Nucléaire : la Russie somme la France et le Royaume-Uni de participer aux discussions

Le traité New Start, pierre angulaire du désarmement nucléaire depuis 2010, a cessé d’exister jeudi dernier. Cet accord bilatéral entre Moscou et Washington plafonnait les arsenaux stratégiques de chaque puissance à 700 missiles balistiques intercontinentaux et missiles mer-sol, ainsi qu’à 800 lanceurs et bombardiers lourds. Donald Trump a refusé la proposition russe de prolongation, dénonçant un texte « mal négocié » par l’administration Obama. Cette rupture ouvre désormais une période d’incertitude sur l’avenir du contrôle des armements nucléaires mondiaux.

La France et le Royaume-Uni au cœur des exigences russes pour de futures négociations

Ce vendredi, comme rapporté par Le parisien, lors de la Conférence du Désarmement à Genève, l’ambassadeur russe auprès de l’ONU, Gennady Gatilov, a posé une condition sans équivoque. Moscou n’acceptera de s’engager dans de nouvelles discussions multilatérales sur le contrôle des armements nucléaires que si Paris et Londres participent activement aux pourparlers. Cette exigence transforme radicalement la donne diplomatique qui prévalait jusqu’alors.

La justification russe repose sur le statut des deux nations européennes au sein de l’OTAN. Le Kremlin rappelle que l’Alliance atlantique se définit elle-même comme une alliance nucléaire, avec la France et le Royaume-Uni comme alliés militaires directs de Washington. En réclamant leur présence à la table des négociations, Moscou bouleverse le format traditionnel des discussions sur le désarmement nucléaire, historiquement limité aux deux superpuissances héritières de la guerre froide.

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Cette stratégie pourrait s’expliquer par plusieurs facteurs. Les arsenaux français et britannique, bien que nettement inférieurs à ceux de Moscou et Washington, représentent néanmoins une force de frappe significative en Europe. La France dispose d’environ 290 ogives nucléaires opérationnelles, tandis que le Royaume-Uni en possède quelque 225. Leur inclusion dans les pourparlers modifierait substantiellement l’équilibre des négociations et les calculs stratégiques de toutes les parties.

Par ailleurs, la relation franco-britannique en matière de défense nucléaire s’est intensifiée ces derniers mois. En juillet 2025, Paris et Londres ont annoncé le resserrement de la coordination de leurs forces nucléaires face à ce qu’ils perçoivent comme une menace russe croissante. Cette coopération renforcée entre les deux seules puissances nucléaires de l’Union européenne témoigne d’une volonté commune de maintenir une dissuasion crédible.

L’histoire de la collaboration franco-britannique ne se limite pas au domaine militaire. Depuis l’accord pour la construction du Concorde dans les années 1960, les deux pays ont démontré leur capacité à mener des projets communs d’envergure. Alliés de longue date malgré une rivalité parfois tenace, ils partagent aujourd’hui des intérêts stratégiques convergents sur la scène internationale. Le Brexit a certes créé des tensions, mais n’a pas rompu les liens de défense essentiels qui unissent les deux capitales.

Washington propose un format élargi incluant Pékin

De son côté, l’administration américaine a présenté vendredi sa propre vision pour l’avenir du contrôle des armements. Washington plaide pour des négociations multilatérales qui intégreraient non seulement la Russie, mais également la Chine. Cette proposition répond à une préoccupation grandissante des stratèges américains face à la modernisation accélérée de l’arsenal nucléaire chinois.

Donald Trump a exposé sa vision d’un « nouveau traité amélioré et modernisé » avec la Russie, tout en critiquant vertement l’accord New Start qu’il juge défavorable aux intérêts américains. Le président américain reproche à l’administration Obama d’avoir accepté des termes désavantageux lors de la signature en 2010.

Malgré l’expiration de New Start et les critiques mutuelles, Moscou et Washington ont affiché vendredi une certaine retenue. Le Kremlin a confirmé que les deux pays s’accordaient pour maintenir une approche « responsable » et restaient disposés à poursuivre le dialogue. Cette déclaration vise probablement à rassurer la communauté internationale, inquiète d’un retour à une course aux armements sans garde-fou juridique.

L’absence de cadre contraignant laisse désormais les principales puissances nucléaires libres d’augmenter leurs arsenaux selon leurs priorités stratégiques. Cette situation rappelle les heures les plus tendues de la guerre froide, lorsque Moscou et Washington accumulaient les ogives sans limitation formelle. La différence majeure réside aujourd’hui dans la multiplication des acteurs nucléaires et la complexité accrue des équilibres géopolitiques.

Le passage d’un format bilatéral russo-américain à des négociations multilatérales représente un défi diplomatique considérable. Chaque puissance nucléaire possède sa propre doctrine de dissuasion, ses intérêts nationaux spécifiques et ses lignes rouges stratégiques. Réunir autour d’une même table Moscou, Washington, Pékin, Paris et Londres nécessitera des efforts diplomatiques sans précédent et une volonté politique forte de toutes les parties.

L’avenir du contrôle des armements nucléaires se jouera dans les prochains mois. La capacité des acteurs concernés à dépasser leurs divergences et à construire un nouveau cadre de sécurité collective déterminera si l’humanité s’engage vers un désarmement progressif ou vers une nouvelle ère de prolifération nucléaire.

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