Lors de la 39e session de l’Assemblée de l’Union africaine en février 2026, l’UA a approuvé l’adhésion permanente du Nigeria au conseil d’administration de l’Institut monétaire africain (AMI). Cette décision, annoncée par le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, Olayemi Cardoso, place Abuja au cœur du futur dispositif monétaire continental. L’AMI constitue la structure transitoire qui précédera la création de la Banque centrale africaine (BCA) et d’une monnaie unique pour le continent.
Le Nigeria, pilier stratégique de l’architecture monétaire africaine
La décision de l’Union africaine d’accorder au Nigeria un siège permanent au sein du conseil d’administration de l’Institut monétaire africain n’est pas anodine. Elle consacre le rôle de première puissance économique du continent — avec un PIB qui dépasse largement celui de ses voisins — dans un projet d’envergure historique. Pour Olayemi Cardoso, gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, cette reconnaissance institutionnelle traduit une réalité géopolitique et économique que l’Afrique ne peut plus ignorer. Il a qualifié la décision de « étape majeure dans l’intégration financière de l’Afrique », soulignant que l’implantation de l’AMI, puis de la future Banque centrale africaine à Abuja, positionne le Nigeria comme le cœur battant de l’union monétaire en formation.
Ce siège permanent s’exercera durant la période transitoire précédant la création officielle de la Banque centrale africaine. Selon diverses sources médiatiques, Cardoso a précisé qu’il s’inscrit dans le respect des principes de rotation et d’équilibre régional adoptés par l’Union africaine, garantissant ainsi que cette prééminence nigériane ne soit pas perçue comme une hégémonie, mais comme une responsabilité assumée au nom du continent. Le gouverneur a également annoncé que le Nigeria entend poursuivre une coopération étroite avec la Commission de l’UA, l’Association des banques centrales africaines, les États membres et les partenaires de développement, afin de poser des fondations solides pour la future institution et la monnaie unique qui l’accompagnera.
Intégration monétaire africaine : une ambition portée depuis des décennies
L’ambition d’unifier le paysage monétaire africain ne date pas d’aujourd’hui. Elle s’inscrit dans une trajectoire longue, jalonnée d’initiatives régionales et continentales qui ont progressivement construit les fondations de ce grand projet. L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), avec son franc CFA partagé entre huit États membres, et la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) ont démontré qu’une intégration monétaire régionale était non seulement possible, mais également porteuse de stabilité macroéconomique. Ces expériences ont servi de laboratoires pour des réflexions plus larges à l’échelle continentale.
Dans le cadre de l’Agenda 2063, l’Union africaine a formalisé l’objectif d’une monnaie unique africaine, en définissant une feuille de route progressive qui passe par la création de l’Institut monétaire africain comme instance de coordination et de convergence des politiques monétaires nationales. Parallèlement, de nouveaux systèmes de paiement panafricains ont émergé, cherchant à réduire la dépendance aux devises étrangères et à fluidifier les échanges intra-africains.
La Banque africaine d’import-export (Afreximbank) et d’autres institutions financières continentales ont également multiplié les initiatives pour mobiliser des financements endogènes et renforcer la souveraineté économique du continent. C’est dans cette dynamique d’ensemble que s’inscrit la montée en puissance de l’AMI et le rôle central désormais dévolu au Nigeria, dont le poids économique et démographique en fait un ancrage naturel pour une institution appelée à gouverner la politique monétaire de plus d’un milliard de personnes.
Abuja, futur siège de la Banque centrale africaine : un choix lourd de symboles
Au-delà des déclarations officielles, c’est la géographie institutionnelle du continent qui se
redessine. L’installation prévue de la Banque centrale africaine à Abuja constitue un signal fort adressé aux marchés, aux investisseurs et aux partenaires internationaux.
Cette perspective soulève aussi des questions sur la gouvernance et l’équilibre des pouvoirs au sein de la future institution. La formule du siège permanent, tempérée par les principes de rotation régionale, tente de répondre par avance aux inquiétudes des autres blocs économiques africains, notamment l’Afrique du Sud, l’Égypte ou l’Éthiopie, qui entendent également peser dans les décisions continentales. La réussite du projet dépendra en grande partie de la capacité des États membres à dépasser leurs intérêts nationaux immédiats pour bâtir une architecture monétaire véritablement collective. L’adoption de cette décision lors du dernier sommet de l’UA marque une inflexion réelle dans l’histoire économique africaine.
