Depuis la capture de Nicolás Maduro, Donald Trump a durci son discours international et multiplié les signaux de puissance. Dans ce climat, le Groenland est revenu au centre de ses priorités géopolitiques. Après l’opération menée contre le régime vénézuélien, le président américain a de nouveau souligné l’importance stratégique de l’île arctique, évoquant ouvertement sa valeur militaire, énergétique et sécuritaire face aux ambitions russes et chinoises. Mais derrière les déclarations spectaculaires et les tensions diplomatiques avec le Danemark, une approche bien plus discrète s’est progressivement installée : une tentative méthodique de séduction de la population groenlandaise elle-même.
Une influence américaine pensée pour l’opinion groenlandaise
À Washington, les options envisagées vont bien au-delà de la simple contrainte diplomatique ou de démonstrations de puissance. Très tôt, l’équipe de Donald Trump a planché sur une approche orientée vers l’opinion locale, visant directement la population groenlandaise. L’idée n’est pas de forcer un rattachement, mais de favoriser une évolution interne : affaiblir le lien avec Copenhague et créer les conditions d’un rapprochement progressif avec les États-Unis.
Le levier économique est au cœur de cette démarche. Le pouvoir d’achat au Groenland demeure largement en retrait par rapport à celui de l’Alaska, pourtant confronté à des réalités géographiques similaires. Cette différence alimente un malaise persistant envers le Danemark, souvent considéré comme éloigné des préoccupations quotidiennes de l’île. L’administration américaine a cherché à exploiter ce ressentiment en avançant une proposition financière inédite.
D’après des révélations du New York Times publiées au printemps 2025, la Maison-Blanche a étudié un dispositif prévoyant le versement annuel d’environ 10 000 dollars à chaque habitant, en substitution des aides danoises actuelles estimées à 600 millions de dollars. Ce projet, surnommé en interne « dividende Trump », serait financé par une mise en valeur accrue des ressources naturelles locales, de l’uranium aux hydrocarbures en passant par les terres rares. Le principe affiché consiste à faire bénéficier directement la population des retombées économiques, tout en garantissant à Washington un accès privilégié à des ressources jugées stratégiques.
Ressources arctiques et héritage inuit au cœur du discours de Trump
Au-delà des considérations financières, cette approche repose sur un récit soigneusement élaboré. À Washington, plusieurs conseillers ont estimé qu’un argument économique, à lui seul, ne suffirait pas à emporter l’adhésion. Ils ont donc imaginé une opération de communication fondée sur l’histoire et l’identité, mettant en avant les proximités culturelles entre les Groenlandais et les peuples autochtones d’Amérique du Nord. L’accent est placé sur un héritage inuit commun, présenté comme un lien ancien, antérieur à l’administration danoise de l’île.
Ce discours s’appuie également sur des épisodes historiques sélectionnés avec attention. L’administration Trump souligne l’intervention américaine durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les forces des États-Unis s’étaient implantées au Groenland afin de contrer toute tentative d’implantation allemande. Dans cette narration, Washington se pose en garant de la sécurité de l’île à un moment décisif, et non en acteur animé par des ambitions territoriales. Le message implicite est que, face aux risques actuels, les moyens militaires et technologiques américains constitueraient une protection plus crédible.
Par contraste, le Danemark est présenté de façon indirecte comme moins apte à répondre aux défis stratégiques de l’Arctique contemporain. Cette mise en opposition alimente un discours volontairement accessible, destiné à l’opinion locale, selon lequel un rapprochement avec les États-Unis offrirait davantage de garanties en matière de sécurité, de développement économique et de reconnaissance identitaire que le cadre institutionnel existant.
Si Donald Trump continue d’agiter publiquement l’hypothèse d’options radicales, y compris militaires, ces déclarations semblent surtout renforcer la pression politique. La manœuvre principale reste souterraine et patiente. Elle repose sur l’idée qu’un changement de cap décidé par les Groenlandais eux-mêmes offrirait une légitimité bien plus solide à un rapprochement avec les États-Unis.
En misant à la fois sur le portefeuille, l’identité et la sécurité, la Maison-Blanche tente de transformer une ambition géopolitique en projet désirable aux yeux de la population. Reste à savoir si cette stratégie de persuasion, pensée loin des projecteurs, suffira à ébranler les équilibres existants dans l’Arctique et à convaincre une société attachée à son autonomie de redéfinir son avenir.



