À Sendou, dans le département de Rufisque, l’État a officialisé une nouvelle étape de l’industrialisation avec l’inauguration de la raffinerie Mavamar Industries SA. L’événement, présidé par le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye, marque l’entrée en production d’une unité de raffinage d’huiles alimentaires affichant une capacité de 600 tonnes par jour. L’objectif affiché est clair : renforcer la transformation locale et réduire la dépendance aux importations, tout en structurant un tissu industriel privé appelé à jouer un rôle accru.
Défi de l’industrialisation au Sénégal
La nouvelle raffinerie est présentée comme un levier concret de transformation économique. Les autorités mettent en avant la qualité des infrastructures et le niveau technologique de l’installation, conçue pour soutenir la filière agroalimentaire. Au-delà de l’usine, le lancement des travaux de la zone industrielle portée par le groupe Senegindia constitue un signal fort : pour la première fois, un acteur privé prend l’initiative d’aménager une zone industrielle d’envergure au Sénégal.
Ce futur espace économique, annoncé sur 276 hectares, vise l’accueil de plusieurs centaines d’entreprises et la création de dizaines de milliers d’emplois. Les autorités y voient un changement de méthode, avec un partage plus équilibré des rôles entre puissance publique et investissement privé pour accélérer la production locale et l’emploi.
Enjeux environnementaux et attentes sociales
L’implantation de la raffinerie intervient toutefois dans une commune déjà fortement sollicitée par des infrastructures industrielles. À Bargny, la présence cumulée d’installations lourdes — centrale à charbon, cimenterie Sococim, port minéralier et projets de sidérurgie — pèse sur le cadre de vie. La pollution de l’air et de l’eau, la fragilisation du littoral et la réduction des terres agricoles ont nourri, par le passé, des mobilisations citoyennes dénonçant une « zone industrielle suffocante ».
Ces antécédents expliquent l’attention particulière portée par les populations aux nouveaux projets. Si l’État et les promoteurs mettent en avant l’emploi et la souveraineté alimentaire, les attentes locales portent aussi sur la maîtrise des impacts immédiats : gestion des rejets, protection du littoral, accès à l’eau et transparence sur les retombées économiques directes pour les riverains.
En inaugurant Mavamar à Sendou, le Sénégal affirme une ambition industrielle portée par le secteur privé et adossée à des investissements conséquents. La réussite de cette dynamique dépendra désormais de la capacité à concilier production, emplois et exigences environnementales dans une zone déjà éprouvée, afin que la transformation annoncée se traduise durablement par des bénéfices partagés.



