La plus haute juridiction chinoise a mis fin vendredi 7 février à plus de sept années d’incertitude pour Robert Lloyd Schellenberg. La Cour populaire suprême a invalidé la peine capitale prononcée contre ce ressortissant canadien originaire de Colombie-Britannique, détenu depuis 2014 pour des accusations liées au trafic de stupéfiants. Son avocat, Zhang Dongshuo, a confirmé que l’affaire sera rejugée, ce qui laisse entrevoir une issue moins sévère pour son client.
Cette décision survient à peine trois semaines après la visite officielle du premier ministre Mark Carney à Pékin, la première d’un chef de gouvernement canadien sur le sol chinois depuis 2017. À cette occasion, les deux pays avaient proclamé l’ouverture d’une « nouvelle ère » dans leurs relations bilatérales, signant huit protocoles d’entente portant notamment sur l’énergie, l’agriculture et le commerce. Ottawa n’a toutefois pas établi de lien direct entre cette rencontre diplomatique et la décision judiciaire. « Le Canada a plaidé pour la clémence dans cette affaire, comme il le fait pour tous les Canadiens condamnés à la peine de mort », a déclaré une porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
Un pion sur l’échiquier diplomatique sino-canadien
Arrêté en 2014, Schellenberg était accusé d’avoir participé à un réseau international visant à expédier 222 kilogrammes de méthamphétamine vers l’Australie, dissimulés dans des pneus et des tubes. Lui-même a toujours nié ces accusations, se présentant comme un simple touriste piégé. En novembre 2018, un tribunal de Dalian l’avait condamné à quinze ans d’emprisonnement. Mais le cours de son destin a brutalement basculé quelques semaines plus tard.
Le 1er décembre 2018, les autorités canadiennes procèdent à l’arrestation de Meng Wanzhou, directrice financière du géant des télécommunications Huawei, à l’aéroport de Vancouver, à la demande de Washington. Pékin considère cet acte comme une provocation politique. En représailles, deux Canadiens, Michael Kovrig et Michael Spavor, sont arrêtés en Chine pour espionnage présumé. Et en janvier 2019, à l’issue d’un nouveau procès expédié en une seule journée, la peine de Schellenberg est transformée en condamnation à mort, le tribunal estimant la sentence initiale trop « indulgente ».
Un passé judiciaire qui précède la géopolitique
Avant de se retrouver au cœur de ce bras de fer diplomatique, Schellenberg possédait déjà un parcours judiciaire chargé au Canada. Condamné à plusieurs reprises pour des infractions liées aux stupéfiants en Colombie – Britannique, il avait notamment écopé de deux ans de prison en 2012 pour trafic de cocaïne et d’héroïne. Le juge qui l’avait alors condamné lui avait signifié qu’il avait « de la chance de vivre au Canada ».
Quatre citoyens canadiens ont par ailleurs été exécutés en Chine l’an dernier pour des infractions similaires. Si l’annulation de la condamnation à mort de Schellenberg ne garantit pas sa libération, elle écarte le spectre de l’exécution et témoigne d’un réchauffement diplomatique entre Pékin et Ottawa, dans une situation mondiale bouleversée par les droits de douane imposés par le président américain Donald Trump.



