Le ministère chinois des Affaires étrangères a officiellement reconnu ce mardi avoir été convié par Washington à rejoindre le « Conseil de paix » voulu par Donald Trump. Cette annonce intervient alors que le Kremlin avait révélé la veille l’invitation similaire adressée à Vladimir Poutine, suscitant l’étonnement de nombreux observateurs internationaux. Pékin n’a toutefois pas précisé quelle serait sa réponse à cette sollicitation américaine. L’initiative du président américain, qui dépasse désormais largement le cadre initial de la reconstruction de Gaza, continue de diviser la communauté internationale. Un projet qui pourrait redessiner les équilibres diplomatiques mondiaux se dessine ainsi sous l’impulsion de la Maison Blanche.
La confirmation est venue du porte-parole de la diplomatie chinoise, Guo Jiakun, lors d’un point presse régulier. Interrogé sur une éventuelle participation de son pays à cette nouvelle instance internationale, le responsable s’est montré particulièrement mesuré : « La Chine a reçu l’invitation des États-Unis », a-t-il simplement déclaré, ajoutant n’avoir « aucune information supplémentaire à communiquer » à ce stade. Cette prudence contraste avec les réactions plus tranchées d’autres capitales, certaines ayant déjà fait connaître leur enthousiasme ou au contraire leurs réserves profondes face à ce projet inédit. La Chine, habituellement prompte à défendre le multilatéralisme onusien, se retrouve ainsi dans une position délicate face à une initiative qui semble précisément vouloir contourner les institutions existantes.
Une organisation internationale sous la présidence à vie de Donald Trump
Le projet américain a considérablement évolué depuis son annonce initiale liée au plan de paix pour Gaza. Selon une charte de huit pages consultée par plusieurs médias internationaux, cette structure se présente désormais comme une organisation visant à garantir la stabilité mondiale dans les régions touchées par des conflits armés. Le document fondateur critique ouvertement les approches institutionnelles passées, appelant les nations à faire preuve de courage pour s’éloigner des mécanismes ayant selon lui démontré leurs limites. Sans jamais nommer explicitement les Nations unies, le texte plaide pour la mise en place d’un organe plus réactif et efficace que les structures multilatérales traditionnelles.
Les prérogatives accordées au président américain dans ce cadre apparaissent particulièrement étendues. Donald Trump en serait le premier dirigeant, avec un pouvoir exclusif d’invitation des autres chefs d’État souhaitant rejoindre l’instance. Il disposerait également d’un droit de regard sur l’ensemble des décisions prises par les membres, pouvant approuver ou rejeter les résolutions adoptées à la majorité. Son mandat s’apparente à une forme de présidence permanente, puisqu’il ne pourrait être remplacé qu’en cas de démission volontaire ou d’incapacité constatée à l’unanimité d’un conseil exécutif qu’il aurait lui-même constitué. La possibilité de désigner librement son successeur renforce encore cette concentration des pouvoirs entre les mains du locataire de la Maison Blanche.
Russie et grandes puissances face au Conseil de paix américain
L’invitation adressée à Vladimir Poutine avait créé la surprise la veille de l’annonce chinoise. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avait alors indiqué que Moscou souhaitait obtenir des éclaircissements sur les modalités précises de fonctionnement avant de se prononcer définitivement. Cette prudence diplomatique traduit probablement les interrogations russes face à une initiative portée par Washington dans un contexte de tensions bilatérales extrêmes liées au conflit ukrainien. Le président américain a néanmoins confirmé officiellement cette invitation lors d’une déclaration publique, assumant pleinement sa volonté d’associer la Russie à son projet malgré les critiques prévisibles.
Les réponses européennes se révèlent nettement plus réservées, voire franchement négatives pour certaines capitales. La France, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, a fait savoir par la voix de l’entourage d’Emmanuel Macron qu’elle n’entendait pas donner suite favorable à cette sollicitation en l’état actuel des discussions. Le Quai d’Orsay a rappelé son attachement profond à la Charte des Nations unies tout en reconnaissant examiner attentivement les dispositions du texte proposé. Cette position reflète les inquiétudes de plusieurs partenaires européens face à ce qui apparaît comme une tentative de marginalisation des instances multilatérales existantes au profit d’un club de nations alignées sur les priorités américaines.
Adhésion au Conseil de paix : un milliard de dollars pour un siège permanent
Le mécanisme d’adhésion prévu par la charte introduit une dimension financière inédite dans les relations internationales. Les États membres bénéficieraient d’un mandat de trois ans renouvelable uniquement sur décision du président, créant ainsi une forme de précarité diplomatique pour les participants. Une exception notable existe cependant pour les pays acceptant de verser plus d’un milliard de dollars durant la première année suivant l’entrée en vigueur du texte fondateur. Ces contributeurs majeurs obtiendraient alors un statut de membre permanent les protégeant de toute révocation unilatérale, transformant ainsi l’accès à cette instance en une forme de transaction commerciale entre États.
Plusieurs dirigeants ont d’ores et déjà manifesté leur intérêt pour cette initiative. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán et le président argentin Javier Milei, tous deux proches de Donald Trump, figurent parmi les premiers à avoir confirmé leur volonté de participer. D’autres nations comme l’Italie, l’Inde, le Brésil, l’Égypte, la Jordanie et la Turquie ont également accusé réception de leur invitation sans nécessairement dévoiler leurs intentions définitives. La signature officielle de la charte est prévue jeudi à Davos, en marge du Forum économique mondial, où le président américain compte rassembler les premiers membres fondateurs de son organisation. Cette échéance rapprochée laisse peu de temps aux capitales hésitantes pour arrêter leur position face à un projet qui pourrait profondément remodeler l’architecture de la gouvernance mondiale.



