Développement communautaire au Bénin: Et si on ressuscitait « l’Initiative de Dogbo » ?

Dans l’histoire du développement local au Bénin, certaines époques résonnent comme des promesses de souveraineté. Entre 2012 et 2013, une action salutaire avait émergé et propulser une approche nouvelle dans le développement communautaire. Il s’agit de « l’Initiative de Dogbo ». Treize ans plus tard, alors que le pays s’engage dans des réformes structurelles majeures, une question s’impose : ce modèle de solidarité agissante ne détient-il pas la clé d’un développement communautaire, durable et authentique ? « L’Initiative de Dogbo » n’était pas une simple stratégie administrative, mais une véritable philosophie de l’action publique. Elle n’était pas un programme mais , une approche réaliste et réalisable pour construire les infrastructures sociocommunautaires. Un responsable du développement rural (RDR) de l’époque, décrivait cette approche comme un « nouvel élan de solidarité ». L’idée était de consacrer un jour par semaine, soit 52 jours par an, au travail communautaire. Ce n’était plus l’État central qui « apportait » le développement comme un colis scellé, mais la communauté qui le bâtissait de ses propres mains, brique après brique. Son principe ? Impliquer directement les cadres, les fils et les filles d’une localité dans la construction d’infrastructures sociocommunautaires de base. De Dogbo à Savè et même ailleurs, l’objectif était ambitieux : ériger des modules de classes à partir de l’engagement et de l’investissement de la communauté. La stratégie consistait à mobiliser l’expertise et la main d’œuvre locale pour l’exécution des travaux comme contribution à l’action publique. En face, ceux qui ne sont pas qualifiés pour les travaux concernés et toute la communauté mobilise le matériel nécessaire à l’atteinte de l’objectif. La participation de l’Etat intervient dans la mise en place de personnels qualifiés pour la fonctionnalité des infrastructures réalisées.

Un contraste saisissant avec nos priorités sociales

Un paradoxe sociologique persiste pourtant au cœur de nos cités. Pourquoi le génie collectif béninois, si prompt à se mobiliser pour les édifices religieux, peine-t-il parfois à maintenir la cadence pour les infrastructures sociocommunautaires laïques ? Il est fascinant d’observer avec quelle ferveur les populations cotisent, souvent au prix de lourds sacrifices, pour ériger des églises somptueuses et des mosquées imposantes. Ce dynamisme financier et humain prouve une chose : l’argent et la volonté existent au sein des masses. Le défi de « l’Initiative de Dogbo » était de canaliser cette « force de frappe » vers le bien commun : l’école pour l’avenir des enfants, le centre de santé pour la vie des mères, ou le forage pour l’eau potable.

Si des localités avaient réussi à l’époque à obtenir des projets majeurs comme le Paficot-Bénin ou le Cenata (estimé à 200 millions de FCFA), »l’Initiative de Dogbo » venait rappeler que l’aide extérieure ou étatique, ne doit être qu’un complément à l’effort local patriotique. Le succès potentiel de cette méthode n’était pas passé inaperçu au sommet de l’État. En mars 2013, le ministre des enseignements maternel et primaire de l’époque, avait entrepris de transformer cette approche en un véritable programme intitulé : « Programme de construction et d’équipement participatif de salles de classes ». L’Initiative de Dogbo » proposait une réponse pragmatique.

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