Le continent africain connaît une vague de changements toponymiques sans précédent. Du Sénégal à la Côte d’Ivoire, en passant par le Mali et le Burkina Faso, plusieurs pays ont entrepris de rebaptiser rues, boulevards et places publiques pour remplacer les appellations héritées de la colonisation par des noms de figures nationales. À Dakar, le boulevard Général-de-Gaulle est devenu boulevard Mamadou Dia en avril 2025, suivi d’une dizaine d’autres artères du quartier du Plateau. À Abidjan, quelque 600 voies sont progressivement renommées dans le cadre d’un projet évalué à 17 millions de dollars. L’Afrique du Sud vient d’ajouter sa pierre à cet édifice de réappropriation mémorielle.
Afrique du Sud : 21 changements de noms géographiques approuvés par le ministre Gayton McKenzie
Le ministre sud-africain des Sports, des Arts et de la Culture, Gayton McKenzie, a approuvé 21 modifications de noms géographiques à travers le pays. Parmi les changements les plus emblématiques figure celui d’East London, ville portuaire de l’Eastern Cape fondée au XIXe siècle, qui deviendra KuGompo City. Ce nom fait référence à Ilitye lika Gompo (Cove Rock), un lieu chargé de signification dans la culture et le folklore xhosa, dont les premières mentions documentées remontent à 1687.
Johnny Mohlala, président du Conseil sud-africain des noms géographiques (SAGNC), a confirmé ces approbations. Les nouveaux noms doivent encore être publiés au journal officiel pour entrer en vigueur, une formalité attendue dans les prochaines semaines.
Graaff-Reinet, cité du Karoo établie en 1786 et nommée d’après un gouverneur colonial néerlandais, sera rebaptisée Robert Sobukwe Town. Ce choix honore Robert Mangaliso Sobukwe, natif de cette ville, enseignant, avocat et président fondateur du Pan Africanist Congress (PAC), qui mena les manifestations anti-pass de Sharpeville en 1960.
KuGompo City et Robert Sobukwe Town : deux symboles de la décolonisation toponymique sud-africaine
La métropole de Buffalo City avait organisé des consultations publiques sur ces propositions dans plusieurs localités entre mars et avril 2025. Le nom initial de KuGompo avait soulevé une difficulté : un township porte déjà cette appellation. Une solution a été trouvée en ajoutant « City » pour désigner l’ensemble de la zone métropolitaine.
L’Azania Movement a salué la décision concernant Graaff-Reinet, estimant qu’elle corrige un héritage colonial et restaure une dignité historique. Le mouvement a d’ailleurs annoncé vouloir poursuivre ses efforts en plaidant pour un changement du nom même du pays, arguant que « Afrique du Sud » désigne une direction géographique plutôt qu’une véritable identité nationale.
Ces modifications ne font toutefois pas l’unanimité. Des représentants du monde des affaires de la région Border-Kei ont pointé les conséquences pratiques : mise à jour de la signalétique, modification des en-têtes de courrier, des documents officiels et des registres commerciaux. Certains estiment que ces ressources seraient mieux employées à améliorer les infrastructures et les services de base.
Depuis sa création, le SAGNC a officiellement renommé plus de 1 500 éléments géographiques en Afrique du Sud, des villes aux rivières en passant par les aéroports et les routes. Le KwaZulu-Natal concentre le plus grand nombre de changements, suivi de l’Eastern Cape et du Limpopo. Cette dynamique, portée par une jeunesse qui représente 75 % de la population dans certains pays comme la Côte d’Ivoire, traduit une volonté générationnelle de se réapproprier l’espace public et d’y inscrire les héros de leur propre histoire.



