Algérie – Maroc : un vol direct non annoncé intrigue en pleine rupture diplomatique

Un appareil de type Embraer ERJ-145, exploité par la compagnie Amelia International et immatriculé en Slovénie, aurait effectué une liaison directe entre l’aéroport Mohammed V de Casablanca et l’aéroport Houari Boumédiène d’Alger. L’information, révélée par le journaliste et activiste algérien Oualid Kébir sur la plateforme X, intervient dans un climat de gel total des relations entre Rabat et Alger. Aucune autorité officielle des deux pays n’a pour l’heure confirmé ni démenti l’existence de ce vol. Cette trajectoire aérienne inhabituelle, survenue alors que l’espace aérien entre les deux nations reste verrouillé, alimente de nombreuses interrogations sur la nature réelle de cette opération.

Un Embraer slovène sur la route Casablanca – Alger : les détails d’un vol hors norme

Dans le paysage aérien maghrébin actuel, une liaison directe reliant la capitale économique du Maroc à celle de l’Algérie constitue un événement pour le moins singulier. Selon les éléments partagés par Oualid Kébir, le biréacteur en question appartient à la flotte d’Amelia International, filiale du groupe français Regourd Aviation rebaptisé Amelia en 2019. Cette société opère sous certificat de transport aérien slovène et dispose principalement d’appareils Embraer ERJ-145, des biréacteurs régionaux d’une capacité d’environ cinquante passagers. Le choix d’un opérateur tiers, basé dans un pays européen sans lien direct avec le contentieux maroco-algérien, pourrait suggérer une volonté de discrétion, même si aucun élément tangible ne permet à ce stade d’affirmer avec certitude la finalité de cette rotation aérienne. Le caractère non annoncé de ce vol, combiné à l’absence totale de communication institutionnelle aussi bien du côté marocain que du côté algérien, confère à cet épisode une dimension particulièrement énigmatique qui dépasse le simple cadre de l’aviation civile.

Tensions entre Alger et Rabat : des frontières fermées et un ciel verrouillé depuis 2021

Les relations entre l’Algérie et le Maroc traversent depuis plusieurs années l’une des périodes les plus critiques de leur histoire commune. En août 2021, Alger a pris la décision unilatérale de rompre ses relations diplomatiques avec Rabat, invoquant des « actes hostiles » de la part du royaume chérifien. Cette rupture s’est accompagnée de la fermeture de l’espace aérien algérien aux appareils civils et militaires marocains, effective depuis septembre 2021, rendant impossible toute liaison directe entre les deux pays par les compagnies nationales. Les frontières terrestres, déjà closes depuis 1994, demeurent également hermétiques, figeant dans une impasse durable les échanges humains et commerciaux entre deux peuples pourtant liés par la géographie, la langue et l’histoire.

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Avant cette crise, Air Algérie et Royal Air Maroc assuraient des rotations régulières entre Alger et Casablanca, une desserte désormais totalement suspendue. Le dossier du Sahara occidental reste au cœur de ce différend structurel, Alger soutenant les revendications du Front Polisario tandis que Rabat défend sa souveraineté sur ce territoire. Des pourparlers confidentiels se seraient récemment tenus à Madrid, sous l’égide de Washington, réunissant des représentants du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie et du Polisario, sans qu’aucune avancée concrète n’ait été officiellement annoncée. C’est précisément dans ce climat de défiance réciproque que la révélation de ce vol entre Casablanca et Alger prend une résonance toute particulière.

Canal de communication secret ou impératif logistique : les hypothèses autour de ce vol Algérie-Maroc

L’absence de toute explication officielle ouvre naturellement la porte à plusieurs lectures possibles de cet événement. La première hypothèse, la plus commentée sur les réseaux sociaux, évoque l’existence de canaux de discussion officieux entre Rabat et Alger.

Il n’est pas rare, dans l’histoire des relations internationales, que des États en situation de rupture diplomatique maintiennent des contacts discrets par l’intermédiaire de tiers ou via des moyens détournés, précisément pour préserver une capacité de dialogue en dehors de tout cadre formel. Le recours à une compagnie aérienne slovène pourrait, dans cette perspective, avoir servi à transporter des émissaires ou des personnalités impliquées dans des tractations à l’abri des regards. La seconde piste, plus prosaïque, renvoie à un éventuel besoin logistique ponctuel : rapatriement consulaire, transfert médical ou acheminement de documents sensibles. Ces opérations, bien que peu médiatisées, surviennent régulièrement entre États en conflit et ne nécessitent pas forcément de rapprochement politique. Il convient également de noter le profil de la source à l’origine de cette révélation. Oualid Kébir, bien qu’identifié comme journaliste, est aussi un militant politique connu pour ses prises de position très critiques envers le pouvoir algérien et ses interventions fréquentes au Maroc, ce qui invite à considérer cette information avec la prudence éditoriale nécessaire.

En l’état actuel des éléments disponibles, il demeure impossible de trancher entre ces différentes interprétations. Seule une confirmation émanant des autorités marocaines, algériennes, ou encore de la compagnie Amelia International elle-même, permettrait de lever le voile sur la nature exacte de cette liaison aérienne inhabituelle. Cet épisode rappelle néanmoins que, même au plus fort des crises diplomatiques, certaines lignes de communication — fussent-elles aériennes — peuvent être rétablies dans la plus grande confidentialité. La question désormais est de savoir si ce vol restera un cas isolé ou s’il préfigure une évolution, même discrète, dans les rapports entre Alger et Rabat.

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