Manœuvres navales des BRICS : l'Afrique du Sud enquête sur une possible implication de l'Iran

Le ministère sud‑africain de la Défense a annoncé vendredi l’ouverture d’une enquête approfondie sur la participation iranienne aux récents exercices navals organisés sous la bannière des BRICS+ dans les eaux sud‑africaines. Cette décision intervient alors que Pretoria est confrontée à une pression diplomatique de la part des États‑Unis, qui ont vivement critiqué la présence de Téhéran dans ces manœuvres maritimes. L’enjeu clé porte sur la gestion politique des relations internationales de l’Afrique du Sud et l’impact de cette affaire sur ses liens stratégiques, notamment avec Washington. La démarche de la ministre de la Défense, Angie Motshekga, vise à établir si les procédures internes ont été respectées dans l’intégration de navires iraniens dans ces exercices multinationaux.

L’Afrique du Sud avait initialement demandé à l’Iran de se retirer des manœuvres, organisées au large de ses côtes sous la coordination des pays membres et partenaires élargis du groupe BRICS+, en raison des répercussions politiques prévues avec son partenaire commercial occidental. Selon plusieurs médias sud‑africains, le président Cyril Ramaphosa avait clairement demandé à l’Iran de se retirer des exercices navals pour n’y participer qu’en qualité d’observateur, afin de limiter tout incident diplomatique majeur avec les États‑Unis, qui qualifient l’Iran d’« agent déstabilisateur » et critiquent sa politique intérieure violente. Pourtant, un communiqué du ministère de la Défense publié sur les réseaux sociaux mardi a listé une corvette iranienne parmi les participants, mais la publication a ensuite été supprimée, suscitant une vague de critiques de partis politiques locaux qui estiment que ce choix compromet la politique étrangère dite de non‑alignement de Pretoria.

Pression américaine et réactions politiques en Afrique du Sud

La présence iranienne aux exercices navals, baptisés “Will for Peace 2026”, a déclenché une réaction particulièrement vive de la part de l’ambassade des États‑Unis en Afrique du Sud. Dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux, l’ambassade a exprimé “preoccupation et alarme” face à l’implication de forces militaires iraniennes dans ces manœuvres, estimant qu’elle “compromet la sécurité maritime et la stabilité régionale”. Les autorités américaines ont jugé “inadmissible” que Pretoria accueille des forces de sécurité iraniennes alors que des manifestations pacifiques en Iran ont été réprimées de manière brutale, selon ces critiques.

Publicité

Cette sortie publique de Washington s’insère dans une situation plus large de relations tendues entre les deux capitales. Sous l’administration du président Donald Trump, les relations entre Pretoria et Washington ont fortement souffert, avec des désaccords sur une série de questions internationales, allant de la politique énergétique aux droits humains. En novembre dernier, les États‑Unis avaient même boycotté le sommet du G20 organisé par l’Afrique du Sud, et plusieurs mesures tarifaires avaient été imposées aux exportations sud‑africaines en guise de représailles diplomatiques.

La critique américaine s’est également étendue aux autorités sud‑africaines elles‑mêmes, leur reprochant une incohérence entre leur discours sur les droits et la justice et leur choix d’héberger des forces militaires iraniennes. L’ambassade a affirmé que permettre à l’Iran de naviguer dans les eaux sud‑africaines dépasse la simple posture de neutralité proclamée par Pretoria et équivaut à “se ranger du côté d’un régime accusé de répression brutale et de soutien au terrorisme”.

En parallèle, au plan national, l’affaire a alimenté des critiques de la part de la classe politique. Certains partis d’opposition estiment que la présence iranienne compromet l’engagement international de l’Afrique du Sud à promouvoir la paix et la sécurité, et qu’elle montre des failles dans la coordination entre le gouvernement civil et les forces armées. D’autres voix, plus favorables à une diversification des partenariats, soutiennent que les exercices visent avant tout à renforcer la coopération maritime et ne doivent pas être interprétés comme un choix politique en faveur de telle ou telle puissance mondiale.

Implications diplomatiques et enjeux géopolitiques de l’enquête

Les exercices navals, organisés au large du port de Simon’s Town, rassemblent des bâtiments de plusieurs pays membres du bloc des BRICS, qui inclut la Chine, la Russie, l’Afrique du Sud et l’Iran lui‑même en tant que membre, renforçant ainsi la capacité opérationnelle multinationale. Officiellement, ces manœuvres visent à améliorer la sécurité des voies maritimes et l’interopérabilité entre les forces navales, contribuant à la stabilité des échanges commerciaux sur l’une des routes maritimes les plus fréquentées du globe.

Cependant, cette orientation technique n’a pas suffi à dissiper les inquiétudes suscitées par la présence de pays en désaccord diplomatique avec les États‑Unis. Washington surveille de près ces développements, considérant l’implication de certaines nations comme un signal géopolitique indiquant une possible redéfinition des alliances stratégiques. La participation de l’Iran, en particulier, a été observée comme un point de rupture potentiellement significatif dans les relations sud‑africaines avec les partenaires occidentaux.

Pour sa part, le gouvernement sud‑africain a souligné que les exercices s’insèrent dans une tradition de coopération millénaire avec divers partenaires internationaux, y compris des pays occidentaux, et qu’ils ne reflètent pas une prise de position politique contre un État tiers. Malgré ces assurances, la controverse a poussé la ministre Motshekga à initier une enquête, visant à clarifier dans quelle mesure les instructions du président sur l’exclusion de l’Iran ont été suivies ou mal appliquées.

En attente des conclusions de cette enquête, qui devrait intervenir après la clôture des exercices, l’Afrique du Sud se retrouve à un carrefour délicat de sa diplomatie. La manière dont elle gérera ce dossier aura des répercussions non seulement sur sa politique de défense et ses relations avec les États‑Unis, mais aussi sur sa place au sein d’un bloc BRICS+ en pleine expansion, où s’entremêlent enjeux économiques, géostratégiques et pressions externes.

Laisser un commentaire