La scène politique béninoise est de plus en plus marquée par des volte-face spectaculaires, des alliances improbables et des discours contradictoires. Si ces retournements peuvent paraître banals dans le jeu démocratique, leur accumulation et leur visibilité publique envoient un signal préoccupant aux jeunes générations. Loin de constituer une école de cohérence, les leaders politiques béninois offrent plutôt une leçon de calculs personnels, de stratégies opportunistes et de contradictions assumées. S’il faut parler d’instabilité et d’incohérence dans le discours au Bénin, la première classe à indexer est celle des politiciens. Leur bouche qui dit oui est la même qui dit non l’instant d’après. Presque sans exception, on a l’impression que tous ceux qui s’engagent dans le politique au Bénin vont à une école particulière pour apprendre à se dédire constamment.
Des louanges aux critiques acerbes
Adrien Houngbédji illustre parfaitement ce balancement constant. Au début du premier mandat de Patrice Talon, l’ancien président de l’Assemblée nationale n’avait pas tari d’éloges sur la gouvernance du chef de l’État, allant jusqu’à vanter son pragmatisme et sa vision modernisatrice. Pourtant, il y a quelques semaines, l’homme a tenté de reprendre les rênes de son parti en se démarquant du pouvoir. Il a critiqué ouvertement certaines directives de la gouvernance Talon, cherchant à se repositionner auprès des militants et de l’opinion. Ce revirement soulève une question : comment expliquer aux jeunes que l’éthique et la constance sont des valeurs cardinales, quand ceux qui devraient en être les modèles semblent les sacrifier à la conjoncture ? Autre illustration frappante : plusieurs anciens ténors du régime Yayi, aujourd’hui aux côtés de Patrice Talon, s’emploient à noircir l’image de l’ancien président. Ces personnalités furent pourtant les artisans de la gouvernance qu’elles critiquent désormais. Cette mutation opportuniste brouille les repères. Aux yeux des jeunes citoyens, ces acteurs semblent enseigner que l’adhésion à un projet politique n’est qu’une posture temporaire, réversible au gré des opportunités, sans que la cohérence idéologique ou la loyauté n’aient de valeur. Longtemps actif au sein du cadre de concertation de l’opposition, Expérience Tébé a soudainement démissionné pour vilipender cette organisation qu’il défendait naguère. Un changement brutal, qui a surpris plus d’un. L’ancien chef de file de l’opposition, Paul Hounkpè, ajoute une couche supplémentaire à cette confusion. Bien qu’il se réclame de l’opposition, il signe avec le sourire des accords avec des partis de la mouvance présidentielle. Loin d’apparaître comme un rempart face au pouvoir, il brouille les frontières entre majorité et opposition. Le député Basile Ahossi offre un autre cas d’école. Après avoir combattu le pouvoir en place pendant une décennie, il déclare désormais qu’il soutiendra le dauphin désigné du régime, tout en affirmant garder son « cœur dans l’opposition ». Cette position paradoxale interroge : comment être dans l’opposition par conviction tout en soutenant le candidat de la mouvance ?
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