Accès à l’eau au Bénin, en Afrique et dans le monde : inégalités de genre et impact sur les enfants

L’accès à l’eau potable s’améliore progressivement au Bénin, mais demeure profondément inégal, avec des conséquences directes sur les femmes et les enfants. À l’échelle mondiale, la situation reste préoccupante. Plus de 2,1 milliards de personnes ne disposaient pas encore d’un service d’eau potable sûr en 2024, selon le rapport 2026 d’Onu-Eau. Derrière ces chiffres, une réalité persiste : les femmes, les filles et les enfants paient le prix le plus lourd de cette insuffisance.

Des avancées notables au Bénin, mais une fracture persistante

Au Bénin, les efforts publics ont permis une amélioration notable de l’accès à l’eau potable. En 2023, le taux national a atteint environ 72,6 %, soutenu par des investissements dans les infrastructures hydrauliques et les réseaux d’adduction.

En milieu rural, la couverture avoisine 79 %, traduisant une progression significative par rapport aux années précédentes. Ces résultats s’inscrivent dans une dynamique nationale visant l’accès universel à l’eau à l’horizon 2026. Toutefois, les disparités restent marquées. Selon l’Unicef, près de 3 millions de personnes rurales n’avaient toujours pas accès à l’eau potable en 2023. Cette situation met en évidence une fracture persistante entre zones urbaines et rurales.

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Le poids de la corvée d’eau sur les femmes et les filles

Comme dans de nombreux pays africains, la gestion quotidienne de l’eau repose largement sur les femmes et les filles. Elles assurent majoritairement la collecte, avec des trajets pouvant dépasser 30 minutes, parfois plusieurs fois par jour. Cette charge invisible a des répercussions multiples. Elle limite l’accès des filles à l’éducation et réduit les opportunités économiques des femmes.

« Dans plusieurs foyers, ce sont les femmes et les filles qui marchent des kilomètres pour chercher l’eau, au détriment de leurs projets éducatifs et professionnels », a rappelé l’Institut national de la femme (Bénin), le 22 mars 2026, à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau. À l’échelle mondiale, cette réalité est confirmée par l’Unesco : dans plus de 70 % des ménages ruraux sans eau courante, ce sont les femmes et les filles qui collectent l’eau, consacrant environ 250 millions d’heures chaque jour à cette tâche.

Des conséquences directes sur les enfants

Les enfants figurent parmi les premières victimes du manque d’accès à l’eau potable. Au Bénin, une publication de l’Unicef en 2020 estime que 10 enfants meurent chaque jour, dont 90 % à cause de maladies liées à l’eau insalubre et au manque d’assainissement.

Au-delà de la santé, l’impact est également éducatif. Dans les zones où l’eau est rare, les enfants — en particulier les filles — participent à la collecte, ce qui entraîne des retards scolaires, voire des abandons. L’absence d’infrastructures sanitaires dans les écoles accentue cette situation, notamment pour les adolescentes.

À l’échelle mondiale, le rapport 2026 d’Onu-Eau souligne que des millions d’enfants restent exposés aux maladies hydriques, qui demeurent parmi les principales causes de mortalité infantile dans les régions les plus vulnérables.

Une Afrique subsaharienne particulièrement exposée

L’Afrique subsaharienne concentre une part importante des populations privées d’eau potable. Selon les données onusiennes, moins d’un Africain sur quatre a accès à une eau potable sûre, tandis que les services d’assainissement restent insuffisants pour une majorité.

Dans ce contexte, les inégalités de genre sont exacerbées. Dans de nombreuses zones rurales, les filles parcourent de longues distances pour s’approvisionner en eau, au détriment de leur scolarité. Cette situation expose également les femmes et les enfants à des risques accrus, notamment en matière de sécurité.

Dans certains contextes extrêmes, des formes d’exploitation apparaissent. Au Kenya, un rapport parlementaire de 2025 évoque des cas de « sex for water » dans certains quartiers, illustrant les dérives possibles lorsque l’accès à une ressource essentielle devient rare.

Des causes structurelles profondes

Le déficit d’accès à l’eau ne relève pas uniquement d’un manque de ressources naturelles. Il est lié à des facteurs structurels tels que l’insuffisance des infrastructures, l’urbanisation rapide, la pauvreté, les défaillances de gouvernance et les inégalités sociales. Le rapport 2026 d’Onu-Eau met également en lumière un obstacle majeur : le manque de données ventilées par sexe, qui limite la compréhension des inégalités et freine l’élaboration de politiques adaptées.

Des solutions identifiées, mais encore insuffisantes

Face à ces défis, les institutions internationales appellent à des réponses intégrées. Les recommandations portent notamment sur l’amélioration de la collecte de données sur les inégalités de genre, l’implication accrue des femmes dans la gouvernance de l’eau, des investissements massifs dans les infrastructures, et le renforcement des services d’eau, d’assainissement et d’hygiène dans les écoles et centres de santé.

Au Bénin, les programmes en cours montrent que des progrès sont possibles. L’extension des réseaux et la réhabilitation des forages ont déjà permis de réduire les distances parcourues par certaines femmes et d’améliorer la santé des enfants. Mais ces efforts doivent être amplifiés pour atteindre les populations les plus vulnérables.

L’eau, un enjeu de justice sociale

L’accès à l’eau dépasse la simple question des infrastructures. Il s’agit d’un enjeu de droits humains et d’égalité. Comme le rappelle Onu-Eau, garantir un accès équitable à l’eau est essentiel pour atteindre les objectifs de développement durable, notamment en matière de santé, d’éducation et d’égalité des sexes. Au Bénin comme ailleurs en Afrique, les progrès enregistrés entre 2023 et 2025 sont encourageants, mais restent insuffisants pour combler les écarts.

Tant que les femmes continueront à porter l’essentiel de la corvée d’eau et que les enfants subiront les conséquences sanitaires et éducatives de sa rareté, l’accès universel restera un objectif à atteindre. L’eau, ressource vitale, demeure ainsi un révélateur des inégalités : là où elle manque, ce sont d’abord les femmes et les enfants qui en paient le prix.

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