Algérie : Tebboune dénonce le colonialisme français « incarnant la barbarie »

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a adressé mercredi un message solennel à la nation à l’occasion du 64e anniversaire de la fête de la Victoire, célébrée chaque 19 mars en Algérie en commémoration du cessez-le-feu de 1962 qui mit fin à la guerre d’indépendance.

Dans ce message, le chef de l’État a qualifié la colonisation française de peuplement d’entreprise «dénuée de toute valeur humaine », marquée par « les massacres, la destruction et le pillage, se livrant aux pires formes d’exactions et de barbarie ». Il a rappelé que cette domination, exercée pendant 132 ans, s’est heurtée à une révolution populaire déclenchée le 1er novembre 1954, dont l’aboutissement, sept ans et demi plus tard, a constitué selon lui une victoire « arrachée au prix de rivières de sang ».

Une mémoire nationale ancrée dans le 19 mars

Le cessez-le-feu du 19 mars 1962 est le résultat direct des Accords d’Évian, signés la veille entre le gouvernement français et le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne. Ces accords, négociés après plusieurs mois de pourparlers, ont officialisé la fin d’un conflit qui avait fait, selon les estimations algériennes, plus d’un million et demi de morts. La date du 19 mars a été reconnue comme journée nationale commémorative en Algérie par la loi du 8 décembre 1963.

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Tebboune a insisté sur la continuité entre cet héritage et les défis actuels, estimant que l’Algérie « relève aujourd’hui le défi en renforçant son immunité économique et en confortant les remparts de sa souveraineté ».

Un discours ancré dans une relation bilatérale non soldée

La France et l’Algérie entretiennent des liens historiques, économiques et humains étroits : plus de cinq millions de ressortissants algériens ou d’origine algérienne résident en France, et les deux pays sont liés par de nombreux accords bilatéraux, dont celui du 27 décembre 1968 régissant la circulation des personnes. La question mémorielle reste cependant un point de friction récurrent dans les relations diplomatiques entre Paris et Alger.

Le discours présidentiel du 19 mars s’inscrit dans cette tension non résolue. Tebboune n’a pas nommé la France directement, mais le contexte de la commémoration et les références historiques précises ne laissent pas d’ambiguïté sur la cible de ses propos. Le prochain rendez-vous mémoriel majeur en Algérie est fixé au 8 mai, date anniversaire des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata de 1945, également commémorée comme journée nationale de la mémoire.

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