Donald Trump a officiellement lancé son « Conseil de paix », une organisation internationale qu’il présidera lui-même et qui ambitionne de concurrencer les Nations unies. Pour obtenir un siège permanent dans cette nouvelle instance, les pays devront débourser un milliard de dollars. Plusieurs puissances occidentales, dont la France et la Norvège, ont déjà décliné l’invitation, dénonçant une tentative de supplanter le système multilatéral en place depuis 1945. L’architecture diplomatique mondiale se trouve désormais au cœur d’un bras de fer inédit entre Washington et les défenseurs de l’ordre onusien.
La diplomatie internationale vient de basculer dans une ère nouvelle, celle où l’influence se monnaye au prix fort. Le président américain ne dissimule plus ses intentions : interrogé mardi 20 janvier à la Maison-Blanche, il a déclaré que l’ONU « ne l’avait jamais aidé » et que son Conseil de paix « pourrait » remplacer l’organisation internationale. Cette déclaration fracassante officialise ce que de nombreux observateurs redoutaient depuis la révélation de la charte constitutive de cette nouvelle entité, un document de huit pages qui ne mentionne même pas Gaza, pourtant présenté comme la raison d’être initiale du projet. Le texte critique ouvertement les institutions existantes qui auraient « trop souvent échoué » et appelle à avoir « le courage » de s’en écarter au profit d’une structure plus efficace.
Un milliard de dollars pour influencer la paix mondiale
Le mécanisme financier imaginé par l’administration américaine bouleverse les codes traditionnels de la diplomatie. Les États souhaitant rejoindre le Conseil de paix peuvent le faire gratuitement, mais leur mandat expirera automatiquement au bout de trois années. Pour échapper à cette limitation et obtenir un statut permanent, une contribution minimale d’un milliard de dollars est exigée durant la première année suivant l’entrée en vigueur de la charte. Ce système instaure de facto une hiérarchie entre nations fortunées et pays aux moyens limités, à rebours du principe d’égalité souveraine inscrit dans la Charte des Nations unies où chaque État dispose d’une voix à l’Assemblée générale, indépendamment de sa richesse ou de sa puissance militaire. Certains pays pourraient contribuer des sommes bien inférieures, autour de vingt millions de dollars selon des sources proches des négociations, mais sans garantie de pérennité. Le Canada a accepté l’invitation tout en précisant immédiatement qu’il refusait de payer pour son siège, montrant les tensions que suscite ce modèle transactionnel.
Trump président à vie d’une organisation taillée sur mesure
La concentration des pouvoirs entre les mains du président américain constitue l’aspect le plus controversé de cette initiative. La charte désigne nommément Donald Trump comme premier président du Conseil, lui conférant des prérogatives considérables : il est seul habilité à inviter de nouveaux membres, peut révoquer leur participation sauf véto des deux tiers, fixe l’ordre du jour des réunions et dispose d’un droit de regard sur toutes les décisions adoptées à la majorité. Plus remarquable encore, son mandat s’apparente à une présidence à vie puisqu’il ne peut être remplacé qu’en cas de démission volontaire ou d’incapacité constatée à l’unanimité du comité exécutif, un organe qu’il nomme lui-même à sa discrétion. Un responsable américain a confirmé que Trump pourrait conserver cette fonction même après avoir quitté la présidence des États-Unis en 2029, le prochain occupant du Bureau ovale se contentant de désigner un représentant.
Les Nations unies ont été créées en 1945 au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour maintenir la paix et la sécurité internationales, avec un Conseil de sécurité composé de cinq membres permanents disposant du droit de véto. Cette architecture institutionnelle, bien qu’imparfaite et régulièrement critiquée pour son immobilisme face aux crises majeures, demeure le socle du multilatéralisme contemporain.
Le 7 janvier dernier, Donald Trump avait déjà signé un décret ordonnant le retrait américain de soixante-six organisations internationales jugées contraires aux intérêts nationaux, dont une trentaine liées au système onusien. Cette offensive s’insère dans une remise en cause plus large du président américain, qui avait qualifié l’ONU de « mots creux » lors de l’Assemblée générale de septembre, estimant que « les mots creux ne résolvent pas les guerres ».
France, Norvège, Chine : le front des défenseurs de l’ONU face à Washington
Les réactions internationales dessinent une ligne de fracture nette entre partisans et adversaires du projet. La France a opposé une fin de non-recevoir catégorique par la voix de son ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, soutenant le plan de paix pour Gaza tout en refusant la création d’une organisation destinée à « remplacer les Nations Unies ». La Norvège a également décliné, son secrétaire d’État Kristoffer Thoner invoquant des questions nécessitant un dialogue approfondi et annonçant l’absence d’Oslo à la cérémonie de Davos. La Suède a adopté une position similaire, son Premier ministre Ulf Kristersson déclarant ne pas vouloir signer le texte en l’état actuel. La Chine, membre permanent du Conseil de sécurité, a réaffirmé sa défense du système international centré sur l’ONU, son porte-parole Guo Jiakun soulignant le rôle irremplaçable de l’organisation dans la sauvegarde de la paix mondiale. Face à ces refus, Donald Trump n’a pas hésité à brandir des menaces économiques, promettant des droits de douane de deux cents pour cent sur les vins et champagnes français si Emmanuel Macron persistait dans son opposition. À l’inverse, une dizaine de pays ont accepté l’invitation, parmi lesquels Israël, les Émirats arabes unis, le Maroc, la Hongrie, la Biélorussie, le Vietnam et l’Argentine. La cérémonie de signature est programmée ce jeudi à Davos, en marge du Forum économique mondial, où le président américain entend officialiser sa vision d’un nouvel ordre diplomatique mondial.



