La Communauté de Pratiques eServices (CoP) du Bénin a tenu, jeudi 26 février 2026 à Cotonou, son atelier de bilan et de projection. Plus qu’une restitution d’activités, la rencontre a consacré la passation officielle de la dynamique au Club DSI Bénin et l’entrée dans une phase d’appropriation nationale après plusieurs années d’appui structurant de la coopération allemande.
Développée dans le cadre du projet Beninnovation, financé par le Bundesministerium für wirtschaftliche Zusammenarbeit und Entwicklung (BMZ) et mis en œuvre par la GIZ Bénin, la CoP a été pensée comme un espace d’intelligence collective destiné à renforcer la qualité et la maturité des services publics numériques au Bénin. L’enjeu est clair : alors que plus de 200 e-services sont déjà opérationnels, l’ambition affichée par le ministère du Numérique et de la Digitalisation (MND) est d’atteindre, à terme, entre 1.000 et 1.200 services digitalisés. Cette montée en charge ne peut durablement reposer sur des cabinets internationaux, au risque d’affaiblir la consolidation d’un tissu local compétent.
En ouverture des travaux, Milca Tonato, membre du Club DSI et de la CoP, a résumé l’esprit du moment : « Aujourd’hui, nous ne parlons pas seulement d’un projet. Nous parlons d’un écosystème, d’un héritage, d’une communauté qui prend son envol. » La tonalité est donnée. Il s’agit désormais de transformer un dispositif accompagné en capacité nationale autonome.
Structurer plutôt que multiplier
Les échanges ont rapidement dépassé la logique quantitative. Il ne s’agit plus seulement de produire davantage d’e-services, mais de bâtir une architecture cohérente et réutilisable.
Représentant l’ASIN, Yanos Adotevi a replacé la CoP dans la dynamique du programme SmartGov. L’objectif consiste à développer des « building blocks », ces briques technologiques conçues pour être réutilisées d’un ministère à l’autre. « La CoP est le mécanisme qui fait que ces building blocks ne restent pas des solutions techniques, mais deviennent des capacités nationales », a-t-il expliqué. En filigrane, la vision est d’éviter la duplication des efforts, garantir l’interopérabilité et inscrire la digitalisation dans une logique de souveraineté technique.
Pour passer de l’intention à l’opérationnel, quatre entreprises de services numériques (ESN) locales ont été sélectionnées et accompagnées dans le développement concret d’e-services pour différents ministères. Mohamed Ben Nasr, consultant en systèmes d’information, a détaillé l’approche : encadrement méthodologique, renforcement des compétences, accompagnement lors des phases critiques de tests, de sécurité et de réception. Sept sessions de formation ont jalonné ce processus.
Sur le terrain, les acteurs ont pointé des défis structurels. La phase d’expression des besoins reste souvent imprécise, les contraintes ministérielles et la pression des délais compliquent l’avancement, et l’intégration sur la Plateforme Nationale de Services (PNS) ainsi que les autorisations nécessaires constituent des étapes particulièrement complexes. Loin d’être occultées, ces difficultés ont été analysées collectivement, constituant la véritable valeur ajoutée de la CoP qui capitalise sur l’expérience pour normaliser les bonnes pratiques.
Le temps de l’appropriation
Au-delà des aspects techniques, l’atelier du 26 février a marqué une transition institutionnelle. Franziska Bormann, représentante de la GIZ, a rappelé que l’appui allemand au secteur numérique béninois remonte à 2018 et que le projet Beninnovation, lancé en 2022, visait précisément à permettre au gouvernement de mieux mobiliser le potentiel du secteur privé local dans la digitalisation des services publics. Mais cet accompagnement est appelé à s’effacer progressivement.
La gouvernance de la CoP repose désormais sur une articulation claire : orientation stratégique portée par le MND et l’ASIN, animation opérationnelle assurée par le Club DSI Bénin. « Nous passons d’une phase accompagnée par la GIZ à une phase d’appropriation nationale », a affirmé le représentant du Club DSI, soulignant la responsabilité nouvelle qui incombe à l’écosystème local.
Cette évolution pose immédiatement la question de la pérennité. La CoP fonctionne largement sur l’engagement volontaire de ses membres. Son modèle économique devra se consolider autour de cotisations, de partenariats et de la valorisation du savoir-faire développé. Il s’agit de transformer une dynamique de projet en institution durable.
Vers la maturité de l’écosystème
Au-delà des discours, l’atelier a révélé une réalité plus profonde. La transformation numérique de l’État béninois entre dans une phase de maturité. La digitalisation ne se limite plus au déploiement d’outils technologiques. Elle exige une organisation structurée, des standards partagés et une confiance renforcée entre acteurs publics et privés. En consacrant le passage de l’appui international à la responsabilité nationale, la rencontre du 26 février aura posé l’équation selon laquelle la souveraineté se construit patiemment à travers la compétence locale, la structuration des pratiques et l’engagement collectif. La CoP eServices apparaît désormais comme l’un des laboratoires de cette ambition.

