistance aux anciens prisonniers s’impose comme un devoir à toute société humaine civilisée. Tout candidat à la magistrature suprême, dans son projet de société, devrait avoir une position claire sur la question.

Que sont-ils devenus nos anciens sportifs ? Nous pensons à tous ceux-là qui ont eu à porter et à mouiller leur maillot pour leur pays. Ici ou ailleurs, ils ont fait flotter au vent nos couleurs. Ici ou ailleurs, ils ont fait retentir notre hymne national. Nous avons pris l’habitude, davantage pour nous en débarrasser que pour les honorer, de les couvrir d’un manteau défraîchi, estampillé « anciennes gloires ». Cela ne leur donne aucune garantie de reconnaissance. Cela ne leur procure la moindre satisfaction morale et matérielle. Comble d’ironie, nous leur faisons comprendre qu’ils sont vieux et dépassés. Qu’ils doivent, par conséquent, se tenir à bonne distance de l’encadrement des plus jeunes. Qui est ainsi contraint de boire la coupe de l’humiliation jusqu’à la lie, doit disparaître sans demander son reste.

Que sont-ils devenus nos jeunes gens, ceux, d’une part, en mission d’enseignement au Nigéria, ceux, d’autre part, en formation au Brésil ? Sous Kérékou II, entre 1996 et 2001, le Bénin, dans le cadre d’un programme  de création d’emplois au bénéfice des jeunes, a fait suite à une demande nigériane d’apprentissage de la langue française. Plusieurs dizaines de nos jeunes gens avaient alors pris le chemin du Nigéria. Malheureusement, cette expérience, à ce que nous sachions, n’a jamais fait l’objet d’une évaluation. Quid donc de ces jeunes professeurs ?  Comment ont-ils conduit et vécu cette mission ? Dans quelles conditions ? Comment la partie nigériane a-t-elle apprécié leurs prestations ? Des questions restées jusqu‘ici sans réponse. Doit-on s’en étonner ? Nous sommes coutumiers des faits.

Il y a quelques années, dans un programme officiel de coopération entre le Brésil et le Bénin, de jeunes footballeurs béninois ont été sélectionnés pour une formation au pays du Roi Pelé. Il nous est revenu que ces jeunes qui ont porté le rêve de devenir des Ronaldo ou des Neymar sont rentrés bredouille au pays. Leur quête de notoriété a tourné court. Que s’est-il passé ? Qu’est-il arrivé ? Pourquoi en a-t-il été ainsi ? Nous attendons des réponses.

Enfin, qu’est-il devenu le marxisme-léninisme, dans un Bénin qui fut, ne l’oublions pas, des années durant, un Etat révolutionnaire ? Nous continuons de réfléchir à la question.

Commentaires

Commentaires du site 5
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    Richard DJOWAMON Il y a 2 mois

    J’avoue que je suis toujours impressionné tant par la qualité intellectuelle des analyses du Doyen Carlos que par les sujets de ces analyses. En l’espèce, le doyen pose à la conscience de nos autorités des questions pertinentes et importantes qui parfois nous effleurent l’esprit en passant, ces questions qu’on feint d’ignorer et qui méritent pourtant qu’on s’y intéresse.

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    Helian Il y a 2 mois

    Comme un jour on se demandera, qu’est devenu le compétiteur-né et sa clique?

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    Helian Il y a 2 mois

    Très d’accord avec toi Aziz.

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    le doyen carlos…est un éveilleur de conscience affirmé..et je dois avouer…que lire ses billets..on en sort..

    Soit avec la conscience troublé..deavnt se miroir qu’il nous tend..

    Soit..avec..un plus…..je dis bien un plus..puisque quelque soit nos ages..on apprend toujours avec le doyen.

    Bravo..que dieu te garde aussi longtemps parmi nous..la faculté d’analyses toujours intacte

    merci