L’avocat Joseph Fru Awah a dénoncé, le 3 mars 2026, l’absence de suivi et les conditions de détention des migrants expulsés par les États-Unis vers le Cameroun. Selon ces informations, quinze personnes restent enfermées dans une propriété surveillée en périphérie de Yaoundé, sans aucune perspective d’évolution.
Entre janvier et février 2026, l’administration américaine a expulsé 17 migrants vers le Cameroun : 9 le 14 janvier et 8 le 16 février. Ces personnes ne pouvaient pas être renvoyées directement dans leur pays d’origine en raison de protections judiciaires américaines contre les risques de persécution ou de torture. Les États-Unis ont contourné cette restriction en les transférant vers un État tiers.
Un accès à la défense entravé
Depuis l’arrivée des migrants au Cameroun, l’avocat Fru Awah déclare rencontrer de nombreux obstacles pour les conseiller. Au micro de RFI, il déclare : « Après mon arrestation de quelques heures le 17 février, on m’a interdit l’accès à mes clients », explique-t-il. Il ajoute que les autorités locales exigent désormais qu’il passe par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), agence des Nations unies, avant toute consultation. Selon lui, cette restriction l’empêche de défendre efficacement ses clients, notamment pour demander des protections contre un éventuel renvoi vers leur pays d’origine. « Je dois les voir de façon journalière», souligne-t-il au micro de Lisa Villy.
Un schéma déployé dans plusieurs pays
Le Cameroun n’est pas un cas isolé. Entre septembre et novembre 2025, le Ghana a accueilli près de soixante migrants non ghanéens expulsés par les États-Unis, dont plusieurs bénéficiaient d’une protection judiciaire contre l’expulsion dans leur pays d’origine, selon Refugees International et Human Rights First. En Guinée équatoriale, Malabo a reçu vingt-neuf migrants de pays tiers en novembre 2025, dans un accord négocié parallèlement à des négociations sur les investissements américains dans le secteur gazier, et qui a contribué à la levée des sanctions pour corruption visant le vice-président. Sur vingt-quatre vols de déportation recensés en 2025, douze ont été opérés vers le continent africain, confirmant une stratégie systématique de transfert des responsabilités migratoires.
Détention prolongée sans clarté
Parmi les huit derniers arrivés au Cameroun, figurent des Sénégalais, des Sierra Léonais et des Éthiopiens, complétant un groupe composé d’Angolais, de Congolais, de Ghanéens, de Marocains et de Zimbabwéens. Fru Awah explique : « Non seulement ils sont traumatisés, mais ils sont maintenant frustrés par le fait qu’ils sont emprisonnés sans la moindre chance de savoir comment la situation va évoluer. »
L’avocat estime que Selon le droit international, le Cameroun, en tant que pays d’accueil, a l’obligation de protéger ces personnes contre tout renvoi vers des zones où elles risqueraient des représailles. « Dans leur pays natal, ils peuvent être tués et c’est pour cela que les États-Unis ont carrément refusé de les renvoyer chez eux directement. Le Cameroun, maintenant, a l’obligation de les protéger. C’est ça la position du droit international. » a-t-il déclaré. Les autorités camerounaises n’ont pas donné une réponse officielle aux demandes de précisions sur le statut juridique de ces détenus ni sur les conditions de leur prise en charge.

