Une publication montrant l’ancien président Barack Obama et son épouse Michelle sous les traits de primates a été retirée du compte Truth Social de Donald Trump ce vendredi 6 février 2026, après avoir suscité une vague d’indignation dépassant les clivages partisans. La Maison Blanche a attribué cette mise en ligne à une « erreur » commise par un membre du personnel, un revirement survenu quelques heures seulement après que la porte-parole Karoline Leavitt eut défendu publiquement le contenu incriminé. Cette séquence intervient en plein mois de l’histoire afro-américaine, ajoutant une dimension symbolique particulièrement sensible à l’affaire. L’épisode souligne les tensions persistantes autour de la communication présidentielle sur les réseaux sociaux.
Une défense initiale suivie d’un rétropédalage embarrassant
La chronologie des événements révèle un cafouillage communicationnel inhabituel pour l’administration Trump. Dans la nuit du jeudi au vendredi, le compte officiel du président américain sur Truth Social a partagé une vidéo d’environ soixante secondes consacrée aux théories conspirationnistes entourant l’élection présidentielle de 2020. Les dernières images de ce montage, apparemment généré par intelligence artificielle, présentaient les visages du couple Obama superposés sur des corps de singes dans un décor de jungle. Cette séquence faisait partie d’une série de plusieurs dizaines de publications effectuées durant les heures nocturnes, un horaire habituel pour l’activité en ligne du président républicain.
Interrogée sur ce contenu dans la matinée, Karoline Leavitt a d’abord balayé les critiques d’un revers de main. La porte-parole a qualifié les réactions de « fausse indignation » et expliqué qu’il s’agissait d’un mème internet représentant Donald Trump en « roi de la jungle » tandis que les démocrates apparaissaient sous les traits de personnages du Roi Lion. Elle a exhorté les journalistes à se concentrer sur des sujets « qui importent réellement au public américain ». Cette ligne de défense n’a toutefois pas résisté à l’ampleur de la controverse, contraignant l’exécutif à opérer un virage à cent quatre-vingts degrés quelques heures plus tard.
Fronde républicaine contre la publication de Trump sur les Obama
Le caractère exceptionnel de cet épisode tient notamment à la provenance des critiques les plus virulentes. Des élus républicains de premier plan ont rompu avec leur habituelle solidarité envers le président pour dénoncer cette publication. Le sénateur Tim Scott, unique élu noir du groupe républicain au Sénat et responsable du comité de campagne sénatorial du parti, a exprimé sa consternation en des termes particulièrement sévères, qualifiant ce contenu de « chose la plus raciste » qu’il ait vue émaner de cette Maison Blanche. Le représentant Mike Lawler, élu de New York, a pour sa part estimé que la publication était « incroyablement offensante » et réclamé sa suppression immédiate accompagnée d’excuses. Son collègue Pete Ricketts, sénateur du Nebraska, a souligné qu’une « personne raisonnable » ne pouvait ignorer le caractère raciste de ces images, quelle que soit l’intention initiale.
Face à cette pression interne inhabituelle, la Maison Blanche a finalement cédé après environ douze heures de polémique. Un responsable s’exprimant sous couvert d’anonymat a indiqué qu’un employé avait publié cette vidéo « par erreur » et que le contenu avait été retiré. Une source proche du dossier a ultérieurement précisé aux médias américains que le président n’avait pas visionné cette vidéo avant sa mise en ligne et qu’il avait ordonné son retrait dès qu’il en avait pris connaissance. L’identité du membre du personnel prétendument responsable n’a pas été communiquée, pas plus que les circonstances exactes ayant permis cette publication sur le compte officiel du chef de l’État.
Historique des tensions entre Donald Trump et Barack Obama
Cette controverse traduit une longue histoire d’antagonisme entre les deux hommes qui ont successivement occupé le Bureau ovale. Pendant plusieurs années, Donald Trump s’est fait le principal propagateur de la théorie conspirationniste mettant en doute la naissance de Barack Obama sur le sol américain, remettant ainsi en cause la légitimité même de sa présidence. Cette campagne, connue sous le nom de « birther movement », n’a pris fin qu’en 2016 lorsque le candidat républicain a fini par reconnaître du bout des lèvres que son prédécesseur était bien né aux États-Unis. Durant la campagne présidentielle de 2024, Donald Trump avait également provoqué l’indignation en affirmant que Kamala Harris était « devenue noire » par opportunisme politique, une déclaration largement dénoncée comme raciste. Le compte Truth Social du président a par ailleurs déjà fait l’objet de controverses similaires, notamment lorsqu’il avait partagé une vidéo montrant le leader démocrate à la Chambre des représentants Hakeem Jeffries affublé d’une fausse moustache et d’un sombrero.
La réaction du couple Obama à cette nouvelle provocation est restée mesurée. Une porte-parole de l’ancien président a simplement indiqué qu’il n’avait aucun commentaire à formuler. En revanche, Bernice King, fille du leader des droits civiques assassiné Martin Luther King Jr., a choisi de répondre en exhumant les paroles de son père, soulignant ainsi la permanence des combats contre le racisme dans la société américaine. Le gouverneur de Californie Gavin Newsom a quant à lui qualifié ce comportement de « dégoûtant » et exigé que chaque élu républicain condamne publiquement cette publication.
Cet incident soulève des interrogations sur la gestion des communications présidentielles à l’ère des réseaux sociaux. La facilité avec laquelle un contenu aussi inflammatoire aurait pu être publié « par erreur » sur le compte officiel du président des États-Unis interpelle quant aux procédures de validation en vigueur. Le fait que cette mésaventure survienne précisément durant le mois consacré à célébrer les contributions des Afro-Américains à l’histoire nationale ajoute une ironie amère à un épisode qui restera comme l’un des rares moments où la Maison Blanche de Donald Trump aura été contrainte de battre en retraite face à la pression de son propre camp.



