L’homme qui a restructuré le spatial commercial, bousculé l’automobile électrique et fracturé le marché des réseaux sociaux cible désormais les télécoms mobiles. Cette fois, l’outil s’appelle Starlink Mobile, et le chiffre avancé fait réagir le secteur.
Devant un panel de l’Union internationale des télécommunications (UIT), Udrivolf Pica, responsable de la politique satellitaire chez SpaceX, a lâché un chiffre qui a traversé les salles de conférence : 150 Mbps par utilisateur, directement sur smartphone, depuis l’orbite. Aucune antenne dédiée, aucune modification matérielle — un téléphone ordinaire suffirait, à condition que les satellites soient au rendez-vous.
La déclaration repose sur une réalité déjà opérationnelle, mais encore modeste. Starlink déploie depuis plusieurs mois son service Direct-to-cell dans douze pays, en partenariat avec des opérateurs locaux. Treize millions d’utilisateurs y accèdent — principalement pour des SMS en zones blanches ou lors de catastrophes naturelles ayant mis hors service les infrastructures terrestres. Le débit reste limité, l’ambition ne l’est plus.
150 Mbps depuis l’espace : une promesse technique à hauts risques
Atteindre ce seuil implique une refonte profonde de la constellation satellitaire. SpaceX a obtenu des autorités américaines l’autorisation de déployer jusqu’à 15 000 satellites Direct-to-cell, contre environ 650 aujourd’hui. L’entreprise a également acquis des fréquences supplémentaires auprès d’EchoStar, pour des milliards de dollars, afin d’élargir sa capacité spectrale et fiabiliser la couverture dans les latitudes extrêmes.
La technologie repose sur les standards 4G LTE existants — compatibilité immédiate avec les appareils actuels — mais la deuxième génération de satellites, baptisée GEN2, viserait la 5G NR. Lancement envisagé en 2027, via la fusée Starship. «Nous visons des débits maximaux de 150 Mbps par utilisateur», a déclaré Pica. «C’est quelque chose d’incroyable si l’on pense aux budgets de liaison entre l’espace et les téléphones mobiles.»
Les opérateurs terrestres face à une menace encore conditionnelle
De nombreux réseaux 5G terrestres dépassent déjà 150 Mbps dans les zones urbaines denses. Mais c’est précisément hors de ces zones que Starlink Mobile prendrait l’avantage — zones rurales, régions isolées, corridors maritimes, latitudes septentrionales où les infrastructures terrestres restent défaillantes depuis des décennies.
AST Space Mobile, concurrent direct adopté par Vodafone, vise pour sa part 120 Mbps — non pas par utilisateur, mais par cellule de couverture. L’écart, s’il se confirme, positionnerait Starlink comme le service le plus performant du segment satellitaire direct-to-device.
Aucun calendrier commercial ferme n’accompagne l’annonce. Les 150 Mbps demeurent un objectif d’ingénierie, conditionné au déploiement massif des satellites GEN2 et à l’homologation réglementaire dans chaque marché national. L’échéance de 2027 reste la référence la plus précise disponible à ce stade.

