Algérie – Maroc : Trump a-t-il débuté son processus de réconciliation ?

Les relations entre l’Algérie et le Maroc demeurent gelées depuis la rupture officielle des liens diplomatiques à l’été 2021. Frontières closes, coopération politique inexistante, discours de défiance récurrents : le différend autour du Sahara occidental continue de structurer l’antagonisme entre les deux voisins. Rabat défend son plan d’autonomie tandis qu’Alger soutient le Front Polisario et refuse toute normalisation sans règlement préalable de ce dossier. Malgré plusieurs appels internationaux au dialogue, aucun signal tangible n’a jusqu’ici permis d’entrevoir un dégel durable. C’est dans cette impasse persistante que s’inscrit la récente initiative diplomatique américaine, marquée par le retour à Alger d’un proche conseiller de Donald Trump.

Une visite américaine qui intrigue à Alger

Ce mardi 27 janvier, Massad Boulos, conseiller principal du président américain pour les affaires africaines et arabes, a effectué une visite remarquée en Algérie. Il s’agit de son deuxième déplacement dans le pays après une première mission en juillet 2025. Officiellement, cette visite vise à renforcer les relations bilatérales entre Washington et Alger, notamment sur le plan économique et stratégique. Reçu par le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, Massad Boulos a participé à plusieurs réunions consacrées à l’état des relations entre les deux pays. Les autorités algériennes ont mis en avant l’importance du dialogue continu et la volonté de développer des partenariats concrets, en particulier dans des secteurs jugés prioritaires. Aucune indication précise n’a toutefois été donnée sur les dossiers sensibles abordés au cours de ces échanges. La communication américaine est restée tout aussi mesurée. L’ambassade des États-Unis à Alger a simplement rappelé son engagement en faveur de la paix et de la prospérité régionales, sans livrer d’éléments détaillés sur l’agenda de cette visite. Cette retenue alimente naturellement les spéculations.

Le Maroc en toile de fond des discussions

Selon plusieurs observateurs, cette mission diplomatique dépasse le strict cadre des relations algéro-américaines. Le journal El Khabar évoque des indices laissant penser que Washington chercherait à jouer un rôle de facilitateur entre Alger et Rabat. Cette hypothèse trouve un écho particulier dans les déclarations faites l’an dernier par Steve Witcoff, autre conseiller de Donald Trump, qui avait affirmé que l’administration américaine était disposée à encourager un dialogue direct entre l’Algérie et le Maroc. À l’époque, Witcoff avait même évoqué une tentative de médiation autour du Sahara occidental, laissant entendre qu’un rapprochement diplomatique pourrait être envisagé dans un délai relativement court. Depuis, aucun progrès visible n’a été enregistré, mais la répétition des visites américaines à Alger suggère un travail de fond, mené avec prudence. Pour Washington, la persistance de la crise entre les deux principales puissances du Maghreb complique plusieurs dossiers jugés stratégiques, notamment sur les plans sécuritaire et énergétique. La reprise d’un minimum de dialogue entre Alger et Rabat apparaît ainsi comme un objectif indirect, même si les obstacles restent nombreux.

Publicité

Une médiation avec certaines limites

Malgré l’intérêt manifesté par les États-Unis, les positions algérienne et marocaine demeurent profondément antagonistes. Alger reste inflexible sur le Sahara occidental et observe avec méfiance le soutien américain à la proposition marocaine d’autonomie. Rabat, de son côté, ne semble pas disposé à faire des concessions susceptibles de remettre en cause ses orientations actuelles. La prudence affichée par l’administration Trump dans sa communication reflète cette réalité. Aucun calendrier officiel, aucune annonce spectaculaire, aucune feuille de route rendue publique : Washington semble avancer par touches successives, testant les marges de manœuvre sans brusquer les équilibres.

La visite de Massad Boulos peut donc être interprétée comme une tentative de maintien du dialogue plutôt que comme le signal d’une normalisation imminente entre l’Algérie et le Maroc. Elle témoigne néanmoins d’une volonté américaine de rester impliquée dans un dossier longtemps enlisé. À ce stade, parler d’un véritable processus de réconciliation paraît prématuré. Mais en multipliant les contacts discrets et en réactivant ses canaux diplomatiques, l’administration Trump cherche clairement à repositionner les États-Unis comme un acteur influent dans la recherche d’une sortie de crise. Reste à savoir si cette stratégie patiente parviendra, à terme, à rapprocher deux voisins qui continuent, pour l’instant, d’évoluer sur des trajectoires parallèles.

Laisser un commentaire