CAN 2025 : pourquoi la CAF a refusé de disqualifier le Sénégal malgré l'attitude des joueurs

La finale de la CAN 2025 restera gravée dans les mémoires pour de mauvaises raisons. Le 18 janvier dernier au Complexe Moulay Abdellah de Rabat, le choc entre le Maroc et le Sénégal a basculé dans le chaos lorsque les Lions de la Teranga ont quitté la pelouse pour protester contre un penalty accordé aux Lions de l’Atlas après intervention de la VAR. Pendant plus de seize minutes, la confusion a régné, amplifiée par l’envahissement du terrain par des supporters sénégalais. Le match a finalement repris après d’intenses négociations, Brahim Diaz ratant sa panenka avant que le Sénégal ne s’impose en prolongation. Onze jours plus tard, le jury disciplinaire de la Confédération africaine de football a rendu son verdict, infligeant de lourdes amendes aux deux fédérations tout en rejetant la réclamation marocaine visant à obtenir l’annulation du titre sénégalais.

La distinction juridique entre abandon définitif et retrait temporaire au cœur de la décision de la CAF

Nombreux sont ceux qui attendaient que l’instance panafricaine applique l’article 82 de son règlement, lequel stipule qu’une équipe quittant le terrain sans autorisation de l’arbitre doit être déclarée perdante par forfait. La Fédération royale marocaine de football avait d’ailleurs fondé sa plainte sur ce texte, espérant obtenir la victoire sur tapis vert et le titre continental. Pourtant, la CAF a balayé cet argument d’un revers de main.

L’explication tient à une subtilité réglementaire que les juristes du football connaissent bien. Les codes disciplinaires de la FIFA et de la CAF opèrent une distinction nette entre le refus définitif de poursuivre une rencontre et une interruption temporaire suivie d’un retour sur le terrain. Or, les joueurs de Pape Bouna Thiaw ont fini par revenir disputer la fin du match. L’arbitre n’a jamais sifflé la fin de la partie ni constaté officiellement un abandon. Le trophée a ensuite été remis au Sénégal en présence du président de la CAF Patrice Motsepe et du patron de la FIFA Gianni Infantino, ce qui a définitivement scellé la validité du résultat.

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Le Maroc sanctionné financièrement tandis que le Sénégal conserve son sacre continental

Si la disqualification n’a pas été prononcée, les sanctions financières tombées mercredi soir témoignent néanmoins de la gravité des incidents. Le Sénégal écope d’une amende totale de 715 000 dollars, dont 300 000 pour le comportement de ses supporters et 300 000 supplémentaires pour l’attitude antisportive de ses joueurs et de son staff technique. Le sélectionneur Pape Bouna Thiaw est suspendu cinq matchs et devra personnellement régler 100 000 dollars. Ismaïla Sarr et Iliman Cheikh Baroy Ndiaye écopent chacun de deux matchs de suspension.

Le Maroc, pays organisateur, se voit infliger 415 000 dollars d’amendes, principalement pour le comportement des ramasseurs de balles accusés d’avoir perturbé le déroulement de la rencontre (200 000 dollars) et pour l’intrusion de joueurs et membres du staff dans la zone VAR (100 000 dollars). Achraf Hakimi est suspendu deux matchs dont un avec sursis, tandis qu’Ismaël Saibari écope de trois matchs de suspension assortis d’une amende de 100 000 dollars.

Cette répartition des sanctions suscite une incompréhension profonde côté marocain. La CAF a choisi de punir des faits périphériques — gestes antisportifs, débordements en tribunes, usage de lasers — sans jamais se prononcer sur ce que beaucoup considèrent comme l’acte fondateur du chaos : la décision collective des joueurs sénégalais de quitter la pelouse et de paralyser la finale. Certains observateurs y voient une volonté de l’instance d’équilibrer politiquement son verdict plutôt que d’appliquer strictement ses propres textes. La jurisprudence du Tribunal arbitral du sport rappelle pourtant que la stabilité d’un résultat sportif prime sur les sanctions disciplinaires dès lors qu’un match s’est achevé normalement. Le Sénégal garde donc sa deuxième étoile continentale, mais la polémique autour de cette finale hors norme est loin d’être éteinte.

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