Gaz de schiste : le Québec l'interdit chez lui mais en consomme depuis les États-Unis

Le Québec a interdit toute exploration et production d’hydrocarbures sur son territoire le 12 avril 2022 — devenant le premier État en Amérique du Nord à adopter une telle mesure. La province dépend pourtant quasi totalement d’importations de gaz naturel, dont environ 97 % est distribué par Énergir, acheminé depuis les carrefours gaziers de Dawn en Ontario et d’Empress en Alberta.

Le Québec consomme ce qu’il refuse de produire

Selon la Régie de l’énergie du Canada, le Québec doit s’approvisionner en gaz naturel à l’extérieur de la province pour répondre à ses besoins. Si l’Ouest canadien a longtemps constitué la source principale, la province reçoit désormais une part croissante de gaz produit aux États-Unis, en raison de l’augmentation de la capacité d’importation en Ontario. Aux États-Unis, le gaz de schiste représente environ 79 % de la production nationale de gaz sec, selon l’U.S. Energy Information Administration (EIA). Une part marginale de biométhane et de biogaz produite localement constitue l’unique exception à cette dépendance aux importations.

La loi n° 21, adoptée à l’Assemblée nationale, interdit explicitement l’exploration, la recherche et la production d’hydrocarbures au Québec. Le gouvernement a versé environ 100 millions de dollars en indemnités aux entreprises détentrices de permis d’exploration.

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La fracturation hydraulique, une polémique mondiale

La technique au cœur de l’extraction du gaz de schiste — la fracturation hydraulique, ou fracking — fait l’objet d’un débat scientifique et politique persistant dans de nombreux pays. Des études documentent des associations entre la proximité de puits et des complications à la naissance, des exacerbations d’asthme et un risque accru de leucémie chez les enfants vivant à moins de 1,6 kilomètre d’un site, selon les données compilées par le National Institute of Environmental Health Sciences (NIEHS) des États-Unis. L’industrie gazière conteste ces associations, citant l’absence de lien de causalité démontré.

France, Irlande, Bulgarie et Royaume-Uni ont instauré des moratoires ou des interdictions. Aux États-Unis, six États ont banni la pratique, tandis que 44 l’autorisent sous des réglementations variables.

Une contradiction relancée par la course à la chefferie

La tension entre interdiction de production et dépendance à l’importation refait surface dans le cadre de la course à la chefferie de la CAQ, dont l’issue est attendue le 12 avril 2026. La candidate Christine Fréchette, ancienne ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie du Québec, a déclaré vouloir réévaluer l’exploitation du gaz naturel québécois, évoquant la volatilité des prix de l’énergie et la nécessité pour la province de reposer davantage sur ses propres ressources. Son adversaire Bernard Drainville ne s’est pas prononcé publiquement sur le sujet à ce stade de la course.

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