États-Unis : l'agent de l'ICE qui a tué Renee Good devient millionnaire grâce aux dons en ligne

Le 7 janvier 2026, Jonathan Ross, agent de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), a abattu Renee Good, une citoyenne américaine de 37 ans et mère de trois enfants, lors d’une opération à Minneapolis, dans le Minnesota. Moins de deux semaines après ce drame qui a embrasé le débat national sur les méthodes des forces de l’ordre fédérales, l’officier a vu affluer plus d’un million de dollars de dons via des plateformes de financement participatif. Cette vague de solidarité financière envers un agent impliqué dans une fusillade mortelle soulève des questions profondes sur la polarisation politique américaine autour des politiques migratoires. L’affaire illustre la fracture béante qui traverse la société américaine sur la question de l’immigration.

La mort de Renee Good a provoqué une onde de choc bien au-delà des frontières du Minnesota. Selon les rapports des services d’urgence, cette femme de 37 ans a été atteinte par quatre projectiles au niveau de la poitrine, du bras et de la tête. Malgré l’intervention rapide des secours, elle a été déclarée décédée quarante-huit minutes après l’arrivée des ambulanciers sur les lieux. Les circonstances exactes de l’incident demeurent contestées, les autorités fédérales affirmant que la victime aurait tenté de percuter des agents avec son véhicule, tandis que le maire de Minneapolis, Jacob Frey, a vivement contesté cette version après avoir visionné les images de vidéosurveillance. La famille de la défunte a fait appel au cabinet d’avocats Romanucci & Blandin, le même qui avait représenté les proches de George Floyd et obtenu un règlement de 27 millions de dollars.

Financement participatif et polarisation politique aux États-Unis

Dans les jours qui ont suivi le décès de Renee Good, deux dynamiques parallèles de collecte de fonds se sont mises en place. D’un côté, une campagne destinée à soutenir l’épouse et les enfants de la victime a récolté environ 1,5 million de dollars en seulement quarante-huit heures avant d’être clôturée le 9 janvier. De l’autre, des sympathisants de l’agent Ross ont lancé plusieurs cagnottes sur GoFundMe et GiveSendGo. La première plateforme affiche désormais plus de 750 000 dollars de contributions, tandis que la seconde dépasse les 280 000 dollars, portant le total à plus d’un million de dollars issus de plus de 21 000 donateurs. Fait notable, aucune de ces campagnes n’a été initiée par l’agent lui-même, mais par des tiers qui le présentent comme un héros ayant agi en légitime défense. Le cofondateur de GiveSendGo a confirmé qu’une partie des fonds avait déjà été versée à l’officier.

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Parmi les contributeurs figure le milliardaire Bill Ackman, patron du fonds Pershing Square Capital Management, dont la fortune est estimée à 9,3 milliards de dollars selon Forbes. Son don de 10 000 dollars, qui en fait l’un des principaux donateurs, a suscité une vive controverse sur les réseaux sociaux. Le financier s’est défendu en invoquant le principe de présomption d’innocence et en précisant qu’il avait également souhaité contribuer à la cagnotte de la famille Good, mais que celle-ci avait été fermée avant qu’il ne puisse effectuer son versement. Les organisateurs de la collecte pour l’agent Ross ont qualifié Renee Good de « terroriste intérieure » et d’« agitatrice gauchiste radicale », des termes repris par certains responsables de l’administration Trump, dont le président lui-même qui l’a décrite comme « très violente » et « très radicale ».

Politique migratoire de Trump et opérations massives de l’ICE

Cette tragédie s’inscrit dans un contexte d’intensification sans précédent des opérations d’immigration sous la seconde présidence de Donald Trump. Dès son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, le dirigeant républicain a lancé ce qu’il qualifie de « plus grande opération de déportation intérieure » de l’histoire américaine. Son conseiller à la sécurité intérieure, Stephen Miller, a confirmé en mai 2025 l’instauration d’un quota quotidien de 3 000 arrestations d’immigrants en situation irrégulière. Le nombre de personnes placées en rétention administrative a bondi de près de 75 % en moins d’un an, passant d’environ 40 000 début 2025 à quelque 66 000 en décembre, un niveau historique. Les méthodes employées par les agents fédéraux ont fait l’objet de nombreuses critiques après la diffusion de vidéos montrant des interventions musclées, notamment des vitres de véhicules brisées et l’usage de gaz lacrymogène contre des manifestants pacifiques. Plusieurs citoyens américains ont également été interpellés par erreur, alimentant les accusations d’abus de pouvoir. Le bilan humain de cette politique s’est également alourdi avec 32 décès en détention signalés entre janvier et décembre 2025, contre 24 sur l’ensemble du mandat de Joe Biden.

Le 6 janvier 2026, soit la veille de la mort de Renee Good, le département de la Sécurité intérieure avait annoncé le déploiement de 2 000 agents dans la région métropolitaine de Minneapolis-Saint Paul, présentée comme la plus vaste opération jamais menée par l’agence. Cette mobilisation massive visait notamment la communauté somalienne locale, majoritairement composée de citoyens américains, dans le sillage d’accusations de fraudes aux aides sociales. Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, avait proclamé le 9 janvier « Journée Renee Good » en hommage à la victime, tandis que le procureur général de l’État, Keith Ellison, a engagé des poursuites judiciaires contre les pratiques de l’ICE.

Enquête fédérale et opinion publique américaine divisée

L’enquête sur les circonstances de la fusillade a été confiée au FBI, écartant les autorités locales et le Bureau d’enquête criminelle du Minnesota. Cette décision a renforcé les tensions entre l’administration fédérale et les élus locaux. Le vice-président JD Vance a déclaré que l’agent Ross bénéficierait d’une « immunité absolue » contre d’éventuelles poursuites, une position qui a provoqué l’indignation des défenseurs des droits civiques. L’officier, qui n’a pas repris le travail depuis l’incident, a engagé comme avocat Chris Madel, candidat au poste de gouverneur du Minnesota. Les sondages révèlent une évolution notable de l’opinion publique américaine. Alors que l’ICE bénéficiait d’un indice de favorabilité positif de seize points peu après l’investiture de Trump, une majorité d’Américains désapprouve désormais les raids de l’agence. La population se montre même statistiquement divisée sur l’éventualité d’abolir purement et simplement cette institution, signe d’une fracture profonde que la mort de Renee Good n’a fait qu’accentuer.

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