Crise du détroit d'Ormuz : une fenêtre d'opportunité pour le Canada ?

Depuis le déclenchement des frappes américano-israéliennes contre l’Iran début mars 2026, le Canada cherche à tirer parti de la paralysie du détroit d’Ormuz pour accélérer son repositionnement comme fournisseur énergétique de substitution. Le ministre canadien de l’Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson, a confirmé dans un communiqué officiel que ses alliés recherchent désormais des fournisseurs stables et fiables.

Le blocage d’Ormuz, une rupture d’approvisionnement sans précédent

Le détroit d’Ormuz assure en temps normal le transit d’environ 20 millions de barils par jour, soit un cinquième de l’offre mondiale en pétrole. Depuis l’entrée en guerre de l’Iran, le trafic a quasiment cessé, sous l’effet des craintes d’attaques iraniennes contre les pétroliers. Le Qatar, qui couvre environ 20 % du GNL commercialisé dans le monde, a été contraint de déclarer un cas de force majeure, ses exportations étant bloquées à la source. Sur les marchés, le baril de WTI s’établissait vendredi à 98,71 dollars, en hausse d’environ 47 % par rapport aux niveaux d’avant le conflit. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a qualifié cette disruption de plus importante de l’histoire des marchés pétroliers.

Ottawa s’engage, mais avec des contraintes structurelles

En réponse, le Canada s’est engagé à mobiliser 23,6 millions de barils dans le cadre du plan de stabilisation de l’AIE, qui prévoit la libération totale de 400 millions de barils — un record absolu pour l’agence. Dans un communiqué publié sur canada.ca, Hodgson a déclaré que le Canada est « bien positionné pour soutenir la stabilité énergétique pendant une période de forte volatilité des marchés mondiaux », ajoutant que le pays est « le quatrième fournisseur de pétrole en importance au monde, et le premier au sein de l’AIE ».

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Sur le volet GNL, la société LNG Canada, dont le terminal de Kitimat en Colombie – Britannique est entré en service en juin 2025, a accéléré ses expéditions vers l’Asie. La capacité maximale du terminal est d’environ 1,2 million de tonnes par mois.

Le ministre reconnaît lui-même les limites à court terme : les volumes de pétrole, de GNL et de minéraux critiques ne peuvent pas être augmentés en quelques jours. L’oléoduc Trans Mountain, qui achemine le brut canadien vers les ports du Pacifique, fonctionne à environ 90 % de sa capacité. Le Canada reste par ailleurs le seul pays du G7 à ne pas disposer de réserve stratégique de pétrole.

Un pari sur le long terme via le GNL

Le gouvernement Carney a annoncé son intention de porter les exportations canadiennes de GNL de 15 millions de tonnes par an à 50 millions de tonnes d’ici 2030, puis à 100 millions de tonnes d’ici 2040. Le communiqué du 11 mars précise que les exportations canadiennes de gaz naturel augmenteront dans les prochains mois, sans détail sur les volumes attendus.

L’AIE tiendra une réunion de suivi dans les prochaines semaines pour évaluer l’exécution du plan de libération des réserves et la stabilisation des marchés.

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