En brusquant ses alliés, Trump précipite-t-il le déclin de la suprématie américaine ?

Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, le président américain Donald Trump a fait des droits de douane et de la menace d’abandon militaire ses deux principaux leviers de pression sur les alliés des États-Unis. Le refus collectif opposé en mars 2026 à sa demande d’envoi de navires de guerre dans le détroit d’Ormuz a cristallisé une fracture dont les racines remontent au premier jour de son second mandat.

Le refus d’Ormuz, point de rupture symbolique

En mars 2026, après les frappes américano-israéliennes contre l’Iran ayant coûté la vie au guide suprême Ali Khamenei, Trump a demandé à ses alliés — France, Japon, Chine, Corée du Sud, Royaume-Uni — d’envoyer des navires de guerre sécuriser le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial. Aucun n’a accepté. L’Allemagne, l’Italie, le Japon et l’Australie ont opposé un refus explicite. L’Union européenne a écarté toute modification du mandat de sa mission navale Aspides. Trump a qualifié cette position d’« erreur vraiment stupide » avant d’affirmer sur Truth Social ne plus avoir « besoin » de ses alliés — tout en reconnaissant au Bureau ovale que Washington « aimerait un peu d’aide » pour détecter des mines.

Des capitales européennes qui construisent l’alternative

Le refus d’Ormuz ne s’est pas produit dans un vide. En janvier 2026, Trump avait menacé la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Suède, la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas et la Finlande de droits de douane progressifs — 10 % au 1er février, puis 25 % au 1er juin — pour les contraindre à accepter la cession du Groenland. Le Premier ministre britannique Keir Starmer avait qualifié ces menaces de « totalement erronées », le Suédois Ulf Kristersson avait déclaré que son pays ne se laisserait pas intimider, et le président français Emmanuel Macron avait réclamé l’activation de l’instrument anticoercition de l’Union européenne, un mécanisme commercial prévu pour répondre aux pressions économiques injustes de pays tiers, jamais encore utilisé. Le Parlement européen avait suspendu la ratification de l’accord commercial signé à Turnberry en juillet 2025, qui fixait déjà les exportations européennes à 15 % de droits.

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Des tarifs érigés en instrument de politique étrangère dès le premier jour

La mécanique avait été enclenchée dès le 1er février 2025, avec des droits de douane de 25 % sur les importations en provenance du Mexique et du Canada, et de 10 % sur celles de Chine. Le 2 avril 2025, baptisé « Jour de la Libération » par Trump, un décret avait instauré des droits minimum de 10 % sur la quasi-totalité des importations américaines, portant les droits moyens pondérés à environ 24 % — leur niveau le plus élevé depuis le Smoot-Hawley Tariff Act de 1930. Dès son investiture, un mémorandum présidentiel intitulé America First Trade Policy avait ordonné à diverses agences fédérales d’identifier toute pratique commerciale jugée déloyale de la part de pays tiers.

Une hégémonie fragilisée par ses propres outils

En traitant les alliances comme des contrats commerciaux révocables, Washington a contraint ses partenaires à construire les alternatives qu’il prétendait vouloir empêcher : réarmement européen accéléré, diversification commerciale du Canada vers la Chine, rapprochement entre moyennes puissances. Le 20 février 2026, la Cour suprême des États-Unis a jugé que les droits de douane imposés via la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence étaient illégaux, estimant que Trump avait abusivement contourné l’autorité du Congrès. Cette décision fragilise le principal levier de pression de l’administration sur ses partenaires commerciaux.

Si Washington parvient à contourner cet obstacle législatif, les capitales européennes et asiatiques ont néanmoins intégré l’imprévisibilité américaine comme donnée permanente de leur propre stratégie. Le prochain test interviendra au 1er juin 2026, date à laquelle les droits de douane liés au dossier groenlandais devaient théoriquement passer à 25 %, sous réserve d’une nouvelle décision judiciaire ou d’un accord politique.

1 réflexion au sujet de “En brusquant ses alliés, Trump précipite-t-il le déclin de la suprématie américaine ?”

  1. Trump précipite-t-il le déclin de la suprématie américaine ?
    C’est tout l’Occident qui va s’écrouler à cause de ces perverts

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