100 milliards de dollars : la manne africaine dans le viseur de Trump

Les transferts d’argent des diasporas constituent depuis des décennies une bouée de sauvetage pour des millions de familles africaines. Ces flux financiers, qui transitent de New York à Lagos, de Paris à Dakar ou de Londres à Nairobi, dépassent désormais l’aide publique au développement et rivalisent avec les investissements directs étrangers. Chaque mois, des travailleurs expatriés envoient une partie de leurs revenus pour permettre à leurs proches de se nourrir, de se soigner ou de scolariser leurs enfants. Cette solidarité transnationale, estimée à près de 100 milliards de dollars annuels pour le continent africain, se retrouve aujourd’hui menacée par une nouvelle mesure fiscale américaine.

La taxe Trump sur les transferts de fonds vers l’étranger

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, les États-Unis prélèvent une taxe d’accise de 1 % sur certains envois d’argent vers l’étranger. Cette disposition, intégrée à la loi budgétaire surnommée « One Big Beautiful Bill Act » et promulguée le 4 juillet 2025, cible spécifiquement les transferts effectués en espèces, par mandat postal ou par chèque de banque. Les virements bancaires classiques et les paiements par carte restent exemptés de ce prélèvement.

Concrètement, une personne qui envoie 500 dollars à sa famille depuis un guichet Western Union devra s’acquitter de 5 dollars supplémentaires au profit du Trésor américain. Les prestataires de services de transfert sont tenus de collecter cette taxe et de la reverser trimestriellement à l’administration fiscale. En cas de défaillance, ils deviennent eux-mêmes redevables du montant dû.

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L’administration Trump justifie cette mesure par la nécessité de générer des recettes fiscales. Les estimations tablent sur près de 10 milliards de dollars collectés sur une décennie. Initialement fixé à 5 %, puis ramené à 3,5 %, le taux a finalement été arrêté à 1 % après d’âpres négociations au Congrès.

L’Égypte le Nigeria et le Maroc premiers bénéficiaires des envois de fonds africains

En 2024, selon la Banque mondiale, le continent africain a reçu environ 96 milliards de dollars de ses diasporas, soit près de 5 % du PIB continental. L’Égypte domine ce classement avec 22,7 milliards de dollars, devant le Nigeria (19,8 milliards) et le Maroc (12 milliards). Le Kenya et le Ghana complètent le quintet de tête avec respectivement 4,9 et 4,6 milliards de dollars.

Ces sommes ne servent pas à alimenter des comptes d’épargne. Selon le Fonds international de développement agricole (FIDA), trois quarts de ces fonds couvrent des dépenses essentielles : alimentation, logement, frais médicaux et scolarisation des enfants. Le reste finance parfois de petits commerces ou des projets immobiliers familiaux.

La nouvelle taxe américaine inquiète plusieurs gouvernements africains. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a déjà réagi en proposant une carte bancaire gouvernementale permettant à ses ressortissants d’éviter ce prélèvement. Des initiatives similaires pourraient émerger sur le continent africain, où la dépendance aux transferts de la diaspora américaine varie selon les pays.

Les experts du secteur anticipent une accélération de la numérisation des transferts. Les applications mobiles et les plateformes en ligne, non concernées par cette taxe, devraient attirer une part croissante des flux financiers. Une évolution qui pourrait paradoxalement réduire les coûts de transaction pour les expéditeurs, mais aussi priver Washington d’une partie des recettes escomptées.

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