Depuis plusieurs années, la Chine a construit une forteresse autour des minerais critiques. Elle contrôle plus de la moitié de la production mondiale et réalise environ 87 % du traitement et du raffinage global de ces ressources essentielles. Des métaux comme le cobalt, le lithium et les terres rares alimentent tous les secteurs stratégiques de l’économie mondiale, des batteries électriques aux technologies de défense. Face à cette dépendance, Washington a décidé de revoir entièrement sa stratégie en Afrique. Plutôt que de compter sur des investissements traditionnels en aide au développement, les États-Unis privilégient désormais une approche commerciale directe centrée sur l’accès sécurisé aux ressources minérales du continent.
Une diplomatie américaine redéfinie autour des accords miniers avec la RDC et l’Afrique de l’Est
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a invité pour le 4 février 2026 à Washington, plusieurs pays africains producteurs de minerais stratégiques à une réunion ministérielle. Parmi les pays conviés figurent la République Démocratique du Congo, le Kenya et la Guinée, montrant la volonté des États-Unis de renforcer la sécurité des chaînes d’approvisionnement mondiales en ressources critiques. Washington a souligné que cette démarche vise à protéger la sécurité économique et nationale, à maintenir le leadership technologique américain et à construire un futur énergétique résilient.
La RDC joue un rôle central dans cette initiative, possédant environ 75 % des réserves mondiales de minerais critiques, comme le cobalt et le géranium, essentiels aux véhicules électriques et aux technologies informatiques modernes. Un accord stratégique signé en novembre 2025 entre les États-Unis et la RDC prévoit de favoriser la paix, la stabilité et le développement économique, tout en donnant aux entreprises américaines un droit de première offre sur certains projets miniers, assurant un accès privilégié aux ressources.
Les États-Unis étendent leur approche au-delà de la RDC. La Guinée, également invitée, détient des réserves cruciales, tandis que le Gabon, deuxième producteur mondial de manganèse, est cité comme un partenaire potentiel dans les accords miniers américains. Cette coordination avec plusieurs États africains reflète la stratégie américaine visant à bâtir un réseau fiable de partenaires, réduisant la dépendance vis-à-vis de la Chine et sécurisant l’approvisionnement mondial en minerais critiques.
Des infrastructures et des investissements pour transformer le continent en rival du modèle chinois
Washington ne se contente pas de négocier des accords ponctuels. La Stratégie de sécurité nationale 2025 s’appuie sur le développement accéléré de corridors miniers, à l’instar du projet Lobito reliant l’Angola, la Zambie et la RDC, avec l’ambition de multiplier par dix les capacités de transport et de réduire de 30 % les coûts d’exportation vers les États-Unis. Ces corridors logistiques représentent bien plus que des routes commerciales : ils constituent l’ossature d’une chaîne d’approvisionnement alternative à celle que la Chine a verrouillée.
L’administration Trump a également intégré les minerais critiques dans une révision majeure du cadre commercial américain avec l’Afrique. Le Critical Minerals Agreement a été intégré à la révision de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act), ce qui signifie que l’accès préférentiel au marché américain devient désormais directement lié à la coopération sur les minerais. Pour les États africains, cela représente à la fois une opportunité d’accroître leurs revenus d’exportation et une pression à participer au bloc géopolitique américain.
Les engagements financiers soutiennent cette transition. Washington encourage les investissements américains directs dans la transformation minière africaine, passant du simple export de minerais bruts à des activités à plus haute valeur ajoutée comme le raffinage et la métallurgie. Les discussions cherchent à maximiser les retombées économiques pour les pays africains tout en intégrant les dimensions sociales et environnementales. Cependant, cette approche commerciale soulève des questions sur la capacité réelle des gouvernements africains à négocier à armes égales avec Washington.
Reste à déterminer si cette approche suffira à rééquilibrer la balance face à la domination chinoise. La Chine maintient ses positions en Afrique à travers des décennies d’investissements, de relations commerciales établies et une compréhension fine des besoins locaux en financement. La course n’en est qu’à ses débuts, et pour l’Afrique, l’enjeu consiste à tirer le meilleur parti de cette rivalité sans sacrifier sa souveraineté économique.



