Les Éléphants de Côte d’Ivoire et les Étalons du Burkina Faso se retrouvent ce 6 janvier 2026 au Grand Stade de Marrakech pour un huitième de finale de la CAN 2025 aux enjeux multiples. Sur le plan sportif, les deux formations arrivent avec des certitudes. La Côte d’Ivoire, championne d’Afrique en titre, a terminé la phase de groupes invaincue, portée par Amad Diallo, auteur de deux réalisations et sélectionné dans le onze type de la CAF. Les Ivoiriens ont notamment démontré leur caractère en renversant le Gabon dans les dernières minutes (3-2) lors de leur dernier match de poule. De leur côté, les Étalons de Brama Traoré ont assuré l’essentiel avec six points, terminant deuxièmes du groupe E derrière l’Algérie. Leur défenseur Edmond Tapsoba figure lui aussi parmi les meilleurs joueurs de cette première phase. Mais au-delà des considérations tactiques, cette rencontre entre voisins ouest-africains revêt une dimension particulière, tant les relations entre Abidjan et Ouagadougou se sont détériorées ces dernières années.
Tensions diplomatiques entre Abidjan et Ouagadougou depuis 2022
Les rapports entre les deux capitales n’ont cessé de se dégrader depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en septembre 2022. Le président burkinabè a multiplié les accusations à l’encontre de son voisin ivoirien, affirmant en juillet 2024 qu’Abidjan hébergeait « un centre d’opérations pour déstabiliser » son pays. Le ministre burkinabè de la Sécurité, Mahamadou Sana, a renchéri quelques mois plus tard en dénonçant des « individus résidant en République de Côte d’Ivoire » impliqués dans « une entreprise de subversion ».
La Côte d’Ivoire a systématiquement rejeté ces allégations. Le ministre de la Défense Téné Birahima Ouattara a affirmé que son pays n’avait « jamais cherché à déstabiliser le Burkina Faso », rappelant au contraire la coopération sécuritaire régionale et l’accueil de réfugiés fuyant les violences sahéliennes.
Cette méfiance mutuelle s’insère également dans la fracture entre la CEDEAO, dont la Côte d’Ivoire demeure un pilier, et l‘Alliance des États du Sahel (AES) fondée par le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Depuis le retrait effectif de ces trois pays de l’organisation régionale le 29 janvier 2025, deux visions s’affrontent : celle d’Abidjan, alignée sur les institutions régionales et les partenaires occidentaux, et celle d’Ouagadougou, tournée vers une coopération renforcée avec la Russie et une rhétorique souverainiste assumée.
Influenceurs et réseaux sociaux au cœur de la rivalité entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso
La confrontation ne se limite pas aux déclarations officielles. Elle se prolonge sur les réseaux sociaux où des influenceurs des deux camps s’affrontent quotidiennement. Côté burkinabè, les « Bataillons d’intervention rapide de la communication » (BIR-C) relaient la propagande du régime et ciblent régulièrement les autorités ivoiriennes. Des figures comme Ibrahima Maïga, activiste basé aux États-Unis comptant plus d’un million d’abonnés sur Facebook, diffusent des contenus hostiles à Abidjan.
L’affaire Alino Faso montre l’intensité de cette bataille informationnelle. Cet influenceur burkinabè, soutien affiché du capitaine Traoré, a été arrêté à Abidjan en janvier 2025 pour « intelligence avec un État étranger ». Retrouvé mort dans sa cellule en juillet 2025, son décès a provoqué des manifestations à Ouagadougou, où des milliers de personnes ont exigé « vérité et justice » tout en scandant des slogans hostiles au président Alassane Ouattara.
Des campagnes de désinformation ciblent également la Côte d’Ivoire à l’approche de son élection présidentielle d’octobre 2025. En mai dernier, de fausses informations sur un prétendu coup d’État à Abidjan ont circulé massivement, alimentées par des vidéos détournées et des contenus générés par intelligence artificielle. Le ministre ivoirien de la Communication a indiqué avoir retracé l’origine de ces fausses nouvelles jusqu’aux « pays voisins ».
Toutefois, cette guerre de l’information fonctionne dans les deux sens. Des comptes pro-AES affirment que de nombreux profils attaquant les dirigeants sahéliens seraient localisés en France et en Côte d’Ivoire. Les médias ivoiriens et certains influenceurs proches du pouvoir emploient également un vocabulaire dépréciatif pour qualifier les régimes de l’AES, contribuant à polariser davantage les opinions.
Ce huitième de finale sera donc scruté bien au-delà des 90 minutes réglementaires. Les réseaux sociaux constitueront un terrain parallèle où chaque action, chaque décision arbitrale, chaque célébration pourra être instrumentalisée. Quel que soit le vainqueur, les millions d’Ivoiriens et de Burkinabè liés par l’histoire, la géographie et souvent par le sang, méritent que le sport reste un espace de fraternité plutôt qu’un prolongement des fractures politiques. Le coup d’envoi est prévu à 20h00, heure locale.


