Malgré la crise avec l'AES, Alger et Niamey maintiennent le cap énergétique

Les relations entre l’Algérie et les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) traversent une zone de turbulences depuis avril 2025. La destruction d’un drone malien par la défense aérienne algérienne près de Tinzaouatine a provoqué une escalade diplomatique sans précédent : rappel réciproque des ambassadeurs, fermeture des espaces aériens entre Alger et Bamako, accusations mutuelles de violation territoriale. Le Niger et le Burkina Faso, solidaires du Mali au sein de la confédération, ont emboîté le pas à Bamako en rappelant leurs représentants diplomatiques. L’Algérie a vivement critiqué cet alignement qu’elle juge infondé. Pourtant, entre Alger et Niamey, une autre réalité prend forme : celle des hydrocarbures et des milliards de dollars d’investissements qui transcendent les crispations politiques.

Le ministre algérien Mohamed Arkab en visite au Niger pour relancer les projets pétroliers

Mohamed Arkab, ministre d’État algérien des Hydrocarbures et des Mines, s’est rendu ce lundi à Niamey accompagné d’une délégation de haut rang. Le PDG de Sonatrach, Noureddine Daoudi, ainsi que le directeur général de Sonatrach International, Bouarara Cherif, faisaient partie du déplacement. L’objectif affiché : faire le point sur les activités du groupe pétrolier algérien au Niger et accélérer les chantiers communs.

Le bloc pétrolier de Kafra, situé dans le nord du Niger à la frontière algérienne, concentre l’attention des deux parties. Ce permis d’exploration, d’une superficie de 23 737 km², fait l’objet d’un contrat de partage de production entre la filiale Sipex de Sonatrach et les autorités nigériennes, renouvelé en février 2022. Les discussions lors de cette visite portent sur l’avancement de la phase d’exploration, avant le passage à l’exploitation proprement dite.

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Au-delà du pétrole, l’Algérie accompagne le Niger sur d’autres fronts. Un procès-verbal signé le 14 janvier 2025 entre Sonatrach et la Société nigérienne de pétrole (SONIDEP) prévoit la création de deux sous-comités techniques. Le premier doit épauler Niamey dans le lancement d’une raffinerie et d’un complexe pétrochimique à Dosso. Le second se consacre à l’élaboration des cadres juridiques nécessaires au développement du secteur pétrolier nigérien.

Le gazoduc transsaharien entre l’Algérie le Nigeria et le Niger avance malgré les tensions régionales

Le projet pharaonique du gazoduc transsaharien (TSGP) figurait également à l’ordre du jour de la visite d’Arkab. Cette infrastructure de 4 128 km doit relier Warri, dans le sud du Nigeria, à Hassi R’mel, dans le Sahara algérien, en traversant le Niger. Sa capacité prévue atteint 30 milliards de mètres cubes de gaz par an, pour un investissement estimé à 13 milliards de dollars.

En février 2025, l’Algérie, le Nigeria et le Niger avaient signé à Alger trois accords décisifs : un contrat de mise à jour de l’étude de faisabilité, un accord de compensation financière et un protocole de non-divulgation entre les compagnies nationales des trois pays. L’infrastructure serait déjà achevée à plus de 70 % côté algérien et nigérian. Reste à construire le tronçon nigérien de 841 km, dont le financement devrait être assuré conjointement par Alger et Abuja.

Pour le Niger, ce partenariat énergétique avec l’Algérie représente un levier de développement majeur. Formation des cadres à l’Institut algérien du pétrole, transfert d’expertise dans le raffinage, accompagnement dans la pétrochimie : Niamey bénéficie d’un soutien technique substantiel de son voisin du nord. Une coopération que les soubresauts diplomatiques liés à l’affaire du drone malien ne semblent pas, pour l’heure, remettre en cause. Les intérêts économiques des deux nations, liés par la géographie et les ressources souterraines, imposent manifestement leur propre tempo.

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