Uranium : le Niger assume ses négociations avec la Russie et défie les droits d'Orano

Alors que les tensions entre Niamey et Paris ne cessent de croître, le gouvernement de transition nigérien vient de franchir une étape décisive. En officialisant des discussions avec Moscou, Pékin et Washington pour la vente de son uranium, le Niger tourne ostensiblement le dos à son partenaire historique, le groupe français Orano.

Une souveraineté affichée au grand jour

Le message est clair : le Niger n’est plus la « chasse gardée » de quiconque. Lors d’une intervention remarquée, citée par le Financial Times, le ministre des Mines, Ousmane Abarchi, a confirmé que des négociations étaient en cours avec plusieurs puissances mondiales.

« Nous négocions avec les Russes, nous négocions avec les Chinois, nous négocions avec les Américains », a déclaré le ministre, martelant que le pays a le droit de choisir des « acheteurs responsables » pour ses ressources naturelles.

Cette déclaration n’est pas qu’une simple annonce commerciale ; c’est un acte politique fort qui valide le basculement géopolitique du Sahel vers de nouveaux alliés, la Russie en tête via son géant nucléaire Rosatom.

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Le bras de fer juridique : le sort des 2 000 tonnes

Au cœur de cette discorde se trouve un stock de 2 000 tonnes de concentré d’uranium (yellowcake) extrait par la Somaïr, coentreprise entre l’État nigérien et Orano.

Alors qu’Orano revendique la pleine propriété de ce stock en vertu des contrats historiques, Niamey impose aujourd’hui un nouveau rapport de force. Selon nos informations, les autorités nigériennes auraient proposé de céder une partie de ce stock à Orano, conservant le reste pour de nouveaux clients.

Ce « partage forcé » constitue un défi direct aux droits contractuels du groupe français :

  • Une rupture de l’exclusivité : Orano perd son rôle de distributeur unique de l’uranium nigérien.
  • Une menace de saisie : Le groupe français dénonce une situation d’illégalité, craignant que son investissement ne serve de monnaie d’échange diplomatique.

Vers une redistribution mondiale des cartes nucléaires

Le retrait, en juin dernier, du permis d’exploitation du gisement géant d’Imouraren à Orano n’était que le prélude. En ouvrant ses portes à la Russie et à la Chine, le Niger bouscule l’équilibre du marché mondial de l’uranium.

Pour la France, qui dépendait historiquement du Niger pour environ 15% à 20% de ses besoins en uranium, l’enjeu est la sécurisation de son parc nucléaire. Pour le Niger, l’objectif est d’obtenir de meilleurs prix et des partenariats techniques plus diversifiés.

Un point de non-retour ?

Si le Niger semble prêt à une médiation sur le partage des stocks actuels, la stratégie de fond reste celle d’une déconnexion totale avec le modèle colonial de l’exploitation minière. Entre les tribunaux d’arbitrage internationaux et les nouveaux contrats avec Moscou, la bataille de l’uranium ne fait que commencer.

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