Limité ou pas, le droit de grève suscite des débats passionnés au sein de l’opinion nationale. Certaines personnes estiment que ce terme est de plus en plus galvaudé par les travailleurs. Ceux-ci se défendent justifiant leurs mouvements par la nécessité de passer par là pour améliorer leurs conditions de vie et de travail.
Plus de quatre ans après l’adoption de la loi limitant le droit de grève, quelle est la situation du travailleur béninois aujourd’hui ? La grève, explique-t-elle à elle seule, l’état de régression économique et sociale dans lequel végète notre pays ? L’image du syndicaliste bon teint, capable de soulever les montagnes, d’ébranler les fondamentaux d’un régime politique si puissant soit-il, afin de satisfaire les revendications des travailleurs : cette image que l’on a connu depuis le renouveau démocratique des années 90, s’est écornée au fil du temps.
Elle a pris des rides. Autrefois, lorsque les travailleurs se mettaient en grève, on savait que c’est pour la bonne cause. Ils avaient le soutien d’une large part de la population. Et le pouvoir tremblait. Aujourd’hui, c’est plutôt le dédain et le mépris qu’on leur adresse. C’est que les régimes successifs à la tête du pays ont fini par avoir la peau des travailleurs.
Ils ont réussi à les retourner contre le reste de la population. Pourtant, les leaders syndicaux béninois ont été de tous temps, des hommes responsables qui connaissent bien leur job. Généralement, les travailleurs commencent leurs mouvements d’humeur par une motion de grève adressée au ministre de tutelle. Lorsqu’ils ne sont pas entendus, ils passent à la seconde vitesse avec une grève d’avertissement de 48 ou 72 heures ponctuées de longues marches de protestation sur les boulevards avec les branchages, les pancartes et les casseroles. Des pères et mères de famille tout en sueur, morts de faim, les yeux hagards se retrouvent pour un sit-in dans la cour de leur ministère de tutelle. Pendant plusieurs heures, ils chantent, dansent, crient et tempêtent.
Leurs leaders les haranguent en poussant des slogans. Pendant ce temps, leur ministre de tutelle les entend vociférer, scandant leur détresse mais, il ne bouge pas. Il préfère se calfeutrer dans son bureau faisant la sourde oreille dans l’indifférence et le mépris. Au bout de longues heures, c’est son directeur de cabinet ou un de ses collaborateurs qui descend les marches pour écouter la motion de revendications.
Il déclare que le ministre est « empêché », prend acte et assure qu’il « rendra compte à qui de droit ». Les autorités et les responsables syndicaux tentent de prendre langue quelques jours après. Mais aucune négociation sérieuse n’est effectuée. On parle de blocage. Le débrayage se poursuit et se durcit. Commencent les grèves perlées ou indéterminées sans service minimum aux conséquences désastreuses. Les cadavres s’entassent dans les funérariums.
Les malades sont abandonnés dans leurs lits d’hôpital. Les enfants vagabondent dans les rues et sont livrés à la débauche. Les dossiers s’amoncèlent sur les bureaux des ministères. Ce sont les travailleurs qui sont responsables de cette hécatombe. Personne ne pointe du doigt les autorités gouvernementales qui sont élues ou nommées et qui rechignent à satisfaire la moindre des revendications des travailleurs qui datent pourtant de nombreuses années.
Ils sont les maitres incontestés et incontestables de la situation. Parfois, tout ce processus passe inaperçu pour le commun des mortels et l’on ne retient que la longue inertie et le blocage des services de l’administration. Les travailleurs lassés de ce repos forcé et mis sous pression par les parents, divisés par le pouvoir qui entretient des syndicats parallèles de travailleurs dits « patriotes », reprennent bon gré mal gré leurs postes.
Leurs revendications quant à elles sont rangées dans les tiroirs. La grève est vaincue. Vive le gouvernement ! L’année suivante, c’est la même rengaine. Le régime suivant hérite des dossiers laissés par son prédécesseur. Il promet de satisfaire les travailleurs mais lui aussi tombe dans les mêmes travers. Ainsi va la République!
Limitation du droit de grève. Et après ?
Voilà plus de quatre ans que le droit de grève est réduit dans certains secteurs et interdit dans d’autres au Bénin et les travailleurs sont livrés à des fortunes diverses. C’est le Secrétaire général de la Confédération des organisations syndicales du Bénin (COSI-Bénin) Noel Chadaré qui résume le mieux l’état d’âme du travailleur béninois aujourd’hui.
« On est fatigué », a-t-il lâché désespérément au cours de l’émission Zone Franche de la chaine de télévision Canal3 du dimanche 26 juin dernier. Il ne savait pas si bien dire. Certes, il n’y a pas eu de grève au Bénin ces dernières années. Le gouvernement s’en félicite. Certains parents s’en réjouissent. La situation du travailleur béninois ne s’est guère améliorée depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle loi en 2018.
Il continue de s’occuper des enfants et des malades vaille que vaille. Pourtant les mêmes problèmes pour lesquels ils manifestaient leur mécontentements sont toujours restés lettre mortes. Certains ne sont toujours pas payés à l’indice réel. D’autres attentent les actes de reclassement pour l’amélioration depuis de nombreuses années en vain. Le nouveau code général des impôts est venu leur donner un coup de massue. Des travailleurs ont vu leur salaire amputé d’une…
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