Le gouvernement tchadien a ordonné ce lundi 23 février la fermeture totale de sa frontière avec le Soudan, suspendant tout mouvement transfrontalier de personnes et de biens, sauf dérogations humanitaires strictement encadrées.
Moins de six semaines après la mort de sept soldats tchadiens tombés mi-janvier près de Tiné sous les tirs des Forces de soutien rapide (FSR) soudanaises, N’Djamena franchit un cran supplémentaire. La frontière est fermée. Jusqu’à nouvel ordre.
Le communiqué du ministre de la Communication, Gassim Mahamat Chérif, publié lundi, ne laisse aucune ambiguïté : la décision vise à prévenir «tout risque d’expansion du conflit» soudanais sur le sol tchadien. Derrière la formule diplomatique, la menace s’accumule depuis des mois — drones, incursions de combattants, violations répétées d’une ligne frontalière longue de plus de 1 300 kilomètres.
Une souveraineté sous pression depuis décembre
Le 26 décembre 2025, une frappe de drone partie du territoire soudanais tuait deux militaires tchadiens dans un campement. Trois semaines plus tard, l’accrochage de Tiné faisait sept morts supplémentaires. Les FSR, paramilitaires engagés dans la guerre civile soudanaise contre l’armée régulière depuis avril 2023, débordent désormais régulièrement au-delà de la ligne. Face à cette pression, le Tchad avait jusqu’ici multiplié les protestations diplomatiques. Ce n’est plus suffisant.
La clause de riposte, signal adressé à Khartoum
Le texte officiel va plus loin que la simple fermeture administrative. Le Tchad «se réserve le droit de riposter contre toute agression ou violation de l’intangibilité de son territoire et de ses frontières» . Des dérogations humanitaires restent théoriquement possibles, sans que leurs modalités pratiques soient précisées à ce stade. Le Tchad accueille déjà plus d’un million de réfugiés soudanais. La fermeture de la frontière soulève des questions concrètes sur les flux de populations fuyant les combats dans le Darfour — une région dont la capitale, El-Fasher, reste un point de friction actif entre l’armée soudanaise et les FSR. Aucune échéance de réouverture de la frontière n’a été communiquée.
