La justice marocaine a prononcé une peine de trois mois d’emprisonnement ferme à l’encontre du créateur de contenu algérien Raouf Belkasmi, interpellé début janvier à Casablanca après avoir diffusé une vidéo dans laquelle il affirme avoir uriné dans les tribunes d’un stade lors de la Coupe d’Afrique des Nations. Cette condamnation intervient dans un climat déjà tendu entre les deux nations maghrébines, marqué par une série d’incidents survenus durant le tournoi continental organisé sur le territoire marocain. L’affaire soulève des questions sur la proportionnalité des sanctions et alimente les polémiques qui ont émaillé cette édition de la compétition.
La décision de justice rendue à Rabat a frappé fort. Le tribunal a infligé au influenceur algérien une sentence de trois mois de prison assortie d’une amende de 500 dirhams, soit environ 47 euros. Raouf Belkasmi, figure connue sur les plateformes numériques, a été appréhendé le 7 janvier dans la métropole économique marocaine avant d’être transféré au centre pénitentiaire d’Al Arjat, situé dans la ville voisine de Salé. Les faits qui lui sont reprochés remontent à la rencontre opposant les Fennecs à la République démocratique du Congo lors des huitièmes de finale du tournoi africain.
Une simulation d’urination filmée au stade Moulay Hassan de Rabat
Les autorités judiciaires ont retenu contre le créateur de contenu des chefs d’accusation liés à une atteinte publique à la pudeur ainsi qu’à la tenue de propos jugés contraires aux bonnes mœurs. La séquence incriminée, tournée dans l’enceinte du stade Moulay Hassan durant la confrontation entre l’Algérie et la RDC, montre le jeune homme en train de simuler qu’il urine dans les gradins tout en prononçant des paroles crues à ce sujet. Cette captation vidéo s’est rapidement propagée sur les réseaux sociaux, suscitant une vague d’indignation massive qui a conduit à l’intervention des forces de l’ordre.
Néanmoins, l’affaire soulève d’importantes interrogations quant à la nature réelle des faits. Plusieurs voix se sont élevées pour contester la version retenue par la justice, affirmant que la séquence constituait en réalité une plaisanterie de mauvais goût mise en scène. Selon la défense du YouTuber, les images montreraient simplement une flaque de boisson gazeuse renversée, et l’influenceur n’aurait fait que simuler l’acte sans réellement le commettre. Cette divergence d’interprétation a nourri un débat passionné sur les plateformes numériques, où de nombreux internautes estiment que la sanction prononcée apparaît disproportionnée au regard d’une vidéo humoristique, aussi vulgaire soit-elle. D’autres, en revanche, jugent le comportement inacceptable dans un lieu public et saluent la fermeté de la justice marocaine.
Climat tendu entre les Fennecs et le royaume chérifien pendant la CAN 2025
Cette condamnation s’inscrit dans une succession d’événements qui ont émaillé le parcours de la sélection algérienne au Maroc. Dès son arrivée dans le pays hôte, la délégation des Verts s’est retrouvée au cœur de multiples controverses qui ont dépassé le cadre strictement sportif. Une première polémique avait éclaté concernant l’hébergement de l’équipe nationale, certaines pages sur internet accusant les responsables algériens d’avoir dissimulé le portrait du souverain marocain Mohammed VI derrière un rideau dans leurs locaux, allégation qui rappelait une manipulation similaire subie par l’équipe féminine lors d’une précédente compétition.
L’élimination des Fennecs face aux Super Eagles du Nigeria en quart de finale, le 10 janvier à Marrakech, a constitué le point culminant des tensions. La rencontre s’est achevée sur un score sans appel de 2-0 en faveur des Nigérians, mais c’est surtout ce qui s’est produit après le coup de sifflet final qui a défrayé la chronique. Des scènes de chaos ont éclaté sur la pelouse, impliquant plusieurs joueurs algériens qui ont pris à partie le corps arbitral, contestant avec véhémence les décisions de l’officiel sénégalais Issa Sy. Les images diffusées montraient notamment les défenseurs Rayan Aït-Nouri et Rafik Belghali dans un état de grande agitation, poursuivant les arbitres jusque dans le tunnel menant aux vestiaires.
La Fédération algérienne de football a formellement déposé une requête auprès de la Confédération africaine de football ainsi qu’auprès de la FIFA, dénonçant ce qu’elle considère comme une main évidente dans la surface de réparation nigériane non sanctionnée en première période. Le dossier transmis met également en cause l’attitude des officiels envers les joueurs algériens, pointant du doigt le refus de l’arbitre principal de saluer certains Fennecs au terme de la partie. Au-delà de la pelouse, des affrontements ont opposé des journalistes dans la zone mixte, retardant de plus d’une heure et demie les interviews d’après-match.
D’autres incidents ont marqué la participation algérienne à ce tournoi continental. Une affaire de disparition de ballons officiels avait fait surface après la rencontre contre la Guinée équatoriale au stade Moulay Hassan, lorsque les responsables de la CAF avaient constaté qu’une vidéo montrait un membre du staff algérien s’emparant d’un ballon du match. Les organisateurs avaient finalement récupéré l’équipement après confrontation avec les preuves filmées. Par ailleurs, les décisions arbitrales litigieuses se sont multipliées tout au long de la compétition, alimentant un sentiment de frustration dans le camp algérien qui estimait faire l’objet d’un traitement inéquitable.
Des réactions en chaîne
Un autre ressortissant algérien détenant également la nationalité française a été interpellé à l’aéroport pour avoir formulé des commentaires jugés inappropriés concernant les supporters marocains, qu’il accusait d’avoir soutenu l’équipe nigériane contre les Fennecs. Ces arrestations successives ont été perçues par de nombreux observateurs comme révélatrices d’un climat de suspicion mutuelle qui dépasse largement le cadre du simple événement sportif.
La Confédération africaine de football a officiellement lancé une enquête disciplinaire sur l’ensemble des incidents survenus lors des quarts de finale, promettant d’examiner minutieusement les rapports de match et les enregistrements vidéo disponibles. L’instance continentale a qualifié d’inacceptables les comportements constatés et a prévenu que des sanctions appropriées seraient prononcées une fois l’instruction achevée. Cette investigation porte non seulement sur les affrontements impliquant les joueurs et le corps arbitral, mais également sur les altercations entre professionnels des médias qui se sont produites en marge des rencontres.
L’affaire du YouTuber condamné cristallise ainsi les frustrations accumulées par la communauté algérienne durant cette CAN 2025, compétition qui devait symboliser l’unité africaine mais qui a révélé les fractures persistantes entre nations du Maghreb. Alors que le tournoi s’est achevé avec le sacre du Sénégal face au Maroc en finale, les répercussions diplomatiques et médiatiques de ces multiples incidents continueront probablement de se faire sentir bien au-delà du terrain de football, alimentant les débats sur l’hospitalité sportive et les relations entre pays voisins séparés par des décennies de contentieux politiques.


