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Bénin: Amnesty international dénonce des expulsions forcées

Plusieurs milliers de personnes au Bénin ont été victimes d’expulsions forcées depuis 2021. C’est ce qu’on peut retenir du rapport rendu public ce jeudi 7 décembre 2023 par l’organisation humanitaire Amnesty international Bénin. Les personnes concernées sont celles dégagées des trajectoires de réalisation de certains projets gouvernementaux. Ce que déplore l’organisation de défense des droits de l’homme, c’est l’absence de mesures d’accompagnement adéquates.

Ces expulsions, qui se sont déroulées dans quatre localités du Bénin, concernent au moins 6 000 personnes. Le rapport lancé ce jour par Amnesty International, porte sur les expulsions forcées dont ont été victimes plusieurs milliers de personnes au Bénin depuis 2021, en lien avec quatre projets de développement touristique ou d’aménagement du littoral béninois. Il détaille les conditions dans lesquelles ces expulsions ont été menées au regard du droit béninois et du droit international des droits humains, et présente leurs conséquences sur les droits économiques, sociaux et culturels des personnes expulsées.

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Les quatre projets présentés dans ce rapport ont abouti à des expulsions forcées massives et des démolitions d’habitations sans préavis suffisant, sans indemnisation équitable et préalable et dans de nombreux cas, sans solution de relogement. Les informations concernant le nombre exact de personnes expulsées et les démarches entreprises pour se conformer au droit national et international sont parcellaires. En revanche, celles issues des témoignages directs recueillis par Amnesty International mettent en évidence de graves violations des droits des personnes concernées. Un homme âgé de plus de 70 ans qui a été expulsé de Djègbadji, un arrondissement de la commune de Ouidah, avec sept membres de sa famille a déclaré à Amnesty International « Je leur ai dit qu’on n’avait nulle part où aller. Mais ils nous ont dit qu’il fallait quand même partir ». »

À Ouidah, notamment dans l’arrondissement de Djègbadji où est mis en œuvre le projet de « Marina », 234 personnes ont été expulsées, dans le cadre d’une procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique. D’après les témoignages recueillis par Amnesty International, des personnes expulsées n’ont pas reçu un délai de préavis suffisant et raisonnable avant leur expulsion, ni suffisamment d’informations sur l’expulsion envisagée. Selon une ancienne habitante de Djègbadji, « on nous avait dit qu’ils allaient venir casser mais, ils n’avaient pas donné de date exacte ».

Un autre ancien habitant a déclaré : « je n’ai pas vu de document officiel concernant l’expulsion. Les autorités locales sont venues dire oralement aux habitants qu’il fallait partir. Nous n’avons pas été orientés. Des machines sont arrivées sur place trois jours avant la destruction ». Par ailleurs, l’indemnisation de plusieurs personnes expulsées de Djègbadji n’a pas toujours été un préalable aux expulsions, et plusieurs personnes considèrent que l’indemnisation remise est insuffisante. Quant à Avlékété, village éponyme de la commune de Ouidah, les travaux liés au projet de développement d’une station balnéaire ont entraîné l’expulsion des pêcheurs en octobre 2021.

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Mais, certaines indemnisations n’ont été effectuées que quelques jours avant les expulsions, ou après, ce qui contrevient au droit béninois et au droit international selon Amnesty international Bénin. Les propriétaires fonciers estiment pour leur part que la somme proposée par les autorités en guise d’indemnisation est sous-estimée. Un membre d’un collectif des propriétaires fonciers a déclaré : « mon père était propriétaire d’environ trois hectares. Le mètre carré était estimé à 5 000 francs FCFA il y a déjà longtemps. Mais on nous propose 1 000 francs FCFA par mètre carré. Ce n’est pas raisonnable ».

Amnesty International appelle les autorités béninoises à mettre en place des mécanismes de résolution des griefs pour les victimes d’expulsions forcées, garantir une indemnisation juste et équitable et respecter ses obligations découlant du droit national et international relatif aux droits humains lors des expulsions de personnes. La protection des droits économiques, sociaux et culturels des populations concernées doit être une priorité absolue pour le gouvernement.

« Il est impératif que le gouvernement béninois prenne immédiatement des mesures pour remédier à ces violations des droits humains, en veillant à ce que les personnes expulsées soient indemnisées comme il se doit, que les projets de développement et d’aménagement respectent les normes nationales et internationales et que des préavis suffisants, des consultations et d’autres garanties soient assurés pour les habitants et habitantes avant toute expulsion », a déclaré Samira Daoud, directrice régionale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre à Amnesty International. Les autorités béninoises doivent prendre les mesures nécessaires pour que les droits des personnes concernées par les expulsions forcées dont ce rapport fait état et ceux des autres personnes qui pourraient être concernées à l’avenir par des projets similaires soient respectés et protégés, et que les violations commises donnent lieu à des réparations.

Une réponse

  1. Avatar de Napoléon
    Napoléon

    Tout ceci constitue un vol et de l’expropriation sauvage et injuste au profit d’une poignée d’homme d’affaires sous manteau de l’Etat. Il est urgent que le Bénin adopte une loi qui ne permet plus de vendre des terrains ou d’exrpoprier aux propriétaires originaux nationaux leur terre. Au plus les terrains et autres domaines peuvent faire objet de location pour une durée déterminée.

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