Au lendemain de turbulences politiques internes, l’île de l’océan Indien affirme ses ambitions géostratégiques avec l’appui de Pretoria. Le colonel Michael Randrianirina, président par intérim depuis octobre dernier, vient d’obtenir le soutien sud-africain pour intégrer le bloc émergent des BRICS en qualité de pays partenaire. Cette démarche diplomatique intervient dans au moment où plusieurs nations africaines cherchent à diversifier leurs alliances et à renforcer leur positionnement face aux puissances économiques traditionnelles.
La Grande Île franchit une étape diplomatique majeure dans sa volonté d’intégration au sein du bloc géoéconomique des BRICS. Lors de sa visite officielle à Pretoria les 17 et 18 janvier derniers, le chef d’État malgache a reçu l’aval de l’Afrique du Sud, membre fondateur du groupe, pour que Madagascar accède au statut de pays partenaire. À son arrivée à l’aéroport d’Ivato, le colonel Randrianirina a confirmé cette avancée en déclarant que le président sud-africain avait accepté la requête malgache visant à rejoindre le cercle des nations partenaires du bloc.
L’initiative survient alors que le paysage politique malgache a connu des bouleversements récents. Le 14 octobre 2025, l’Assemblée nationale a procédé à la destitution du président Andry Rajoelina, invoquant son absence prolongée du territoire national. Trois jours plus tard, le colonel Michael Randrianirina prêtait serment comme président par intérim, héritant ainsi d’un mandat de transition dans des circonstances exceptionnelles. C’est dans ce rôle qu’il porte désormais l’ambition d’ancrage de Madagascar au sein des économies émergentes.
Le mécanisme de partenariat BRICS : une voie progressive vers l’intégration
Le statut que convoite Madagascar constitue une innovation institutionnelle relativement récente dans l’architecture du bloc. Formalisé lors du seizième sommet des BRICS qui s’est tenu à Kazan, en Russie, durant l’année 2024, ce mécanisme de partenariat répond à la demande croissante d’adhésion émanant de nombreux pays. L’objectif consiste à établir une progression graduelle permettant aux nations candidates de se familiariser avec les mécanismes du groupe avant une éventuelle adhésion complète.
Les prérogatives accordées aux partenaires comprennent notamment la participation aux sommets annuels ainsi qu’aux réunions ministérielles des Affaires étrangères. Ces États peuvent également prendre part aux sessions thématiques de discussion, sous réserve d’un accord consensuel des membres titulaires. Ils disposent en outre de la possibilité d’apposer leur signature sur les déclarations conjointes et documents conclusifs issus des rencontres du forum. Toutefois, ces avantages ne s’accompagnent pas d’un pouvoir décisionnel équivalent à celui des dix membres à part entière du bloc.
Actuellement, dix nations bénéficient de ce statut intermédiaire : la Biélorussie, la Bolivie, le Kazakhstan, Cuba, la Malaisie, la Thaïlande, l’Ouganda, l’Ouzbékistan, le Nigeria et, plus récemment, le Vietnam dont l’intégration a été annoncée par le Brésil en sa qualité de président pro tempore. Cette diversité géographique témoigne de l’attractivité du modèle BRICS au-delà des frontières traditionnelles.
Un processus d’adhésion encadré malgré le soutien sud-africain
Toutefois, l’accord du président Cyril Ramaphosa, bien que décisif pour les aspirations malgaches, ne confère pas automatiquement le statut officiel de partenaire à Madagascar. Le processus d’intégration requiert l’approbation collective de l’ensemble des membres du bloc lors des instances décisionnelles appropriées. L’aval de Pretoria représente néanmoins un appui stratégique considérable, l’Afrique du Sud jouant un rôle influent au sein du groupe en tant que seul représentant du continent africain parmi les membres fondateurs.
Dans la continuité de cet appui, le dirigeant sud-africain a également ouvert la voie à la participation de Madagascar au prochain sommet des BRICS, programmé pour juin en Inde. Le colonel Randrianirina a fait part de son intention d’assister à cette rencontre capitale. Cette invitation constitue un signal politique fort, permettant à l’île de l’océan Indien de présenter directement ses arguments et sa vision de coopération avec le bloc.
Madagascar face aux enjeux de diversification économique
Pour la quatrième plus grande île du monde, cette candidature s’insère dans une stratégie de repositionnement économique et diplomatique. L’adhésion au cercle des partenaires BRICS pourrait ouvrir à Madagascar des opportunités commerciales élargies avec les puissances du Sud global, tout en maintenant une certaine autonomie dans ses engagements politiques. Le statut de partenaire présente l’avantage de ne pas imposer un alignement politique total immédiat, contrairement à une adhésion pleine et entière.
L’intérêt manifesté par Madagascar traduit une dynamique observée sur le continent africain. Plusieurs pays, dont le Nigeria et l’Ouganda déjà partenaires, cherchent à tirer parti des synergies offertes par ce regroupement qui représente désormais une part considérable de la population mondiale et du produit intérieur brut global. Les secteurs de l’agriculture, des ressources minières et du tourisme malgaches pourraient bénéficier de nouvelles voies d’exportation et d’investissements. L’engouement pour les BRICS ne cesse de croître, avec plus d’une trentaine de nations ayant officiellement exprimé leur souhait de rejoindre le groupe.
Le succès définitif de la démarche malgache dépendra de la validation collective des membres des BRICS. Pour Madagascar, l’enjeu consiste à démontrer sa capacité à contribuer positivement aux objectifs communs du bloc tout en préservant sa souveraineté décisionnelle dans cette phase transitoire d’intégration.



