En France, le traitement des dossiers d’immigration est devenu un véritable casse-tête pour les préfectures. Entre les demandes de visas, les renouvellements de titres de séjour et les procédures de naturalisation, les services administratifs sont submergés. En 2025, plus de 3 millions de visas ont été délivrés à des touristes, travailleurs et étudiants, dans un système régulièrement décrit comme étant en surtension. Dans certains départements, les délais d’instruction s’étirent de un à huit mois, plongeant des milliers de demandeurs dans une précarité administrative prolongée. Dans les Hauts-de-Seine, par exemple, près de 30 000 dossiers étaient en souffrance en 2025, contraignant la préfecture à déclencher un plan d’urgence. Face à cette situation, le gouvernement a décidé de changer d’approche.
Une application basée sur l’intelligence artificielle pour désengorger les préfectures
Dans un entretien accordé à la presse régionale ce samedi 7 février 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé la volonté du gouvernement d’explorer la piste de l’intelligence artificielle pour accélérer le traitement des demandes de visas. « Il faut pouvoir accepter ou refuser plus vite les demandes », a déclaré le chef du gouvernement, qui a confié cette mission au ministre de l’Intérieur Laurent Nunez et au ministre délégué chargé de la Fonction publique David Amiel.
Concrètement, l’exécutif envisage le développement d’une application pilotée par l’IA, capable de réduire significativement les délais de réponse aux demandeurs. L’objectif affiché est de « soulager le travail des agents » des préfectures, qui croulent sous le volume des demandes. L’outil ne remplacerait pas les agents, mais leur servirait d’appui dans le tri, l’analyse et la vérification des pièces justificatives, des tâches chronophages qui ralentissent considérablement le traitement des dossiers.
Cette piste n’est pas inédite en Europe. En Allemagne, l’Office fédéral des migrations et des réfugiés utilise déjà des systèmes automatisés de reconnaissance de texte et de parole dans les procédures d’asile, notamment pour identifier les dialectes et vérifier les pays d’origine déclarés par les demandeurs. D’autres pays européens ont également expérimenté des outils d’intelligence artificielle pour la gestion des flux migratoires, avec des résultats contrastés.
Un virage technologique porteur d’espoirs, mais aussi d’inquiétudes
Pour les demandeurs, cette initiative pourrait représenter une avancée considérable. Des délais de traitement réduits signifieraient moins de temps passé dans l’incertitude administrative, une possibilité d’accéder plus rapidement au marché du travail ou de poursuivre des études sans interruption, et surtout la fin d’une attente qui peut aujourd’hui s’étirer sur plusieurs mois sans la moindre visibilité sur l’issue du dossier. Pour les préfectures elles-mêmes, l’automatisation de certaines tâches répétitives permettrait aux agents de se concentrer sur les dossiers les plus complexes, nécessitant une analyse humaine approfondie.
Toutefois, le recours à l’intelligence artificielle dans un domaine aussi sensible soulève plusieurs interrogations. La première concerne le risque de déshumanisation des décisions : un algorithme pourrait traiter les dossiers selon des critères rigides, sans tenir compte des situations individuelles complexes telles que les raisons humanitaires, les liens familiaux ou les parcours atypiques. Se pose également la question des biais algorithmiques. Si l’IA est entraînée sur des données historiques de décisions préfectorales, elle pourrait reproduire, voire amplifier, des discriminations existantes liées à la nationalité ou au profil du demandeur.
Le risque d’une augmentation des refus automatisés inquiète aussi. Des demandeurs pourraient se retrouver face à une décision prise ou fortement influencée par une machine, sans interlocuteur humain pour expliquer ou nuancer le verdict. Une situation d’autant plus préoccupante que les recours administratifs sont déjà longs et complexes en France, avec des tribunaux administratifs eux-mêmes engorgés.
Par ailleurs, sur le plan juridique, le droit français et européen encadrent strictement les décisions administratives automatisées. Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) interdit en principe qu’une personne fasse l’objet d’une décision produisant des effets juridiques fondée exclusivement sur un traitement automatisé. Le Défenseur des droits a également alerté à plusieurs reprises sur les risques que représente le déploiement des algorithmes et de l’intelligence artificielle dans le traitement des dossiers des personnes étrangères, pointant une possible fragilisation de leurs droits fondamentaux. La conformité légale du dispositif envisagé par le gouvernement devra donc être rigoureusement encadrée.
Cette annonce intervient dans un contexte où la politique migratoire française fait l’objet de réformes continues. Depuis l’entrée en vigueur de la loi immigration de janvier 2024, de nouvelles exigences ont été ajoutées aux procédures, notamment un examen civique obligatoire pour les titres de séjour de longue durée depuis le 1er janvier 2026, ainsi qu’un relèvement du niveau de français requis. Des mesures qui, si elles renforcent les conditions d’intégration, alourdissent aussi la charge de travail des services préfectoraux. La dématérialisation des démarches via la plateforme ANEF, censée simplifier les procédures, a par ailleurs engendré de nombreux dysfonctionnements, avec une augmentation de 400 % des réclamations selon le Défenseur des droits. Le recours à l’intelligence artificielle apparaît donc comme une tentative de réponse technologique à une crise administrative profonde, dont l’efficacité reste encore à démontrer.




Logique ! Quand on est natrurellement bête, il faut miser sur du artificiellement intelligent.