La divulgation publique du statut sérologique des accusés pourrait pousser d’autres personnes infectées à se soustraire au système de santé. Un psychologue-clinicien sénégalais brise le consensus émotionnel.
Révéler le nom des séropositifs ne protège personne. Cela les fait fuir, avertit Serigne Mor Mbaye, psychologue-clinicien, alors que l’affaire Pape Cheikh Diallo et Cie continue d’alimenter une déferlante de réactions sur les réseaux sociaux sénégalais. Dans un entretien accordé à L’Observateur, le spécialiste pointe un paradoxe : le déballage médiatique, loin de servir les victimes, fragiliserait l’ensemble du dispositif de santé publique.
Un réseau démantelé, une société sous tension
Depuis les arrestations des 4, 5 et 6 février 2026, l’enquête a pris une ampleur nationale. Pape Cheikh Diallo, animateur de télévision, et Djiby Dramé, artiste chanteur, figurent parmi les 29 personnes interpellées à ce jour entre Dakar, Saly, Nioro, Thiès et Saint-Louis. Les chefs d’accusation retenus dessinent un dossier hors norme : association de malfaiteurs, actes contre nature avec transmission volontaire du VIH, blanchiment de capitaux et trafic de drogue. Vingt-huit mandats de dépôt ont déjà été délivrés par le juge du tribunal de Pikine-Guédiawaye, qui a entamé les premières auditions sur le fond. Trois des mis en cause, dont Pape Cheikh Diallo et Djiby Dramé, ont par ailleurs été extraits de leurs cellules dans le cadre d’une perquisition conduite par la Brigade de recherches de Keur Massar.
Le psychologue contre la foule
Le Premier ministre Ousmane Sonko avait déjà signalé le danger d’exposer publiquement le statut sérologique des mis en cause. Serigne Mor Mbaye va plus loin et analyse le phénomène sous l’angle clinique : la pression collective génère un climat d’angoisse qui, mécaniquement, nuit à l’efficacité de la réponse sanitaire. « La divulgation ne résout aucun problème ; elle crée un climat de peur et d’injustice », tranche-t-il, ajoutant que les personnes affectées pourraient chercher à disparaître, rendant leur prise en charge médicale impossible. « Les foules sont souvent folles », dit-il sans détour. Le Conseil national de lutte contre le Sida (CNLS) a rappelé de son côté que le dépistage du VIH en prison reste volontaire et soumis à la confidentialité. Sur le plan judiciaire, les deux procédures distinctes ouvertes autour de la transmission volontaire du VIH au Sénégal sont traitées séparément par les magistrats instructeurs. De nouvelles arrestations restent attendues dans les prochains jours, selon des sources proches de l’enquête.


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