Ménopause et mortalité : l'étude qui contredit vingt ans de mise en garde sur les traitements hormonaux

Une étude danoise publiée jeudi dans le BMJ balaie l’un des arguments les plus répandus contre les traitements hormonaux de la ménopause. Portant sur plus de 876 000 femmes suivies pendant près de quinze ans, elle ne détecte aucune surmortalité imputable à ces thérapies, y compris après dix ans d’utilisation continue.

Huit cent soixante-seize mille huit cent cinq femmes. C’est la population sur laquelle les chercheurs danois MikkelsenBergholtLidegaard et Scheller ont fondé leurs conclusions, publiées le 19 février 2026. Un corpus rare, constitué à partir des registres nationaux de santé du Danemark, couvrant des femmes nées entre 1950 et 1977 et suivies à partir de leurs 45 ans. Parmi elles, 104 086 ont effectivement eu recours à un traitement hormonal de la ménopause (THM).

Résultat brut, sans ajustement : 54,9 décès pour 10 000 personnes-années chez les utilisatrices, contre 35,5 chez les non-utilisatrices. Un écart qui aurait pu accréditer l’hypothèse d’un danger. Sauf que cet écart disparaît une fois les facteurs de confusion pris en compte — âge, antécédents cardiovasculaires, tabagisme, parité. Une fois ces biais corrigés, les chercheurs concluent que le THM « n’était pas associé à une augmentation de la mortalité » (ndlr : traduit de l’anglais par la rédaction) et qu’« aucune différence univoque dans la mortalité cardiovasculaire ou oncologique spécifique n’a été trouvée entre les groupes » (ndlr : traduit de l’anglais par la rédaction).

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Vingt ans sous le poids d’une étude américaine

Ce résultat intervient dans un contexte de défiance durable. En 2002, la Women’s Health Initiative, vaste essai clinique américain, avait semé la panique : risques accrus de cancer du sein, d’accidents vasculaires cérébraux, de thromboses veineuses. Les prescriptions de THM avaient alors chuté brutalement aux États-Unis, en France et dans la majeure partie de l’Europe occidentale. Des générations de médecins avaient intégré la prudence comme réflexe.

Les nuances avaient pourtant commencé à émerger dès les années suivantes. L’âge relativement élevé des participantes de la WHI — majoritairement au-delà de 60 ans, soit bien après l’entrée en ménopause — avait faussé les conclusions initiales. Des études ultérieures avaient montré que le profil de risque variait selon l’âge de début du traitement, la voie d’administration et la molécule utilisée. Insuffisant pour inverser le mouvement de méfiance.

L’étude danoise tranche donc dans un débat resté ouvert. Sa puissance statistique repose sur un suivi médian de 14,3 ans et une quasi-exhaustivité des données : 47 594 décès enregistrés sur l’ensemble de la cohorte, toutes causes confondues.

Un bénéfice net identifié dans un sous-groupe précis

La découverte la plus frappante concerne les femmes ayant subi une ovariectomie bilatérale — ablation des deux ovaires — entre 45 et 54 ans pour des raisons non cancéreuses. Dans ce groupe, le recours au THM s’associe à une réduction de mortalité comprise entre 27 et 34 %. L’âge médian au décès : 60,9 ans chez les utilisatrices, contre 56,6 ans chez celles n’ayant reçu aucun traitement.

Les auteurs estiment que ce constat devrait « susciter une discussion plus approfondie sur l’opportunité de proposer un traitement hormonal à davantage de femmes après ce type d’intervention chirurgicale » (ndlr : traduit de l’anglais par la rédaction). Un signal suffisamment fort pour que la communauté médicale le traite comme une piste clinique sérieuse.

Parmi les autres résultats : une légère réduction de mortalité associée aux formes transdermiques du THM — patch ou gel — par rapport à l’absence de traitement. Les auteurs eux-mêmes tempèrent ce point, précisant que la conclusion « devrait attendre une vérification dans de futures études » (ndlr : traduit de l’anglais par la rédaction).

L’étude comporte ses propres limites déclarées. Conçue comme une étude observationnelle, elle ne permet pas d’établir de lien causal strict. Un biais de healthy user — les femmes qui choisissent un traitement hormonal présentant peut-être un meilleur état de santé général au départ — ne peut être totalement exclu malgré les ajustements. La durée médiane d’utilisation du THM reste courte dans la cohorte : 1,7 an, quand certains pays comme le Royaume-Uni enregistrent des durées moyennes autour de six ans.

En France, la Haute Autorité de Santé doit rendre un avis actualisé sur le THM d’ici fin 2026.

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